Il faut bien le dire, tout cela tourne à la sinistre farce. La gouvernance actuelle du FIBD, vilipendée depuis des années, au point que l’Association du Festival a été amenée à ne pas reconduire son contrat (qui courait pour 20 ans…) et à faire un appel d’offre, se retrouverait reconduite, après une décision de sa présidente Delphine Groux aussi opaque que contestable, pour une nouvelle décennie.
« Trop c’est trop ! » considèrent un bon nombre de contributeurs à la manifestation. De nombreuses questions commencent à fuser : quel pacte tient l’attelage entre 9eArt+, l’Association du FIBD et la mairie pour qu’à ce point, contre vents et marées, aucun changement ne soit possible ? Un désastre financier caché, comme celui des comptes publics de la France dont on a constaté récemment le dérapage colossal ? Ou pire encore ? « Là où il y a un flou, il y a un loup ! » déclarait jadis une élue lilloise…
Acceptons-en le constat : en vingt ans, avec l’arrivée de Franck Bondoux puis de 9eArt+, le FIBD s’est considérablement professionnalisé. La manifestation n’a plus rien à voir avec celle qui pourtant, non sans quelques crises, a tenu quand même trente ans avant que les opérateurs actuels n’arrivent. Cette professionnalisation, qui a considérablement accru les moyens de la manifestation qui se compte désormais en millions d’euros, consolidée les partenariats avec les instances publiques dans la durée, et dont la programmation n’a pas démérité, s’est accompagnée d’une emprise sur sa gouvernance (le SEA parle de « captation ») entachée de scandales et de suspicions. Au bout de 20 ans, les auteurs, les éditeurs, les financeurs publics et d’autres n’y trouvent plus leur compte.
Entre les 20 Grands Prix qui exigent sa démission, les associations d’auteurs et d’éditeurs, et maintenant cette position du maire, la décision serait : « Circulez, il n’y a rien à voir ! » ? Longtemps les partenaires du FIBD, par pragmatisme, pour « ne pas faire de vagues » avaient laissé faire. Mais là, le Festival est directement menacé sur ses ressources-même. Nous sommes à deux mois de l’échéance de la manifestation, des expos sont annulées, des auteurs ont décidé de ne pas venir, rejoints par leurs éditeurs…
9eArt+ a cru sauver sa peau en opérant un jeu de bonneteaux, avec la complicité de la présidente de l’Association du FIBD. En dépit du fait que, par la voix du maire, selon La Charente Libre, si l’Association persiste à ne pas « écarter 9eArt+ », celle-ci envisage de « la déposséder de l’événement ».
Vers une « année blanche » ?
De quelles ressources dispose désormais le FIBD dont des stands seraient vides et désertés par les auteurs ?. « … dans ces conditions d’opacité sans cesse affligeantes et de management aussi décrié, je me positionne évidemment comme beaucoup de mes collègues en confirmant que je ne viendrai pas au FIBD 2026, écrit sur sa page Facebook le scénariste Laurent-Frédéric Bollée. Et je le dis avec d’autant plus d’amertume que j’ai bien trois albums qui sortent en janvier… » Il ajoute : « Je ne voterai pas à l’élection d’un Grand Prix – mais c’est sans doute secondaire. »
Cela ne l’est pas. Aujourd’hui, les opérateurs du Festival n’ont plus conscience qu’ils ne seraient rien sans l’interprofession de la bande dessinée, qu’on ne peut pas animer ni construire un tel festival sans le soutien du métier. Comment les actuels sponsors du FIBD vivent-ils cette situation ? Vont-ils continuer à financer, quitte à suppléer les fonds manquants suite à la défection des éditeurs et de certains soutiens publics dans un tel contexte délétère ? Telle est la question.
La tentation, est de renoncer à la prochaine édition, histoire de tout remettre à plat, de redéfinir les objectifs en fonction des attentes des partenaires autour de la table, de circonscrire les procès dont Franck Bondoux menace les financeurs, et, au besoin, de changer d’attelage en dépossédant l’Association, comme l’évoque le maire.
Ce sera un désastre pour la ville d’Angoulême, ses commerçants et toutes les professions qui tournent autour de l’animation de cette manifestation. Mais la mairie qui a depuis des années soutenu, par l’intermédiaire de son représentant Gérard Desaphy, cette situation bancale, va devoir faire face à sa responsabilité alors que les élections municipales auront lieu en mars prochain, quelques jours après la tenue du Festival. Une dimension politique souvent occultée par les médias nationaux qui ne s’intéressent pas au marigot local, mais qui a sa petite importance…
Par Didier PASAMONIK
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