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Excellent
22 décembre 2025
Née en 1910, Gerda Pohorylle fuit son pays lorsque Hitler arrive au pouvoir.
Si son compagnon, Robert Capa, est célèbre depuis longtemps, Gerda, qui prit le pseudonyme de Taro, l’est nettement moins.
Pourtant, à l’instar de la Britannique Lee Miller, elle ouvrit la voie à d’autres figures fortes, surmontant les préjugés et refusant que les territoires en guerre, comme l’activité journalistique sur le front, soient réservés aux hommes : de Catherine Leroy, couvrant la guerre du Vietnam, à Anja Niedringhaus, morte en Afghanistan en 2014, en passant par tant d’autres (Françoise Demulder, Susan Meiselas, Carolyn Cole, Germaine Kanova…), aussi méconnues, voire encore plus oubliées du grand public, que Gerda Taro.
L’album s’ouvre d’ailleurs sur Robert Capa, à Paris, en juillet 1937. C’est dans un salon de coiffure qu’il apprend la mort de celle qui partage sa vie.
Puis, un saut en arrière nous ramène quatre ans plus tôt, alors que Joseph Goebbels discourt à la radio pour déverser sa haine. Les vitrines se couvrent de « Jude » et Gerda est arrêtée, soupçonnée d’appartenir à un parti politique interdit et de distribuer des tracts. Parce que le peuple allemand a besoin d’être uni derrière le Führer. Et que communistes, Juifs et quelques autres sont désignés comme des ennemis de l’intérieur.
Novembre 1933, Paris. Gerda retrouve Ruth, Polonaise avec qui elle a partagé une cellule de prison, et qui lui propose de partager son appartement. Les militants de l’Action française et des Croix-de-Feu, quant à eux, veulent renverser la République.
En 1934, elle rencontre le photographe hongrois Endre Ernő Friedmann, qui l’initie à la photographie. Elle a l’idée de le rebaptiser Robert Capa, un nom à consonance plus américaine.
Nous n’allons pas ici dévoiler davantage le parcours de Gerda, réhabilitée par Fabrice Garate Delgado et Sylvain Combrouze dans ce roman graphique, qui se clôt par un carnet de photos. Le lecteur y découvrira notamment la célèbre image de la milicienne républicaine s’entraînant sur la plage, ainsi que d’autres clichés de Gerda pris par Robert Capa.
Décédée le 27 juillet 1937 (à L’Escurial, en Espagne), à l’âge de 26 ans, elle repose au cimetière du Père-Lachaise.
En 2007, une valise de photographies est retrouvée à Mexico. À l’intérieur, plusieurs milliers de négatifs de Gerda Taro, Robert Capa et David Seymour. Disparue depuis 1939, cette archive permettra de réhabiliter le travail de Gerda. Le roman graphique paru chez La Boîte à bulles participe ainsi à la réinscription de cette femme de talent et de conviction dans l’histoire de la photographie et du photoreportage.
Par Christian GRANGE
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Gerda Taro, Une Photographe en guerre, par Sylvain Combrouze & Fabrice Garate Delgado, éditions La Boîte à bulles. Paru le 24 septembre 2025. 27,00 €.