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Le sujet est on ne peut plus à la mode, surtout depuis le succès du Jérusalem de Vincent Lemire et Christophe Gaultier chez Les Arènes. Il faut dire que depuis les événements du 7 octobre 2023, les actes antisémites semblent ne cesser de se multiplier. Profitons de la semaine de recueillement que nous impose l’attentat islamiste de Sydney pour donner à lire davantage sur cette terre « mille fois promise » qui a vu naître les religions du Livre. Chez le même éditeur, Delcourt, on peut découvrir ces jours-ci deux approches très différentes.
Il y a ce Jérusalem de Jean-Pierre Pécau, qui entreprend de raconter en trois volumes la naissance de la ville sacrée. L’album, dessiné par Alexandre Jubran et mis en couleurs par Bertrand Denoulet, nous raconte une histoire en chromos, joliment dessinés, et lisibles comme une aventure d’Alix de Jacques Martin.
N’attendez pas une approche historique digne des Annales : c’est l’histoire des « grands hommes », les descendants du roi David, fondateur présumé de la ville, qui nous est contée ici. Les appels de note renvoient à LaBible.com, dont la rigueur historique repose sur la promesse d’encourager et de stimuler le lecteur « à rechercher l’intimité avec Dieu chaque jour ». Amen, a-t-on envie de conclure.
Un travail exemplaire
L’approche est tout autre avec le livre de Georges Bensoussan, Danièle Masse et Yana Adamovic. Ici, l’argument repose sur le travail rigoureux d’un historien renommé, auteur d’un Que sais-je ? (Presses universitaires de France) portant le même titre.
Agrégé d’histoire, longtemps directeur éditorial du Mémorial de la Shoah, auteur d’ouvrages de référence sur la Shoah et sur l’histoire du peuple juif, s’inscrivant à la fois dans une histoire intellectuelle et sociale des idées et des trajectoires politiques, le travail de Georges Bensoussan est caractérisé par la grande diversité de ses sources, pas seulement françaises, et par un travail d’enquête sérieux d’une probité sans faille. Son ouvrage est adapté en BD par Danièle Masse, docteure ès lettres, minutieusement relu par lui, avant d’être mis en images par la dessinatrice serbe Yana Adamovic, puis relu une fois encore le dessin achevé.
Le résultat produit un corpus de textes certes copieux, parfois un peu lourd, mais rigoureusement appuyé sur un travail historique irréprochable, qui met en lumière une histoire politique souvent biaisée par les discours militants de tous bords. Il montre notamment que la création de l’État d’Israël est la rencontre entre un nationalisme juif né au XIXᵉ siècle et la volonté politique de l’Empire britannique de sécuriser à son profit le canal de Suez, dont il contrôle la concession. L’album se termine en 1949, lorsque les voisins arabes d’Israël signent à Rhodes un armistice, provoquant l’exode de 720 000 Palestiniens sur les 1,2 million d’Arabes qui vivaient en Palestine mandataire, devenue l’État d’Israël, 176 000 d’entre eux restant dans ce que les fondateurs d’Israël ont choisi d’appeler l’État juif.
Lorsque l’on vous parle du lien entre la naissance d’Israël et la Shoah, d’une « solution à deux États » ou de « génocide » en ce qui concerne le conflit israélo-arabe, il est bon de se reporter à un ouvrage comme celui-ci, qui remet les idées en place et permet une réflexion un peu plus équilibrée que les slogans que l’on nous assène à longueur de journée. On recommande.
Par Didier PASAMONIK
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– Les Origines du conflit israélo-arabe (1870-1950) – Par Georges Bensoussan, Danièle Masse et Yana Adamovic – Ed. Delcourt
– Jérusalem T.1/3 : Salem – Par Jean-Pierre Pécau, Alexandre Jubran et Bertrand Denoulet– Ed. Delcourt