Très bon
5 juin 2024
Les fabuleux destins d’Henri Charrière
Les papillons se sont des animaux collectionnés pour la beauté de leurs couleurs, symboles de métamorphose, de transformation. Papillon devient le surnom d’Henri Charrière, qui s’est fait tatoué l’insecte sur sa poitrine.
En matière artistique, Papillon c’est d’abord un livre à succès (Robert Laffont, 1969) -13 millions d’exemplaires dans le monde dont 2,5 millions en France-, roman (plus que récit) autobiographique d’Henri Charrière, qui y raconte ses aventures de bagnard en Guyane française.
En décembre 1969, un documentaliste, Roger-Jean Ségalat part sur les traces de l’ancien bagnard « Papillon », à la demande de son éditeur. Son enquête ne sera pas publiée.
En effet, l’auteur, envoyé au bagne en 1933 pour un meurtre qu’il a toujours nié, a pris de sérieuses distances avec la vérité.
Les Quatre Vérités de Papillon de Georges Ménager (La Table ronde, 1970) et Papillon épinglé par Gérard de Villiers (Presses de la cité, 1970) ont tenté de démystifier la légende naissante.
Papillon c’est aussi un film américano-français de Franklin J. Schaffner, sorti en 1973, avec Dustin Hoffman (dans le rôle de Louis Delga) et Steve McQueen (dans le rôle de Papillon).
Une nouvelle adaptation est réalisée en 2017 par le réalisateur danois Michael Noer.
En 2016, sort un livre-CD. Sanseverino incarne le célèbre bagnard et chante ses aventures au son de sa guitare, accompagné par le dessin de Sylvain Dorange et sur un scénario de Cécile Richard.
Et Papillon, c’est maintenant une BD : La vie rêvée d’un Papillon.
Livre, film ou BD c’est avant tout une soif absolue de liberté, un idéal de fraternité, ainsi qu’une dénonciation des conditions de détention indignes des bagnards.
Un bel écrin pour la vie rêvée d’un Papillon
La première impression, avant même de lire l’album, est de tenir un beau livre entre les mains : couverture, format de la BD, aspect intérieur de carnet de voyage avec des tâches de couleurs (le bleu du ciel, le vert des végétaux, le rouge, le bleu et le jaune des papillons,…) qui attirent le regard. Le dos, également saisissant, présente « Papi », en noir et blanc, derrière des barreaux avec une citation qui reflète bien l’image du bagnard :
« - Et toi, Papi, t’es là pour quoi ?
– Pour m’évader, Cluziot, pour m’évader ».
Sylvère Denné et Sophie Ladame ont précédemment réalisé Bleu amer : en 1944, l’arrivée sur l’île de Chausey d’un parachutiste américain va perturber le rythme de vie des insulaires jusqu’alors tenus à l’écart de la guerre.
La vie imaginée et vécue d’une poignée de bagnards
L’histoire commence en octobre 1933 sur le bateau La martinière qui emmène Louis Delga et Papillon au bagne. Louis croit que sa femme et son avocat le sortiront rapidement de là.
Puis, on fait un saut treize ans plus tard, au Vénézuela. La narration alterne entre deux époques et deux styles graphiques (noir et blanc / couleurs).
« Chaque année, on est 8 sur 10 à y passer (…) Tu choppes la fièvre jaune, la tuberculose, le palu, la malaria ou des dysenteries qui ne pardonnent pas » (page 18)
Alors, Maturette, Cluziot et Papi vont tenter une première évasion. Un bateau dans un état proche de l’épave les emmène jusqu’à l’île des lépreux. C’est la fameuse scène où Papillon va fumer avec un vieux lépreux. La lèpre sèche n’étant pas contagieuse, les évadés poursuivent leur tentative d’évasion et profitent de l’odeur de la mer, de l’horizon sans barreaux, du coucher de soleil à l’horizon.
« La frontière entre fantasme et réalité est anéanti. j’avais une technique infaillible pour me dédoubler, pour vagabonder (…) et voir sans peine différentes étapes de ma vie d’aventurier ou pour bâtir des châteaux en Espagne avec une réalité surprenante » (page 62).
Résilience d’un homme après le bagne
Dans les années 60, Monsieur Henri affiche son papillon tatoué dans un cabaret, La cabane bambou, dont il est le propriétaire. En 1967, un séisme de quelques dizaines de secondes occasionnera beaucoup de dégâts … dont la destruction dudit cabaret.
Henri Charrière, désœuvré, apprend le succès littéraire d’Albertine Sarrazin avec l’Astragale, un récit d’évasion. Il se lance dans l’écriture de ses mémoires, qui enthousiasment Robert Laffont.
« Je l’éditerai ! Et je me passe de l’avis de mon comité de lecture. » (page 96)
La célébrité arrive. Il fréquente alors artistes et personnalités tels que Johnny Hallyday, John Lennon, Roman Polanski et Simone de Beauvoir.
Des doutes se font jour sur le contenu de son livre.
« - C’est le revers de la médaille. Le matin, la foule vous acclame, le soir, la meute vient réclamer du sang. Pour ce livre, j’ai mis mon âme à poil, je l’ai livrée sur un plateau.
– J’entends votre sincérité, Henri. Mais ne faut-il pas parfois s’affranchir de la réalité pour raconter une histoire vraie ? » (page 105)
La vie rêvée d’un Papillon est une ode à la liberté, à l’amitié, à l’imagination. Même si le livre d’Henri Charrière est un roman autobiographique et, à ce titre, prend des libertés avec la réalité, il constitue un témoignage et une dénonciation du bagne. Le roman graphique rend un bel hommage à un homme qui a su transcender sa vie, dont l’instinct de survie et la soif de liberté ont créé un personnage de légende, héroïque et romanesque.
Par Christian GRANGE
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Sortie le 15 mai 2024 - 128 pages - 22 euros
Dédicaces prévues en juin :
– Librairie Vignettes à Paris (75019), le samedi 15 juin de 14h à 17h
– Librairie Le Détour à Grandville (50400), le samedi 29 juin de 15h à 18h ;
– Pour les dates suivantes, voir le site de l’éditeur : https://www.la-boite-a-bulles.com/serie/498
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