Publié en hors-série “collector” de la revue Géo, cet ouvrage s’attache à décrypter la naissance et l’évolution du cow-boy qui tire plus vite que son ombre, tout en racontant l’aventure humaine et artistique de son créateur, Morris, de la Belgique aux Amériques. Son imaginaire s’est d’abord nourri des westerns qu’il scrutait dans leurs moindres détails grâce à son projecteur Pathé, avant qu’il ne prenne lui-même la route du Nouveau Monde, où il s’est installé pendant plusieurs années. Passé par l’animation, c’est pourtant dans la bande dessinée qu’il fera carrière, même si l’idée d’un Lucky animé n’était pas pour lui déplaire. Aux USA, il croise le chemin de nombreux artistes, dont un français, un certain Goscinny, qui deviendra son précieux collaborateur au scénario.
Dans son ouvrage, Christophe Quillien replace les premiers pan-pan de Lucky Luke dans leur contexte éditorial d’alors, marqué notamment par l’avènement de la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et par l’absence totale de reconnaissance du statut de scénariste de bande dessinée.
En filigrane se dessine ainsi toute une génération culte de la BD franco-belge, celle d’André Franquin, d’Eddy Paape, d’Albert Uderzo, entre autres. Car oui, si l’ouvrage est titré “Lucky Luke, les coulisses de la création”, l’auteur ne se contente pas de cette tâche. « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lucky le chanceux se trouve dans ces pages », annonce t-il en préface. Ainsi, après avoir passé en revue les origines du cow-boy - de ses premières apparitions burlesques et cartoonesques dans Spirou, avec ces traits ronds fortement inspirés par Disney et Popeye, jusqu’aux aventures plus abouties au style graphique unique - l’ouvrage propose une série de portraits dédiés à quelques-unes des figures les plus marquantes de la saga : les bêtes et méchants frères Dalton, le fidèle cheval-trop-génial Jolly Jumper ou encore ce clébard de Rantanplan. Une attention particulière est également portée à la gente féminine, longtemps reléguée au second plan dans le neuvième art, comme ailleurs…
Généreusement illustré, l’anthologie propose une sélection des meilleurs cases des 70 albums - excusez du peu - illustrés par Morris. Enfin, on trouve en bonus, une interview exclusive d’Achdé, le successeur de Morris au dessin ; de Jul, le scénariste depuis quelques années ; et du duo Appollo et Brüno, auteurs de l’album hommage “Dakota 1880”.
Qu’on se le dise, il ne s’agit ni d’un pavé académique pointu, ni d’un ouvrage bon marché servant de simple porte d’entrée de saloon dans l’univers de Lucky Luke. Au contraire, le propos est clair et limpide - malgré quelques répétitions - et s’adresse aux passionnés, tout comme au grand public. L’auteur glisse également de nombreux traits d’humour, d’ironie, comme si l’esprit de Goscinny s’était penché sur son épaule, tout au long de la rédaction. En outre, la lecture est plaisante et l’objet de bonne facture. Lucky Luke, les coulisses de la création est un livre à offrir à votre ami aspirant cow-boys, collègue, cheval ou compagnons de cellule. Le bouquin est paru en octobre dernier, précédant de peu les 80 ans du personnage. Voilà un éditeur/imprimeur qui tire plus vite que son ombre ! On prolongera volontiers les festivités avec la série TV en prises de vues réelles qui sort ce 23 mars sur la plateforme de streaming Disney+.
Par Rémi BARNAULT
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Lucky Luke, les coulisses de la création, hors-série Géo, est en vente chez Prisma Média, pour 24,95 €.