Dans Charlie Mensuel, fondé en février 1969 par l’équipe d’Hara Kiri et dont le rédacteur en chef était Delfeil de Ton, mais qui sera dirigé par Wolinski à partir du N°19, on trouvait aussi bien des grandes BD américaines comme The Peanuts de Schulz, Krazy Kat de George Herriman ou Li’l Abner d’Al Capp, que les piliers de Charlie Hebdo comme Wolinski, Cabu, Willem, Cavanna ou Reiser, et des BD érotiques signées Crepax ou Pichard, que des dessinateurs comme Copi, Hervé di Rosa, Charlie Schlingo, Chantal Montellier, Alex Barbier, Pascal Doury, les premiers pas de Muñoz & Sampayo, les frères Varenne, Moebius même,… C’était une réplique de Linus (lui aussi un personnage de Schulz) publié en Italie, premier éditeur de Crepax et dans la rédaction de laquelle figurait un certain Umberto Eco. C’est dire si la lignée est prestigieuse.
Bref, une jolie bande de frappadingues qui vont administrer une sacrée claque au monde de la bande dessinée. Il y avait un « esprit », puisé dans ce que la BD avait de plus productif de l’époque, des productions venues du monde entier, une atmosphère de contre-culture dont les rhizomes s’étendent encore jusqu’à aujourd’hui.
Et voici qu’à l’initiative de Vincent Bernière, un surgeon apparaît ces jours-ci. L’éditeur des excellents Cahiers de la bande dessinée, l’homme qui a relancé Métal Hurlant, lance cette fois Charlotte Mensuel en invoquant les mânes de Charlie Mensuel. Bien vu : Charlotte plutôt que Charlie, une héroïne passée à la trappe par Schulz « parce qu’elle parlait trop fort ».
Avec un contenu qui ressemble à l’ancien, un mélange entre anciens et modernes, entre classiques de bon aloi et bandes dessinées subversives, venus du monde entier. Parmi les anciens, Gérard Lauzier, Georges Pichard, Florence Cestac, Andrea Pazienza, Joe Matt, Shinshi Ab, Hisashi Sakaguchi, Jordi Bernet et Sergio Abuli… Dans les signatures contemporaines : Chris Ware, Pierre Van Hove, Seth, Seo Kim, Berliac, Bastien Vivès, Noah Van Sciver, Morgan Navarro, Louis Paillard, Clémence André Van Hulle, Benjamin Marra, Arthur Dorémus, Maybelline Skvortzoff…
Vous ne connaissez pas tout le monde ? C’est voulu ! Bernière est un expérimentateur un peu snob qui aime bien nous faire découvrir des univers inconnus. Comme disait Picabia : « Il faut violer le public dans des positions rares ! »
Ce côté « poil à gratter » se retrouve dans le rédactionnel. Là encore, mélange de signatures connues et moins connues parmi lesquelles Michel Houellebecq (mazette !), Axelle Le Dauphin, Fleur Hopkins-Loféron, Nicolas Tellop, Vladimir Lecointre, ou le chef de file de la figuration libre Hervé di Rosa, tout fraichement élu membre de l’Académie des Beaux-Arts.
Sélection de BD de qualité venues du monde entier, journal autonome de bande dessinée, Charlotte Mensuel ratifie le mot d’ordre de Georges Wolinski, celui d’être « le seul journal de BD à être lu par des gens qui ne lisent pas de bande dessinée ». Engagé avec un objectif de 5 000€ de récolte de fonds, la campagne passe le cap des 45 000€ à ce jour.
Nous sommes sur la dernière ligne droite, avec davantage d’ambition, à quelques jours de la fin. Comme contrepartie, sept dessins de Bastien Vivès à gagner. Le dessinateur est toujours visé par des accusations de représentations pédopornographiques dans ses albums et fait face à une pétition de boycott de ses œuvres ayant reçu déjà plus de 100 000 signatures.
D’ailleurs, Charlotte devient aussi une maison d’édition. Avec au programme un coup d’éclat : un ouvrage intitulé La Vérité sur l’Affaire Vivès par… Bastien Vivès ! Il ne sera pas prépublié dans Charlotte car le mensuel s’emploie à publier des histoires courtes avec du matériel inédit (de Vivès aussi), alors que celui-ci fait quelque 160 pages. Publication prévue fin septembre. Sûr que cela va susciter des commentaires…
Simultanément, paraîtra l’ouvrage Les Derniers jours de Pompeo d’Andrea Pazienza (1956-1988), météore génial de la bande dessinée italienne des années 1970-80. On en reparlera sûrement.
Voir en ligne : Pour souscrie à Charlotte Mensuel
Par Didier PASAMONIK
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Charlotte Mensuel, 176 pages – Il est prévu dix parutions par an avec deux numéro doubles – En kiosque au prix de 13,90€
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