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Vivès, Gipi : un album sur la plaie

Par Didier PASAMONIK 10 décembre 2024 
DIDIER PASAMONIK - C’étaient des auteurs très en vue, des figures montantes de leur génération. Ils ont subi un « shitstorm », littéralement « une tempête de merde », à la suite soit de leurs propos diffusés sur le Net, soit d'une interprétation critique de leur travail. Commentés, partagés, les réquisitoires, tournant en boucle, étaient sans appel. Ces deux auteurs tentent l’un et l’autre ces jours-ci d’exorciser ce mauvais épisode de leur carrière avec un album.

Ce qui caractérise un « shitstorm », c’est qu’il dure indéfiniment et qu’une réputation, quelle que soit la réalité des faits, est ruinée. L’affaire colle au nez de ces auteurs comme le sparadrap du Capitaine Haddock. Évidemment que le phénomène des réseaux sociaux érigés en tribunaux populaires se devait de toucher le monde de la bande dessinée qui n’est pas une citadelle isolée du reste de l’humanité.

Trop vieux pour être inconscients et trop jeunes pour être gâteux. À respectivement 40 et 60 ans, Bastien Vivès et Gipi sont sans excuses a priori. Le dessinateur du Goût du chlore et de Corto Maltese attend que la justice examine son cas et voit bon nombre de ses projets (films, expositions…) reportés. Sans le soutien discret mais ferme de Casterman, il serait probablement au chômage technique.

Bastien Vivès réagit avec un album grinçant sur le mode de l’autofiction où il se dessine en butte avec un système judiciaire digne du Père Ubu. Son titre ? « La Vérité sur l’affaire Bastien Vivès », chez Charlotte Éditions, le tout nouveau label de Vincent Bernière, l’éditeur des nouveaux Cahiers de la bande dessinée, qui lance aussi ces derniers temps la revue Charlotte Mensuel (Le N°3 vient de paraître) évidemment ravi de ce « coup » qui met le projecteur sur sa revue.

C’est une fiction bien sûr, difficile de faire autrement alors que l’affaire est en cours d’instruction, la juge en charge du dossier ayant besoin de longues années (plus de deux ans, à ce jour…) pour lire trois BD et statuer de leur caractère illicite ou non.

Vivès, Gipi : un album sur la plaie
La réponse de Bastien Vivès
Une liberté de ton disparue
Le N°3 vient de paraître. Vivès en couverture.

Stacy , incarnation du tourment

Gipi, en Italie, a vu sa vie bouleversée pour avoir ironisé dans un dessin sur le sujet des violences sexuelles et sexistes faites aux femmes. Il en résulta un stormshit d’ampleur qui a fait tout le tour des réseaux sociaux italiens. Lui qui est une star de la BD au-delà des Alpes, plusieurs fois distingué au Festival d’Angoulême, voit plusieurs de ses projets s’arrêter.

Dans Stacy, une fiction ici aussi, le dessinateur de Notes pour une histoire de guerre (Vertige Graphic) et de La Terre des fils (Futuropolis) raconte un peu confusément comment il a vécu cette expérience. Stacy, c’est elle, cette affaire dont on ne peut pas parler, parce que cela ne sert plus à rien, parce que la société est partagée entre les « pour » et les « contre », lesquels pour la plupart n’ont jamais lu ses œuvres.

"Stacy", scandale je dis ton nom !

« Couinements de mâle humilié », « Ouin-Ouin », le lexique ne manque pas chez leurs détracteurs. On réduit leur travail, souvent inspiré, à ces faits divers. Un dérapage de quelques secondes sur un média ou réseau social, et les voici accablés pour l’éternité, numérique bien évidemment. Une sorte de perpétuité.

Ceux qui sont gagnants, ce sont les GAFAM et ces médias qui ont soif d’audience et de clics et qui, à l’aide d’algorithmes opportuns, jettent de l’huile sur le feu, se repaissent de ces scandales, de ces indignations boursouflées. Ils sont tout puissants face à des gens qui, il ne faut pas l’oublier, ne sont que des auteurs et pas des nantis, des milliardaires façon Bolloré, ce qui fait qu’ils restent souvent seuls et démunis devant de telles situations.

On peut y survivre évidemment, on survit à tout. Mais il reste le malaise d’une justice qui n’évite pas le scandale de l’injustice. « On sort peu démocrate du spectacle de la démocratie » disait Paul Léautaud, lui aussi un jour ou l’autre voué au bûcher. C’est bien observé. Pauvre monde.

Par Didier PASAMONIK

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782487609013
Futuropolis Charlotte éditions ✏️ Bastien Vivès ✏️ Gipi Autofiction France Italie Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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17 Messages :
  • Vivès, Gipi : un album sur la plaie
    10 décembre 2024 08:05, par Capitaine Kérosène

    La juge en charge du dossier ayant besoin de longues années (plus de deux ans, à ce jour…) pour lire trois BD.
    Excellent !

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    • Répondu par mmarvinbear le 10 décembre 2024 à  14:39 :

      Un juge n’a pas un seul dossier sur son bureau. Parfois même son bureau ne suffit pas à stocker tout le travail qui lui est confié et il se doit de les traiter dans l’ordre d’arrivée. Il n’est dès lors pas rare de devoir attendre des années pour liquider sa file d’attente. Le COVID a été une période bénie pour eux car pendant plusieurs mois, les affaires ont été suspendues et ils ont pu non pas glander tranquillement mais terminer la paperasse administrative engendrée par les procédures et qui s’accumulent ralentissant le cours de la justice.

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  • Vivès, Gipi : un album sur la plaie
    10 décembre 2024 11:52, par Serpicco

    Vivés est coupable d’être un génie dans l’art de représenter la femme et l’intime. Il le fait bien mieux que de nombreuses autrices elles mêmes...Pas seulement du point de vue de l’homme, y compris d’un point de vue féminin, ce qui, à l’heure de la sur valorisation identitaire comme stratégie de pouvoir, est inacceptable... Sur un plan inconscient, c’est une partie du cœur de l’affaire.
    Combien d’autrices, féministes, portes paroles du féminin, dessinent la femme médiocrement, sans beaucoup d’intérêt émotionnel ? Ne sont ce pas elles qui vociférent ?
    La question de l’imaginaire pédophile est légitime, mais elle sert surtout de prétexte pour abbatre un génie du dessin, qui dessinait les femmes mieux qu’elles ne le faisaient elle même.
    C’est une affaire de pouvoir. Surtout une affaire de pouvoir, pas une affaire de morale.

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    • Répondu par ಠ_ಠ le 10 décembre 2024 à  18:05 :

      Bonjour la psycho-socio-esthétique de comptoir !
      Vous racontez des choses qui semblent surtout concerner votre rapport aux femmes et à la singularité de leurs points vue que vous avez du mal à accepter.
      Plutôt que de croire que les femmes dessinatrices sont des mégères aigries et jalouses du génie de Bastien Vivés, qui dessine et comprend mieux le genre féminin qu’elles ne le feront jamais, ne croyez-vous pas que dessiner des corps inesthétiques, hors des canons, "mal" dessinés, etc, c’est surtout un choix volontaire pour sortir des points de vue ultras normés afin de pouvoir raconter le monde différemment ?
      Vous pouvez tout à fait adouber le talent de Bastien Vivés et adorer sa façon de dessiner les femmes. Mais votre besoin de tordre le réel à ce point me semble autrement plus problématique que cette affaire.

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      • Répondu par Milles Sabords le 11 décembre 2024 à  08:39 :

        Dans la comparaison, je préfère largement le travail de Béatrice Tillier à celui de Bastien Vivès. Bien que Vivès soit un très bon dessinateur réaliste, il s’est trouvé un style moins laborieux (hérité de l’animation) pour gagner du temps. Mais en matière de sensibilité graphique sur les femmes, le dessin de Tillier possède une âme en plus que n’a pas Vivès, sauf peut-être, s’il arrête de surjouer sur son statut « d’ado surdoué » (d’où ces potacheries de salle de garde que sont Les melons de la colère et Petit Paul), maintenant qu’il est père. Quant à l’avenir de Vivès et Gipi, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, leur notoriété dans la profession pousseront toujours des éditeurs à vouloir travailler avec eux. Quant on vend beaucoup on attire l’envie, quant on vend peu on attire la pitié. Leurs situations seraient différentes si ces scandales avaient éclatés dès leurs premiers albums.

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        • Répondu le 12 décembre 2024 à  08:49 :

          Ça fait longtemps que Vives est père. Vous êtes qui pour lui dire ce qu’il devrait dessiner en fonction de sa vie familiale ? Et qu’est-ce que Béatrice Tillier a à voir avec le sujet de l’article ?

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          • Répondu par Milles Sabords le 12 décembre 2024 à  14:11 :

            Un peu "d’explicage" à l’inconnu du 12 décembre à 08:49 : Vivès n’était pas père au moment de Melon et du p’tit Paul, depuis, il a changé (dixit l’une de ses interview). "Vivés est coupable d’être un génie dans l’art de représenter la femme et l’intime." ben non, il y a aussi Béatrice Tillier, Paul Teng, et tant d’autres qui savent sublimer la femme et l’intime. Vivès un génie... faut arrêter la camomille ou la verveine, ou ne pas combiner les deux.

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            • Répondu le 12 décembre 2024 à  17:23 :

              Comparer Vivès, Béatrice Tillier et Paul Teng et les mettre sur le même plan n’a aucun sens. Le seul point commun que je vois entre ces 3 auteurs, c’est qu’aucun des trois n’est un génie. Ou alors le niveau pour être considéré comme un génie a vraiment beaucoup baissé. Par ailleurs, je ne sais pas qui vous êtes, mais personnellement quand je lis une BD, je me fiche complètement de la vie privée de l’auteur, de sa paternité, de ce qu’il fait de bien ou de pas bien dans sa vie personnelle ou de quoi que ce soit.

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      • Répondu par Auteur·ice le 11 décembre 2024 à  16:26 :

        ne croyez-vous pas que dessiner des corps inesthétiques, hors des canons, "mal" dessinés, etc, c’est surtout un choix volontaire

        Mal dessiner n’est JAMAIS un choix volontaire, mais une limite de capacité. A choisir, n’importe qui préfère faire bien que mal.

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        • Répondu le 12 décembre 2024 à  08:52 :

          J’adore les gens qui ont des avis péremptoires et définitifs sur la façon de travailler des autres, et sur la BD en général, à croire qu’ils sont omniscients et capables de pénétrer les pensées de tout le monde.

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        • Répondu par ಠ_ಠ le 12 décembre 2024 à  09:02 :

          Vous voyez les guillemets, ils ne sont pas là pour rien.
          Bonne chance à vous pour définir avec arguments et justesse ce que veulent dire bien ou mal dessiner !
          Encore plus en bande dessinée où le dessin doit en premier lieu servir la narration d’un récit avant toute considération esthétique.
          Quant au fond de votre discours, bien sûr que des auteuri·ces et des artistes peuvent choisir de se "limiter" (encore des guillemets) leur dessin par rapport à leur aptitude, afin de multiplier leurs possibles et de raconter le monde de façon protéiforme. C’est même la base des arts plastiques qui ne s’appellent pas plastiques pour rien.

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    • Répondu le 10 décembre 2024 à  18:32 :

      Ce sont vraiment des affirmations très personnelles et très péremptoires. Autrement dit, n’importe quoi. Mais je ne vais pas commenter davantage, on a perdu assez de temps avec ces bêtises. Vivès et Gipi sont sans doute victimes de lynchages inacceptables et ne devraient avoir affaire qu’à la justice s’il y a lieu d’être. Mais d’un autre coté, quelle publicité pour eux…

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  • Vivès, Gipi : un album sur la plaie
    10 décembre 2024 12:36

    Par ailleurs, Gipi emporte le prix de la plus belle couverture de l’année !

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  • Vivès, Gipi : un album sur la plaie
    10 décembre 2024 14:40, par Laurent Colonnier

    « C’étaient des auteurs très en vue, des figures montantes de leur génération. »

    Pourquoi "c’étaient" ? Ce sont toujours des auteurs très en vue (peut-être plus même, mais pas pour de bonnes raisons) et pourquoi ne seraient-ils plus des figures montantes de leur génération (je ne pensais pas que Gipi avait 60 ans, je le pensais plus jeune que moi), comme ce sont d’excellents auteurs, ils ont l’avenir devant eux.

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  • Vivès, Gipi : un album sur la plaie
    10 décembre 2024 15:25, par Adrien Nafer

    Bravo pour l’article. J’ai acheté et lu La vérité sur l’affaire Vivès. Lisez-le, vous ne le regretterez pas !

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  • Vivès, Gipi : un album sur la plaie
    10 décembre 2024 16:19, par vainvain

    Il me semble que ce sont deux cas très différents, quand même. À tous points de vue. En tous cas, j’ai hâte de lire les publications dans lesquelles ils déplorent le fait qu’ils ne peuvent plus rien publier.

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    • Répondu par Gina Vanilla le 10 décembre 2024 à  18:35 :

      Ce qui est sûr, Monsieur vainvain, c’est que cela démontre à nouveau la formidable puissance des réseaux sociaux.
      J’utilise cette forme d’expression pour promouvoir des produits de façon positive, avec humour. Pas pour féderer des milliers de haters !

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