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Après le Japon, la Belgique. Après Urasawa, un autre champion du 9e art : Morris. Le dessinateur courtraisien crée Lucky Luke en 1946. Le personnage devient rapidement l’un de ceux qui ont accompagné plusieurs générations de lecteurs, traversant les modes, les évolutions graphiques et les mutations du neuvième art sans jamais perdre sa singularité. Western parodique, chronique burlesque de la conquête de l’Ouest et miroir ironique de la société moderne, la série s’est imposée comme un classique populaire, immédiatement identifiable par son trait, son humour et son sens du rythme.
L’exposition annoncée à Amiens, qui a lieu d’ordinaire vers mai-juin, se veut ambitieuse. Elle proposera une immersion dans l’univers de Lucky Luke à travers un large choix de planches originales, de documents rares et de regards contemporains. Les visiteurs pourront notamment découvrir des originaux de Morris, mais aussi des planches de Achdé, dessinateur actuel de la série régulière, qui a repris le personnage au début des années 2000. S’y ajouteront des œuvres d’auteurs ayant rendu hommage à Lucky Luke et à son héritage graphique — et ils commencent à être nombreux, avec un sacré talent, comme Matthieu Bonhomme, Blutch ou Brüno, pour ne citer qu’eux (et ne s’arrêter que sur la lettre B…).
Au-delà de la célébration d’un héros populaire, cette exposition s’inscrit dans la continuité du travail mené par les Rendez-Vous de la BD d’Amiens depuis trois décennies : faire dialoguer patrimoine et création contemporaine, bande dessinée européenne et internationale. En 2025, le festival avait ainsi consacré une large place à Naoki Urasawa, cochant la case manga dans son savoir-faire.
Il n’y aura pas que Lucky Luke au programme : la maison de la culture annonce déjà la présence de Mickey Mouse de Walt Disney, un choix qui fait sens quand on connaît l’influence qu’a eue l’auteur étasunien sur les débuts du dessinateur belge.
Si les organisateurs promettent d’en dire davantage très prochainement sur la programmation complète, une certitude s’impose déjà : en 2026, Amiens entend rappeler que la bande dessinée est aussi une affaire de transmission, de mémoire et de figures tutélaires. Et à 80 ans, Lucky Luke prouve qu’il court toujours… après les Dalton, certes, mais aussi après une certaine forme de reconnaissance artistique.
Par Didier PASAMONIK
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