Bon
18 décembre 2025
En 1851, alors qu’elle se rend en Arizona, une caravane de colons menée par l’inflexible révérend Brewster est attaquée par un groupe d’Apaches. Olive et sa petite sœur Mary Ann assistent impuissantes au massacre des leurs. Pour une raison inconnue, elles sont épargnées... mais ne connaissent pas un sort enviable pour autant : réduites en esclavage, les deux fillettes subissent coups et brimades sans discontinuer pendant un an. Leur calvaire prend fin lorsqu’elles sont échangées par troc à une tribu voisine : les Mohaves, des Indiens animés par des valeurs altruistes et pacifiques.
Olive et Mary Ann sont pleinement intégrées comme membres de la tribu, où elles découvrent un nouveau mode de vie et des coutumes qu’elles adoptent très vite, allant jusqu’à se faire tatouer le corps et le visage. Elles retrouvent également une famille en les personnes d’Espaniole et de sa femme Aspenco, qui les adoptent comme leurs filles. Mary Ann meurt en 1855 lors d’une période de disette, mais Olive survit. Les années passent, simples et heureuses, jusqu’au jour où les Blancs retrouvent sa trace et lui proposent de regagner la « civilisation »... Bonne ou mauvaise idée ?
Rodolphe réussit l’exercice, bien souvent périlleux, du biopic : la narration est fluide et dynamisée par des flash-backs entre époques. Ainsi, l’idée de structurer la BD autour de deux chasseurs de prime payés par un riche éleveur pour récupérer tous les exemplaires d’un livre racontant la destinée d’Olive est habile.
La lecture de Blue Tattoo laisse cependant comme un goût d’inachevé, le sentiment d’être resté un peu trop en surface : la psychologie des différents protagonistes aurait gagné à être davantage creusée.
Malgré cela, ce roman graphique évite l’écueil du manichéisme (les bons Blancs d’un côté, les méchants Indiens de l’autre) et du mythe du bon sauvage, et interroge sur la facilité avec laquelle on cède parfois pour vendre plus de livres (ou faire le spectacle), au détriment des faits, de la vérité. Il tente aussi de montrer deux modes de vie différents et donne une vision de la conquête de l’Ouest nuancée, même si la violence est bien présente, ainsi que la mort (et son corollaire, le deuil pour celle qui reste en vie).
Après l’adaptation de plusieurs œuvres de Frison-Roche et Jack London, Pierre-Emmanuel Dequest continue de s’adonner à sa passion des grands espaces en déployant son talent de coloriste dans les paysages tourmentés du Far West, accompagné d’un dessin semi-réaliste d’une facture plus classique.
Par Bérengère HALLIER Christian GRANGE
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