Résumons : le FIBD 2026 qui devait avoir lieu fin janvier est annulé, la société organisatrice 9eArt+ constatant qu’ils étaient lâchés par les auteurs, les éditeurs et les financeurs publics. Cette annulation est assortie de menaces de recours juridiques en vertu d’un contrat liant cette société à l’Association du FIBD, contrat qui concède la gestion du festival jusqu’en 2027.
La fameuse association a essuyé ces derniers jours pas moins de cinq démissions, dont le trésorier. La présidente est reconduite mais désire « se mettre en retrait »… On est chez le Père Ubu... Dans les jours qui viennent, on se demande ce que peut devenir 9eArt+ « dont le FIBD constitue l’unique raison d’être », ses avocats nous le rappelaient récemment. Elle se retrouve sans financements, avec des salariés et des factures à payer… C’est quoi l’issue dans ce cas ?
Peut-elle se retourner contre l’Association du FIBD qui lui a concédé le mandat de gestion qui les lie ? Cette dernière n’a pas davantage d’argent dans la caisse. Elle aussi pourrait se retrouver face à des difficultés financières… Dès lors, Delphine Groux qui vient d’accepter un nouveau mandat « en retrait » se retrouve, ainsi que les nouveaux membres du bureau, face à des responsabilités personnelles auxquelles ils vont avoir du mal à répondre... Bonne chance !
Quant à 9eArt+, il se raconte qu’elle essaie de placer ses expositions « ailleurs ». Il est vrai que le Château de Malbrouk en accueillait déjà. On est curieux de voir la suite.
Car l’Association et 9eArt+ ont beau jouer les matamores, réécrire l’histoire et montrer des dents, ils n’ont pas l’importance qu’ils se donnent. D’où viennent les recettes, au fond, sinon majoritairement des instances publiques (pas loin de 50%), des éditeurs et des festivaliers qui louent des stands, mais aussi du ticketing du public attiré par la présence des auteurs ? Rien qui n’appartienne en propre à ce duo d’acteurs qui profite aussi des infrastructures de la ville et des lourds investissements qui y ont été faits depuis des décennies. Savez-vous par exemple que la magnifique exposition sur la science-fiction créée par le Musée de la BD en janvier dernier ne figurait même pas dans le dossier de presse du FIBD de 2025, alors qu’elle en était une des principales attractions ? Ambiance...
Un « off » « façon puzzle »… mais gratuit !
On comprend dès lors que le maire actuel, Xavier Bonnefont, ne veuille pas baisser les bras. En période électorale (les municipales, c’est dans trois mois !), il a le dos au mur. Alors il ouvre les robinets du « quoiqu’il en coûte ! ». La manœuvre se justifie : elle est la même que pendant la crise du Covid : l’idée est d’éviter que le tissu local des entreprises soit endommagé par cette crise passagère. Ainsi, selon Olivier Delcroix du Figaro, « les pouvoirs publics participent à l’événement à hauteur de près d’1 million d’euros. Les actions scolaires liées à la BD seront soutenues avec une enveloppe de 285 000 €, dont 229 000 € de financement public. Concernant le manque à gagner pour les commerces locaux pénalisés par l’annulation, un dispositif de soutien de 500 000 euros a été voté. »
À la manœuvre, pas mal d’acteurs locaux dont les librairies Cosmopolite et Krazy Kat qui envisagent de faire venir quelque 200 auteurs. Des lieux vont être mobilisés par la mairie : « Une quinzaine d’espaces seront mis à disposition par la ville […]. L’Espace Franquin, le Musée du papier, la Cité de la BD, le site Magelis ou le théâtre municipal figurent parmi les lieux sélectionnés » raconte Le Figaro. On peut y ajouter La Maison Isabelle ou Le Lieu Utile, où se déroulaient déjà des événement « Off » les années précédentes.
« Héritier du Off historique, véritable institution qui se déploie chaque année dans toute la ville, nous dit dans un communiqué, Delphine Rieu, l’une des organisatrices, Le Grand Off* (avec astérisque) de la BD d’Angoulême réinvente une fête indépendante, collective et gratuite, ouverte à toutes et tous avec le soutien des commerçants et sites culturels angoumoisins. Pendant quatre jours, la bande dessinée investira Angoulême à travers des expositions, rencontres, dédicaces, tables rondes, et concerts ainsi que des événements dédiés au jeune public pour un moment de partage joyeux et culturel. Le Grand Off* de la BD d’Angoulême se veut une fête de renouveau, vivante, riche en émotions et inclusive qui porte la diversité des voix et des imaginaires. » Et comme le communiqué le stipule tout ceci devrait être gratuit !
À un mois du festival, des initiatives s’amorcent. Il est probable que mille et une autres nouvelles idées vont se mettre en place. On croit savoir aussi que d’autres initiatives interviendront en décalé pour s’étaler jusqu’à l’été. Je ne sais pas pour vous, mais nous on y sera. On ne manquera pas de vous tenir informés !
Par Didier PASAMONIK
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