Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Ce qui caractérise un « shitstorm », c’est qu’il dure indéfiniment et qu’une réputation, quelle que soit la réalité des faits, est ruinée. L’affaire colle au nez de ces auteurs comme le sparadrap du Capitaine Haddock. Évidemment que le phénomène des réseaux sociaux érigés en tribunaux populaires se devait de toucher le monde de la bande dessinée qui n’est pas une citadelle isolée du reste de l’humanité.
Trop vieux pour être inconscients et trop jeunes pour être gâteux. À respectivement 40 et 60 ans, Bastien Vivès et Gipi sont sans excuses a priori. Le dessinateur du Goût du chlore et de Corto Maltese attend que la justice examine son cas et voit bon nombre de ses projets (films, expositions…) reportés. Sans le soutien discret mais ferme de Casterman, il serait probablement au chômage technique.
Bastien Vivès réagit avec un album grinçant sur le mode de l’autofiction où il se dessine en butte avec un système judiciaire digne du Père Ubu. Son titre ? « La Vérité sur l’affaire Bastien Vivès », chez Charlotte Éditions, le tout nouveau label de Vincent Bernière, l’éditeur des nouveaux Cahiers de la bande dessinée, qui lance aussi ces derniers temps la revue Charlotte Mensuel (Le N°3 vient de paraître) évidemment ravi de ce « coup » qui met le projecteur sur sa revue.
C’est une fiction bien sûr, difficile de faire autrement alors que l’affaire est en cours d’instruction, la juge en charge du dossier ayant besoin de longues années (plus de deux ans, à ce jour…) pour lire trois BD et statuer de leur caractère illicite ou non.
Stacy , incarnation du tourment
Gipi, en Italie, a vu sa vie bouleversée pour avoir ironisé dans un dessin sur le sujet des violences sexuelles et sexistes faites aux femmes. Il en résulta un stormshit d’ampleur qui a fait tout le tour des réseaux sociaux italiens. Lui qui est une star de la BD au-delà des Alpes, plusieurs fois distingué au Festival d’Angoulême, voit plusieurs de ses projets s’arrêter.
Dans Stacy, une fiction ici aussi, le dessinateur de Notes pour une histoire de guerre (Vertige Graphic) et de La Terre des fils (Futuropolis) raconte un peu confusément comment il a vécu cette expérience. Stacy, c’est elle, cette affaire dont on ne peut pas parler, parce que cela ne sert plus à rien, parce que la société est partagée entre les « pour » et les « contre », lesquels pour la plupart n’ont jamais lu ses œuvres.
« Couinements de mâle humilié », « Ouin-Ouin », le lexique ne manque pas chez leurs détracteurs. On réduit leur travail, souvent inspiré, à ces faits divers. Un dérapage de quelques secondes sur un média ou réseau social, et les voici accablés pour l’éternité, numérique bien évidemment. Une sorte de perpétuité.
Ceux qui sont gagnants, ce sont les GAFAM et ces médias qui ont soif d’audience et de clics et qui, à l’aide d’algorithmes opportuns, jettent de l’huile sur le feu, se repaissent de ces scandales, de ces indignations boursouflées. Ils sont tout puissants face à des gens qui, il ne faut pas l’oublier, ne sont que des auteurs et pas des nantis, des milliardaires façon Bolloré, ce qui fait qu’ils restent souvent seuls et démunis devant de telles situations.
On peut y survivre évidemment, on survit à tout. Mais il reste le malaise d’une justice qui n’évite pas le scandale de l’injustice. « On sort peu démocrate du spectacle de la démocratie » disait Paul Léautaud, lui aussi un jour ou l’autre voué au bûcher. C’est bien observé. Pauvre monde.
Par Didier PASAMONIK
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