Noémie Fachan est une autrice militante qui n’est pas à son coup d’essai. Arrimée à une solide communauté sur Instagram, l’artiste a déjà publié deux autres bandes dessinées : Maternités : miracles et malédictions : 140 maux du quotidien et leurs remèdes (éditions Hatier) et L’œil de la Gorgone : 22 figures mythologiques sous un regard féministe (éditions Leduc Graphic).
Pour celles et ceux qui ignorent tout de Noémie Fachan, elle a créé le personnage de Maedusa Gorgon. Il s’agit d’une héroïne inspirée de la Gorgone de la mythologie grecque et de l’interprétation féministe de ce mythe. Sa protagoniste a donc les cheveux de serpent, ainsi que toutes les femmes et minorités apparaissant dans ses récits. Maedusa est engagée dans les luttes féministes, favorables à l’égalité des genres, et déconstruit les injonctions patriarcales et virilistes de Persée-Jean-Jacques.
Dans ce nouvel album dessiné, Noémie Fachan questionne la reproduction des inégalités de genre par le biais de l’éducation parentale. Elle invite chacun et chacune d’entre nous à nous questionner sur les schémas transmis par les parents à leurs enfants et les conséquences néfastes que ceux-ci peuvent avoir. Pour cela, elle s’appuie sur des témoignages que ses lectrices et lecteurs ont partagé à son intention. Pas moins de 17 exemples sont ainsi mobilisés.
On y aborde la possibilité pour les enfants, quels qu’ils soient, de s’inscrire dans des dynamiques traditionnellement associées au genre féminin ou masculin – le plus souvent, les deux à la fois -, les violences masculines exercées dès le plus jeune âge sur les jeunes filles, et minorées par les adultes, l’amitié entre sexe masculin et sexe féminin qui peut être intense sans être sexualisée, le report de la responsabilité des violences subies par les femmes sur les femmes elles-mêmes et non sur les agresseurs - ressort classique des discours des violeurs -, l’éducation monoparentale ou partagée avec différents adultes extérieurs à la famille, les injonctions masculinistes, l’éducation non-binaire, etc. La diversité des thèmes abordés est grande et permet de brasser des perspectives très larges.
À cela, il faut ajouter quatre ouvrages de la littérature que Noémie Fachan étudie dans une perspective féministe : Les Quatre Filles du Docteur March, de Louisa May Alcott ; Les Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur ; La Petite Fadette de Georges Sand ; Fantômette de Georges Chaulet. Des analyses tout à fait passionnantes qui interrogent les discours plus ou moins progressistes qui sont véhiculés, tout en mettant en exergue des éléments auxquels nous n’aurions pas nécessairement pensé lors de la lecture de ces classiques.
Cette démarche qui consiste à aborder un pan de la culture dite classique dans une perspective féministe se multiplie ces dernières années. Pourrait-on dire, ces ouvrages deviennent une « mode ». Nous n’apprécions toutefois guère ce terme de « mode » car il renverrait leurs auteurs et autrices à des démarches commerciales, insincères et presque inutiles tant elles pullulent. Hors, ce travail des plus sincères, qui n’est pas l’apanage de Noémie Fachan, est précieux pour le début public.
Dans cet exercice de dénonciation des schémas patriarcaux, de témoignage et de promotion d’un matrimoine, dont l’objectif est de désinvisibiliser le destin des nombreuses grandes femmes tout en fournissant des modèles aux jeunes filles, on retrouvera de nombreuses autrices.
Parmi elles, on peut retenir Blanche Sabbah (Mythes et Meufs), Sandrine Mirza (Histoire de France au féminin), Élise Thiébaut et Elléa Bird (Vierges, la folle histoire de la virginité), Camille Paix (Mère Lachaise), Pénélope Bagieu (Culottées), Carole Lobel (En territoire ennemi), Mirion Malle (Commando Culotte), Liv Strömquist (L’Origine du monde…), Marjane Satrapi (Persépolis) ou Catel et José-Louis Bocquet (biographies de Joséphine Baker, Alice Guy, Anita Conti, Olympe de Gouges…), Ovidie et Diglee (Libre ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels), Marion Augustin & Sara Colaone (Histoire de l’Art au féminin), Aude Picault (Déesse), Zelba (Le Grand Incident) ou Lou Lubie (Et à la fin ils meurent !, Racines). La liste est bien loin d’être complète et donne à voir la dynamique éditoriale puissante de ces thématiques.
Ce qui est intéressant avec Éduquer - Défi du monde d’aujourd’hui est explicité par le sous-titre « Et si élever un enfant, c’était aussi s’élever soi-même ? ». Un tel ouvrage invite à nous interroger sur nos propres schémas et peut, à ce titre, tout à fait être offert à des adolescent(e)s de 4ème et 3ème, ou aux lycéen(ne)s, pas seulement à des parents.
On notera enfin le trait très identifiable de Noémie Fachan. À l’instar de son propos, son dessin est très pédagogique par sa très grande lisibilité et ses couleurs toujours très vives. Très bavarde, la bande dessinée n’en est pas moins très accessible avec un rythme de lecture et d’attention maintenus par la très grande diversité des découpages. Sur ces 160 pages, la division en de très nombreux chapitres permet de picorer comme on le souhaite.
Dans sa globalité, le travail de l’autrice n’est pas sans rappeler celui de Liv Strömquist. En définitive, l’ouvrage de Noémie Fachan est un beau cadeau à faire à l’approche des fêtes de Noël, tout autant que L’œil de la Gorgone : 22 figures mythologiques sous un regard féministe qui apporte des éclairages essentiels sur notre culture classique.
Par Romain GARNIER
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Éduquer : Défi du monde d’aujourd’hui - Par Noémie Fachan - Éd. Hatier Parents
Paru le 04-09-2024 - Format 17.3 x 1.3 x 22.8 cm
160 pages - 21,95 €
Compte Instagram de Noémie Fachan : @maedusa_gorgon
Participez à la discussion