Angoulême 2026 : la tentation d’une année blanche

Par Didier PASAMONIK 12 novembre 2025 
L’info est tombée hier, annoncée par Libération, confirmée par Le Monde : Média-Participations (Dargaud, Le Lombard, Dupuis, Kana…) n’ira pas au prochain Festival de la bande dessinée d’Angoulême, en dépit des frais engagés en termes de paiement de stands et d’investissements sur les expositions. Delcourt, Glénat et Casterman réservent leur réponse à une réunion du Syndicat National de l’Edition (SNE) lundi prochain. Les éditeurs alternatifs (SEA) et les syndicats d’auteurs ont déjà déclaré qu’ils n’y iraient pas tandis que deux artistes dont les expositions étaient annoncées, David Prudhomme et Mathieu Bablet, ont déclaré qu’ils préféraient se porter pâle pour janvier… La prochaine édition du FIBD semble mal partie, d’où la tentation d’une année blanche.

Il faut bien le dire, tout cela tourne à la sinistre farce. La gouvernance actuelle du FIBD, vilipendée depuis des années, au point que l’Association du Festival a été amenée à ne pas reconduire son contrat (qui courait pour 20 ans…) et à faire un appel d’offre, se retrouverait reconduite, après une décision de sa présidente Delphine Groux aussi opaque que contestable, pour une nouvelle décennie.

« Trop c’est trop !  » considèrent un bon nombre de contributeurs à la manifestation. De nombreuses questions commencent à fuser : quel pacte tient l’attelage entre 9eArt+, l’Association du FIBD et la mairie pour qu’à ce point, contre vents et marées, aucun changement ne soit possible ? Un désastre financier caché, comme celui des comptes publics de la France dont on a constaté récemment le dérapage colossal ? Ou pire encore ? « Là où il y a un flou, il y a un loup ! » déclarait jadis une élue lilloise…

Angoulême 2026 : la tentation d'une année blanche
Franck Bondoux, délégué général du FIBD. Il est vilipendé de toutes parts.

Acceptons-en le constat : en vingt ans, avec l’arrivée de Franck Bondoux puis de 9eArt+, le FIBD s’est considérablement professionnalisé. La manifestation n’a plus rien à voir avec celle qui pourtant, non sans quelques crises, a tenu quand même trente ans avant que les opérateurs actuels n’arrivent. Cette professionnalisation, qui a considérablement accru les moyens de la manifestation qui se compte désormais en millions d’euros, consolidée les partenariats avec les instances publiques dans la durée, et dont la programmation n’a pas démérité, s’est accompagnée d’une emprise sur sa gouvernance (le SEA parle de « captation ») entachée de scandales et de suspicions. Au bout de 20 ans, les auteurs, les éditeurs, les financeurs publics et d’autres n’y trouvent plus leur compte.

Le maire Xavier Bonnefont et son adjoint Gérard Desaphy en charge des relations avec le FIBD. Ils sont désormais en première ligne face à leurs responsabilités.

Entre les 20 Grands Prix qui exigent sa démission, les associations d’auteurs et d’éditeurs, et maintenant cette position du maire, la décision serait : « Circulez, il n’y a rien à voir ! » ? Longtemps les partenaires du FIBD, par pragmatisme, pour « ne pas faire de vagues » avaient laissé faire. Mais là, le Festival est directement menacé sur ses ressources-même. Nous sommes à deux mois de l’échéance de la manifestation, des expos sont annulées, des auteurs ont décidé de ne pas venir, rejoints par leurs éditeurs…

Mathieu Bablet et David Prudhomme. Vu la situation, ils renonceraient à être exposés à Angoulême 2026.
Photos : Kelian Nguyen

9eArt+ a cru sauver sa peau en opérant un jeu de bonneteaux, avec la complicité de la présidente de l’Association du FIBD. En dépit du fait que, par la voix du maire, selon La Charente Libre, si l’Association persiste à ne pas « écarter 9eArt+ », celle-ci envisage de « la déposséder de l’événement ».

Vers une « année blanche » ?

De quelles ressources dispose désormais le FIBD dont des stands seraient vides et désertés par les auteurs ?. « … dans ces conditions d’opacité sans cesse affligeantes et de management aussi décrié, je me positionne évidemment comme beaucoup de mes collègues en confirmant que je ne viendrai pas au FIBD 2026, écrit sur sa page Facebook le scénariste Laurent-Frédéric Bollée. Et je le dis avec d’autant plus d’amertume que j’ai bien trois albums qui sortent en janvier…  » Il ajoute : « Je ne voterai pas à l’élection d’un Grand Prix – mais c’est sans doute secondaire. »

Cela ne l’est pas. Aujourd’hui, les opérateurs du Festival n’ont plus conscience qu’ils ne seraient rien sans l’interprofession de la bande dessinée, qu’on ne peut pas animer ni construire un tel festival sans le soutien du métier. Comment les actuels sponsors du FIBD vivent-ils cette situation ? Vont-ils continuer à financer, quitte à suppléer les fonds manquants suite à la défection des éditeurs et de certains soutiens publics dans un tel contexte délétère ? Telle est la question.

La tentation, est de renoncer à la prochaine édition, histoire de tout remettre à plat, de redéfinir les objectifs en fonction des attentes des partenaires autour de la table, de circonscrire les procès dont Franck Bondoux menace les financeurs, et, au besoin, de changer d’attelage en dépossédant l’Association, comme l’évoque le maire.

Ce sera un désastre pour la ville d’Angoulême, ses commerçants et toutes les professions qui tournent autour de l’animation de cette manifestation. Mais la mairie qui a depuis des années soutenu, par l’intermédiaire de son représentant Gérard Desaphy, cette situation bancale, va devoir faire face à sa responsabilité alors que les élections municipales auront lieu en mars prochain, quelques jours après la tenue du Festival. Une dimension politique souvent occultée par les médias nationaux qui ne s’intéressent pas au marigot local, mais qui a sa petite importance…

Par Didier PASAMONIK

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5 Messages :
  • "des auteurs ont décidé de ne pas venir, rejoints par leurs éditeurs…"

    À partir du moment où les auteurs refusent de venir, les éditeurs sont obligés de les suivre.

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  • Angoulême 2026 : la tentation d’une année blanche
    12 novembre 2025 13:20, par Gilles

    Votre dernière phrase est pleine d’un sous entendu qu’il convient de lever :
    Le principal concurrent à la législature municipale actuelle est Patrick Mardikian, le vice-président départemental en charge de la culture, du patrimoine et du tourisme et Président de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, et depuis président du groupe Magelis. Il est en outre le fils d’un des trois fondateurs du festival. (pour rappel l’association FiBD est présidée par la fille d’un autre fondateur.)

    Je ne dis pas qu’il est responsable de la situation actuelle (je ne suis pas du genre colplotiste.) Mais il est clair que ce que ce qui se passe en ce moment, l’arrange plutôt.
    https://www.magelis.org/patrick-mardikian-elu-president-du-pole-image-magelis/

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    • Répondu le 12 novembre 2025 à  14:31 :

      "À partir du moment où les auteurs refusent de venir, les éditeurs sont obligés de les suivre." Non, ce sont les éditeurs qui paient l’emplacement de leurs stands et qui ensuite décident quels auteurs ils invitent. Les auteurs qui appellent au boycott en annonçant qu’ils ne viendront pas, sont ceux qui étaient certains de venir, soit déjà invités, soit décidés à venir de leur propre initiative et à leurs frais.

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      • Répondu le 12 novembre 2025 à  20:56 :

        Quoiqu’il en soit, si les auteurs potentiellement invités refusent de venir, les éditeurs sont obligés de suivre.

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    • Répondu par Denis le 12 novembre 2025 à  16:03 :

      A sous entendu, sous-entendu et demi. D’autant plus lorsque certaines infos sont inexactes.
      Pour votre lanterne, depuis un changement de majorité au conseil départemental, Patrick Mardikian n’est plus Vice-Président du département, ni Président de Magélis. Il est encore Président de la CIBDI avec Gérard Desaphy pour Vice-Président. Il a sans cesse agit contre la prééminence de 9ème art + avant même d’être élu du département. Il y a dix ans déjà, avec les Grands Prix de la ville, il prenait la tête d’un groupe demandant un appel à projet pour le FIBD contre le renouvellement automatique de la société de Franck Bondoux. Sa ligne a toujours été claire dans ce dossier. On ne peut pas le tenir comptable des mouvements de girouette de la Ville.

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