Charlotte Mensuel relance « l’esprit Charlie » avec Chris Ware, Andrea Pazienza, Joe Matt et… Bastien Vivès !

Par Didier PASAMONIK 26 juin 2024 
Vincent Bernière lance ces jours-ci Charlotte Mensuel. Vous pensez au Charlie Mensuel des années 1970-1980 ? Vous avez raison, c'est le modèle. Au sommaire des nouvelles créations décoiffantes, quelques grands classiques de la BD, des signatures littéraires prestigieuses, un mélange d'ancien et de moderne pimenté par un peu de scandale, notamment le retour en fanfare de Bastien Vivès sur le devant de la scène.

Dans Charlie Mensuel, fondé en février 1969 par l’équipe d’Hara Kiri et dont le rédacteur en chef était Delfeil de Ton, mais qui sera dirigé par Wolinski à partir du N°19, on trouvait aussi bien des grandes BD américaines comme The Peanuts de Schulz, Krazy Kat de George Herriman ou Li’l Abner d’Al Capp, que les piliers de Charlie Hebdo comme Wolinski, Cabu, Willem, Cavanna ou Reiser, et des BD érotiques signées Crepax ou Pichard, que des dessinateurs comme Copi, Hervé di Rosa, Charlie Schlingo, Chantal Montellier, Alex Barbier, Pascal Doury, les premiers pas de Muñoz & Sampayo, les frères Varenne, Moebius même,… C’était une réplique de Linus (lui aussi un personnage de Schulz) publié en Italie, premier éditeur de Crepax et dans la rédaction de laquelle figurait un certain Umberto Eco. C’est dire si la lignée est prestigieuse.

Bref, une jolie bande de frappadingues qui vont administrer une sacrée claque au monde de la bande dessinée. Il y avait un « esprit », puisé dans ce que la BD avait de plus productif de l’époque, des productions venues du monde entier, une atmosphère de contre-culture dont les rhizomes s’étendent encore jusqu’à aujourd’hui.

Et voici qu’à l’initiative de Vincent Bernière, un surgeon apparaît ces jours-ci. L’éditeur des excellents Cahiers de la bande dessinée, l’homme qui a relancé Métal Hurlant, lance cette fois Charlotte Mensuel en invoquant les mânes de Charlie Mensuel. Bien vu : Charlotte plutôt que Charlie, une héroïne passée à la trappe par Schulz « parce qu’elle parlait trop fort ».

Avec un contenu qui ressemble à l’ancien, un mélange entre anciens et modernes, entre classiques de bon aloi et bandes dessinées subversives, venus du monde entier. Parmi les anciens, Gérard Lauzier, Georges Pichard, Florence Cestac, Andrea Pazienza, Joe Matt, Shinshi Ab, Hisashi Sakaguchi, Jordi Bernet et Sergio Abuli… Dans les signatures contemporaines : Chris Ware, Pierre Van Hove, Seth, Seo Kim, Berliac, Bastien Vivès, Noah Van Sciver, Morgan Navarro, Louis Paillard, Clémence André Van Hulle, Benjamin Marra, Arthur Dorémus, Maybelline Skvortzoff…

Vincent Bernière. Après avoir relancé Les Cahiers de la bande dessinée et Métal Hurlant, il lance Charlotte.
Photo : Renaud Montfourny / Ed. Charlotte

Vous ne connaissez pas tout le monde ? C’est voulu ! Bernière est un expérimentateur un peu snob qui aime bien nous faire découvrir des univers inconnus. Comme disait Picabia : « Il faut violer le public dans des positions rares ! »

Ce côté « poil à gratter » se retrouve dans le rédactionnel. Là encore, mélange de signatures connues et moins connues parmi lesquelles Michel Houellebecq (mazette !), Axelle Le Dauphin, Fleur Hopkins-Loféron, Nicolas Tellop, Vladimir Lecointre, ou le chef de file de la figuration libre Hervé di Rosa, tout fraichement élu membre de l’Académie des Beaux-Arts.

Sélection de BD de qualité venues du monde entier, journal autonome de bande dessinée, Charlotte Mensuel ratifie le mot d’ordre de Georges Wolinski, celui d’être « le seul journal de BD à être lu par des gens qui ne lisent pas de bande dessinée ». Engagé avec un objectif de 5 000€ de récolte de fonds, la campagne passe le cap des 45 000€ à ce jour.

Nous sommes sur la dernière ligne droite, avec davantage d’ambition, à quelques jours de la fin. Comme contrepartie, sept dessins de Bastien Vivès à gagner. Le dessinateur est toujours visé par des accusations de représentations pédopornographiques dans ses albums et fait face à une pétition de boycott de ses œuvres ayant reçu déjà plus de 100 000 signatures.

D’ailleurs, Charlotte devient aussi une maison d’édition. Avec au programme un coup d’éclat : un ouvrage intitulé La Vérité sur l’Affaire Vivès par… Bastien Vivès ! Il ne sera pas prépublié dans Charlotte car le mensuel s’emploie à publier des histoires courtes avec du matériel inédit (de Vivès aussi), alors que celui-ci fait quelque 160 pages. Publication prévue fin septembre. Sûr que cela va susciter des commentaires…

Simultanément, paraîtra l’ouvrage Les Derniers jours de Pompeo d’Andrea Pazienza (1956-1988), météore génial de la bande dessinée italienne des années 1970-80. On en reparlera sûrement.

Dans les contreparties de l’opération, des dessisn originaux de Bastien Vivès

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Par Didier PASAMONIK

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Code EAN :

Charlotte Mensuel, 176 pages – Il est prévu dix parutions par an avec deux numéro doubles – En kiosque au prix de 13,90€

Charlotte éditions ✏️ Chris Ware ✏️ Bastien Vivès ✏️ Joe Matt à partir de 13 ans Berne Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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17 Messages :
  • "Créé par l’équipe de Charlie Hebdo" dites-vous...
    Charlie Hebdo n’existait pas, lors de la création du mensuel de BD Charlie, par l’équipe (en partie) de Hara Kiri. Il s’est appelé comme ça, comme l’explique Bernière, car il copiait la formule de Linus, journal italien, du nom d’un autre personnage de la série Peanuts de Schulz, tel que Charlie Brown

    Peu de temps plus tard, quand Hara Kiri Hebdo a été interdit, il est ressorti sous le nom de Charlie Hebdo, postérieurement à la création de Charlie donc...

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    • Répondu par Gina Vanilla le 27 juin 2024 à  17:37 :

      Tiens, vous avez raison ! Il faudrait mieux dire "fondé par l’équipe des éditions du Square", c’est plus généraliste et risque moins d’être contredit.
      Maintenant, vous avez raison, le contenu des Charlie-mensuels "sans Couture" étaient inspirés de Linus, donc pas mal de BD identiques US ou italiennes (avec en plus dans Charlie-menstruel (hihihi !°) les BD inédites de l’équipe Hara-Kiri). De plus la présentation se ressemble, puisque Wolinski était allé à Milan pour voir l’imprimeur de Linus, et lui demander un devis pour Charlie !
      Bien évidemment, je n’ai pas lu ces revues BD à l’époque, je les ai récupérées à la mort de mon père qui m’avait initiée à cette revue quand j’étais ado. D’un contenu moins provocateur que son homologue hebdo Charlie-mensuel (je ne vais pas vous ressortir deux fois de suite le même jeux de maux de tête calamiteux !) n’eut pas vraiment à souffrir de la censure, à ma connaissance. Une revue non "Réservée aux adultes" ou même avec logo "Pour adultes (majeurs, vaccinés et déniaisés, cela s’entend ! hihihi), où le mignon Charlie Brown et les Peanuts cotoyaient les pages plus "évocatrices" de Pichard et Wolinski, ainsi que Crepax ! Charlie-mensuel fut la première revue mensuelle pour adultes ou gens intelligents, bien avant L’écho, Fluide, Métal et Pilote-mensuel

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    • Répondu par Didier Pasamonik - L’Agence BD le 28 juin 2024 à  07:25 :

      Vous avez tout à fait raison. Nous corrigeons. Merci pour cette précision.

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  • Quand on pense que Jean-Louis Gauthey rappelait comme un poil à gratter historique pour Jean-Christophe Menu que les couvertures de la première formule de Lapin ( à L’association) s’inspiraient clairement de Charlie Mensuel - en effet lui-même adapté du Linus italien. Ces petites piques entre vieux amis-ennemis paraissent bien dérisoires confrontées à ce Charlotte. Quand les réactionnaires s’approprient ou détournent ce qui fut un temps un lieu d’invention. Quoique Wolinski à toujours été un réac. Bref je divague. Mon seul regret réel : que Chris Ware se fourvoie dans ce machin. Bon vent à Charlotte Mensuel.

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    • Répondu le 28 juin 2024 à  08:15 :

      Vous parlez de personnalités et de polémiques du petit monde de la BD qui ne diront pas grand chose à pas grand-monde. Il faudrait au moins expliquer qui sont les noms que vous citez.

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      • Répondu par Olga le 28 juin 2024 à  09:49 :

        Monsieur Gauthey a publié des petits livres de Menu, Sfar, Blutch, David B. et Trondheim. Intérieur en photocopie numérique, mais jolies couvertures sérigraphiées. Mais quand Monsieur Menu a lancé l’Asso, ces auteurs ont eu moins de temps pour publier chez Cornélius- corne d’auroch !

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        • Répondu le 28 juin 2024 à  13:34 :

          Puisqu’on en est visiblement à déterrer de vieilles querelles pichrocolines, l’Association a été lancée avant Cornélius et Cornélius n’a eu aucune difficulté ensuite à se passer des auteurs de l’Asso. Rappelons notamment que Cornélius a publié le premier Sfar.

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          • Répondu par ced35 le 28 juin 2024 à  16:33 :

            Il me semble que la première publication de Joann Sfar est la patte de mouche Noyer le poisson, à L’Association, en 1994, la publication d’Osour Hyrsidoux chez Cornélius la suivant de quelques mois. Mais je peux me tromper...

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        • Répondu par Fred Poullet le 28 juin 2024 à  14:28 :

          Erreur  : Naissance de l’asso en 1990, naissance de Cornélius en 1991. Cornélius suit l’histoire éditoriale de l’Asso, par émulation, et non pas le contraire. Autre rectificatif, technique celui-ci, les comix de Cornélius éraient imprimés en photocopie noir et blanc, tout simplement... La photocopie numérique ne se répand qu’au début des années 2000.

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    • Répondu par Dolly le 28 juin 2024 à  10:13 :

      Et pourquoi Charlotte mensuel serait réactionnaire ? Vous avez des exemples ?

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      • Répondu par Gonzalo Izquierdo le 28 juin 2024 à  14:29 :

        Dans le dernier Métal Hurlant (nº11) Riss (à propos de Charlie Hebdo) résume ça très bien :
        "L’accusation de réactionnaire, c’est pour disqualifier. Ce n’est pas un vrai argument. On traite quelqu’un de réac et c’est réglé. Cela démontre juste que la personne n’a pas envie d’entendre ce que vous dites. Qui connaît Charlie comprend que ce n’est pas réactionnaire. C’est un journal qui pose des questions."
        Remplacez Charlie par Charlotte et ça fonctionne aussi...

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      • Répondu par ced35 le 28 juin 2024 à  16:41 :

        La démarche d’un titre qui fait ouvertement référence à Charlie Mensuel, titre détourné maquette similaire, est réactionnaire en soi : il s’agit de restaurer quelque chose du passé.
        Après les relances légèrement mises aux goûts du jour des Cahiers de la BD, puis de Métal Hurlant (rapidement repris en main par son éditeur historique Les Humanoïdes Associés), la démarche se répète avec des variations pour Vincent Bernière.

        Loin de moi l’idée de juger du contenu politique d’une revue à paraître. Comme je concluais : bon vent !

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        • Répondu par Djel le 3 juillet 2024 à  12:18 :

          Mouais... Sauf que quand, après une certaine, disons, "émancipation" de nos sociétés, les temps reviennent aux pires souvenirs du conservatisme, de la censure et, même, oui (tiens ?) à l’extrême-droite fasciste, bin rentrer dans le lard, même si on s’inspire de ceux qui l’ont fait dans les années 1960, ça reste rentrer dans le lard, et certainement pas "restaurer quelque chose du passé". Je ne suis pas loin de penser que le contexte actuel est encore pire que celui de la France pathétique de 1960.

          Allez, la lutte commencera vraiment lundi prochain !

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          • Répondu le 6 juillet 2024 à  10:00 :

            Tu dis ça, mais tu vas partir en vacances cet été comme la plupart des gens, et tu commenceras ta carrière de résistant à la rentrée.

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      • Répondu par Gina Vanilla le 28 juin 2024 à  17:15 :

        Chère Dolly, je ne vois pas non plus en quoi ce Charlotte serait réactionnaire (certes, il y a une reprise de Lauzier, dont les femmes dessinées étaient toujours plus intelligentes que les hommes !). Réactionnaire, parce que en référence à un mensuel BD disparu depuis longtemps ? Ou parce qu’il publie (sans doute par économie) des reprises de vieilles histoires ?

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  • Les types qui organisent ce financement participatif sont des nuls. J’appartiens à un pays francophone (la Suisse) mais je ne peux pas souscrire à ce journal car il ne fait pas partie de la liste du site Kickstarter.
    Si on est slovène ou estonien (y a t-il beaucoup de gens qui comprennent le français ?), on peut participer au financement, mais si on est suisse et francophone, passez votre chemin !

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    • Répondu par Gina Vanilla le 29 juin 2024 à  18:01 :

      Sans doute lié au fait que la Suisse même francophone est hors zone euro (hihihii, voila pour votre particularisme, amis helvètes). Adressez vous à vos députés pour râler, cela défoule !

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