Angoulême 2026 : un festival de Off* !

Par Didier PASAMONIK 20 décembre 2025 
Le Festival International de la BD d’Angoulême aura-t-il lieu ? On vous l’a dit, c’est mort : 9eArt+ et l’Association du FIBD ont perdu toute crédibilité. Après, il y a des contrats qui traînent et les uns et les autres s’emploient à éviter que la bande à Bondoux puisse exercer sa faculté de nuisance. Mais la Ville a bien l’intention de reprendre la main : c’est près d’un million et demi d’euros qui vont être consacrés par les instances publiques à un événement qui aura lieu fin janvier. Pas de FIBD mais un méga « Off » avec des initiatives qui existaient depuis des années mais qui apparaissent brusquement dans la lumière. Mais bien d’autres choses s’annoncent…

Résumons : le FIBD 2026 qui devait avoir lieu fin janvier est annulé, la société organisatrice 9eArt+ constatant qu’ils étaient lâchés par les auteurs, les éditeurs et les financeurs publics. Cette annulation est assortie de menaces de recours juridiques en vertu d’un contrat liant cette société à l’Association du FIBD, contrat qui concède la gestion du festival jusqu’en 2027.

La fameuse association a essuyé ces derniers jours pas moins de cinq démissions, dont le trésorier. La présidente est reconduite mais désire « se mettre en retrait »… On est chez le Père Ubu... Dans les jours qui viennent, on se demande ce que peut devenir 9eArt+ « dont le FIBD constitue l’unique raison d’être », ses avocats nous le rappelaient récemment. Elle se retrouve sans financements, avec des salariés et des factures à payer… C’est quoi l’issue dans ce cas ?

Peut-elle se retourner contre l’Association du FIBD qui lui a concédé le mandat de gestion qui les lie ? Cette dernière n’a pas davantage d’argent dans la caisse. Elle aussi pourrait se retrouver face à des difficultés financières… Dès lors, Delphine Groux qui vient d’accepter un nouveau mandat « en retrait » se retrouve, ainsi que les nouveaux membres du bureau, face à des responsabilités personnelles auxquelles ils vont avoir du mal à répondre... Bonne chance !

Angoulême 2026 : un festival de Off* !
Delphine Groux, reconduite à la tête de l’Association du FIBD, une coquille de plus en plus vide...
Photos : D. Pasamonik (ActuaBD)

Quant à 9eArt+, il se raconte qu’elle essaie de placer ses expositions « ailleurs ». Il est vrai que le Château de Malbrouk en accueillait déjà. On est curieux de voir la suite.

Car l’Association et 9eArt+ ont beau jouer les matamores, réécrire l’histoire et montrer des dents, ils n’ont pas l’importance qu’ils se donnent. D’où viennent les recettes, au fond, sinon majoritairement des instances publiques (pas loin de 50%), des éditeurs et des festivaliers qui louent des stands, mais aussi du ticketing du public attiré par la présence des auteurs ? Rien qui n’appartienne en propre à ce duo d’acteurs qui profite aussi des infrastructures de la ville et des lourds investissements qui y ont été faits depuis des décennies. Savez-vous par exemple que la magnifique exposition sur la science-fiction créée par le Musée de la BD en janvier dernier ne figurait même pas dans le dossier de presse du FIBD de 2025, alors qu’elle en était une des principales attractions ? Ambiance...

Un « off » « façon puzzle »… mais gratuit !

On comprend dès lors que le maire actuel, Xavier Bonnefont, ne veuille pas baisser les bras. En période électorale (les municipales, c’est dans trois mois !), il a le dos au mur. Alors il ouvre les robinets du « quoiqu’il en coûte ! ». La manœuvre se justifie : elle est la même que pendant la crise du Covid : l’idée est d’éviter que le tissu local des entreprises soit endommagé par cette crise passagère. Ainsi, selon Olivier Delcroix du Figaro, «  les pouvoirs publics participent à l’événement à hauteur de près d’1 million d’euros. Les actions scolaires liées à la BD seront soutenues avec une enveloppe de 285 000 €, dont 229 000 € de financement public. Concernant le manque à gagner pour les commerces locaux pénalisés par l’annulation, un dispositif de soutien de 500 000 euros a été voté. »

Florence Cestac, Grand Prix d’Angoulême, Franky Baloney, (Fred Felder) éphémère directeur artistique du FIBD et Yves Poinot, ancien président du FIBD, animent depuis des années un "Off" dissident de la gouvernance du FIBD.

À la manœuvre, pas mal d’acteurs locaux dont les librairies Cosmopolite et Krazy Kat qui envisagent de faire venir quelque 200 auteurs. Des lieux vont être mobilisés par la mairie : «  Une quinzaine d’espaces seront mis à disposition par la ville […]. L’Espace Franquin, le Musée du papier, la Cité de la BD, le site Magelis ou le théâtre municipal figurent parmi les lieux sélectionnés  » raconte Le Figaro. On peut y ajouter La Maison Isabelle ou Le Lieu Utile, où se déroulaient déjà des événement « Off » les années précédentes.

« Héritier du Off historique, véritable institution qui se déploie chaque année dans toute la ville, nous dit dans un communiqué, Delphine Rieu, l’une des organisatrices, Le Grand Off* (avec astérisque) de la BD d’Angoulême réinvente une fête indépendante, collective et gratuite, ouverte à toutes et tous avec le soutien des commerçants et sites culturels angoumoisins. Pendant quatre jours, la bande dessinée investira Angoulême à travers des expositions, rencontres, dédicaces, tables rondes, et concerts ainsi que des événements dédiés au jeune public pour un moment de partage joyeux et culturel. Le Grand Off* de la BD d’Angoulême se veut une fête de renouveau, vivante, riche en émotions et inclusive qui porte la diversité des voix et des imaginaires.  » Et comme le communiqué le stipule tout ceci devrait être gratuit !

Projet d’affiche

À un mois du festival, des initiatives s’amorcent. Il est probable que mille et une autres nouvelles idées vont se mettre en place. On croit savoir aussi que d’autres initiatives interviendront en décalé pour s’étaler jusqu’à l’été. Je ne sais pas pour vous, mais nous on y sera. On ne manquera pas de vous tenir informés !

Par Didier PASAMONIK

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9 Messages :
  • Angoulême 2026 : un festival de Off* !
    21 décembre 2025 15:07, par Gilled Ciment

    Faisons même un petit pointage : cette année, 16 expositions étaient visitées par les festivaliers.
    – 8 seulement étaient produites et proposées par 9eArt+ (contre 12 l’année précédente, alors que le prix des entrées a flambé).
    – 8 autres étaient produites par la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (dont la magnifique expo sur la SF), soit autant que les expositions « officielles » ! Et ces expositions non seulement ne figuraient ni dans le dossier de presse ni dans le programme officiel, mais elles ne sont pas non plus comptabilisées dans l’apport des financeurs publics, alors qu’elles sont l’œuvre d’un établissement public. En les comptant, ainsi que quantité d’autres activités de la Cité qui contribuent à l’intérêt et au prestige du festival, la part du financement public est sans doute supérieure à 50%.

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  • Angoulême 2026 : un festival de Off* !
    21 décembre 2025 16:03, par arnaud9408

    Quelle brillante initiative :) Peut etre retrouvera t’on l’Angoulême d’antan avec une ambiance exceptionnelle a la place de ce supermarché géant et hors de prix . Je n’allais plus au festival depuis des années , mais là , je reviendrai avec l’envie .

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    • Répondu le 21 décembre 2025 à  19:26 :

      Pour le grand public, ces rebondissements sont vraiment illisibles. les auteurs passent tous pour des guignols.

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      • Répondu par Polo le 23 décembre 2025 à  09:17 :

        Les autrices et les auteurs défendent leurs droits, leur vision de la bande dessinée et leurs conditions d’existence. Leur action collective va régénérer le festival. Elle s’impose aux pouvoirs locaux et aux éditeurs. Elle rappelle que sans autrices ni auteurs qui sont à la source de tout, la bande dessinée (et ses festivals) n’existent tout simplement pas. 9eArt+ n’a rien compris à ça. Vous non plus, visiblement.

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        • Répondu le 23 décembre 2025 à  16:09 :

          j’ai parfaitement compris, c’est le grand public et les grands médias (qui en parlent à peine) qui comprennent tout de travers, et ce bazar rejaillit sur l’ensemble de la profession. Il aurait été plus facile à faire comprendre que tout le monde voulait le départ de Bondoux, mais que le festival devait quand même avoir lieu. les artistes de BD sont généralement infantilisés dans les médias et ça ne va pas s’arranger. Le seul point positif, c’est qu’ils le seront peut-être désormais un peu moins par les éditeurs.

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        • Répondu le 23 décembre 2025 à  16:10 :

          c’est aussi sans sponsor que le festival ne peut pas exister.

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        • Répondu par Gina Vanilla le 23 décembre 2025 à  18:57 :

          Maintenant que le FIBD est annulé et remplacé par le Off, Anouk Ricard viendra t’elle dédicacer ?

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  • Angoulême 2026 : un festival de Off* !
    30 décembre 2025 18:15, par Cécile

    Bonjour,
    Y a t il un programme de prévu pour l’Off ?
    Bonne soirée
    Cécile

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  • Angoulême 2026 : un festival de Off* !
    6 janvier 15:27, par bruno

    C’st vrai que ce festival devenait de plus en plus mercantile, avec presque plus d’expo a voir mais exclusivement de la vente de BD, et tout ça hors de prix. Je suis ravie que cela ce termine et j’aimerai que l’on revienne au festival d’il y a trente ans ou il y avait des expos dédiées aux auteurs ou l’on était immergé dans des univers , avec planches originales etc... Vive le renouveau et j’attend avec impatiente 2027.
    J’aimerai aussi revoir des hommages aux dessinateurs hélas partis avec de belles expos.

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