Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Les premières pages nous présentent un homme qui vient d’échoir sur une planète après deux mois d’errance spatiale. Il interagit alors avec son journal de bord, et annonce avec une conviction, vite ébranlée, que la planète est inhabitée. Le voilà Robinson de l’espace, condamné à survivre dans la nature, avec peut-être l’espoir de trouver son Vendredi. Soudain, il sent posés sur lui des regards énigmatiques issus des fourrés. Des singes ! Des animaux qui existaient sur la planète Terre, avant qu’elle ne disparaisse.
Robinson Crusoé sous LSD aux confins de la galaxie
La rencontre semble se dérouler au mieux et Barbarone échange avec les primates dont il comprend bien qu’ils ont un intérêt certain pour lui, mais qui eux ne comprennent pas l’absence de réciprocité. Ces singes érotomanes finissent par se jeter sur lui. Barbarone prend la fuite, sans grand espoir de s’en sortir. Intervient alors Goggo, une sorte de Casimir du Club Dorothée, très sensible, idiot dans les grandes largeurs et d’une force admirable. Une amitié puissante naît de cette rencontre. Tous deux finissent cependant en prison où ils font la connaissance de Flaque de pisse. Une flaque de pisse très intelligente, dotée de pouvoirs psychiques, maniant l’ironie avec passion. Le trio de héros est formé, le délire sidéral peut commencer.
Gipi, un auteur incontournable ?
Avant d’évoquer, dans le détail, notre avis sur l’album, il nous paraît essentiel de préciser que nous n’apprécions globalement pas le travail de l’artiste italien. Il ne s’agit pas pour nous de contester le talent de l’auteur que nous savons reconnaître, notamment sur le plan graphique. Toutefois, nous n’y sommes pas ou peu sensible. Chaque bande dessinée de Gipi nous tombe invariablement des mains. Notes pour une histoire de guerre, Fauve d’or d’Angoulême en 2006, ne nous a pas convaincu. La terre des fils, Grand Prix la critique (ACBD) et Prix Ouest-France - Quai des Bulles en 2017 ? Pas davantage. Pourtant, le dessin était, une fois encore, attrayant de par sa noirceur insondable.
Nous ne dirons rien d’Aldobrando qui fut une déception, en partie expliquée par le dessin de Luigi Critone qui est certes beau, mais qui nous a toujours laissé froid. Album après album, nous avons essayé, en vain, de comprendre l’engouement de la critique - et de nombreux lecteurs et nombreuses lectrices - pour l’auteur venu de par-delà les Alpes.
Alors pourquoi évoquer ce volume 1 de Barbarone ? La couverture ! Elle est splendide et nous a convaincu de sauter le pas une nouvelle fois. Un hommage amusant et réussi à des comics d’un autre âge, un esprit pulp, une couverture rappelant les fascicules étasuniens avec un détournement des principes du Comics Code Authority et de la presse à sensation.
Une démarche qui n’est pas sans rappeler la série d’Infinity 8 initiée par Lewis Trondheim, aux éditions Rue de Sèvre, qui n’avait pas obtenu le succès qu’elle aurait pourtant mérité. Enfin, ce singe burlesque, encadré par un lettrage et un titre plaisants, avec dans les bras un ravi de la crèche, sonnait comme une promesse. Le ton semblait donné. Enfin, les éditions Les Rêveurs ont réalisé un excellent travail éditorial. L’objet est beau.
Une parodie de science-fiction à l’humour éculé
Pour ce Barbarella pour les nuls, au sens d’une volonté comique portée par les aventures spatiales de cette équipe de bras cassés, il ne nous est resté au terme de la lecture qu’un sentiment de perplexité, voire d’indifférence. L’ensemble nous a paru beaucoup trop bavard, alors que de nombreuses bulles et propos, qui se répètent, auraient pu être évités afin de ne pas noyer les bons mots ou échanges réussis. À signaler toutefois une fin d’album plus réussie avec des éléments peu attendus que nous ne pouvons révéler ici sans déflorer l’essentiel.
Concernant l’humour déployé, axe central de l’ouvrage, il nous a semblé désuet. De nombreux traits d’humour peu originaux tombent à plat ou cassent un rythme déjà inégal. Peut-être nous auraient-ils fait rire voilà quinze ou vingt ans. L’ambition de pousser loin le curseur de l’absurde, de la folie et du surréalisme est mal dosée, nous précipitant hors du récit à plusieurs reprises.
Le langage employé, un mélange bienvenu de grossièretés et de langage soutenu, ne fonctionne pas toujours avec l’efficacité espérée. En France, beaucoup a été fait dans le domaine depuis les années 2000 et la série Kaamelott - pour ne citer qu’elle et l’admirable travail d’Alexandre Astier sur l’usage de la langue, et il n’est pas aisé de se démarquer à ce sujet. Gipi souffre ici de comparaisons.
Ne s’agissant que d’un premier tome, les héros principaux demandent à être davantage développés. Le plus réussi des trois étant Flaque de pisse. Très porté sur l’humour noir, le contraste avec Barbarone et Goggo, plus ingénus et résolument optimistes, fonctionne. Cependant, ces deux autres personnages sont enfermés dans leurs contours scénaristiques qui font d’eux des héros très caricaturaux, peu subtils, et mériteraient d’évoluer pour susciter davantage d’intérêt.
En somme, nous sommes très mitigé et ne conseillerons évidemment pas cette lecture à ceux qui, comme nous, n’apprécient globalement pas les romans graphiques de Gipi. En revanche, pour les admirateurs de l’auteur italien, prenez-le risque. Un tel pas de côté par rapport à ses dernières publications mérite le détour et votre intérêt.
D’autant que, paradoxalement, nous souhaiterions lire le tome 2 à venir. Pourquoi ? Parfois, un tome 2, par ses développements inattendus et les prolongements offerts aux lecteurs, permet de reconsidérer un tome 1. Sans compter que graphiquement, nous n’avons rien à reprocher à l’artiste italien. Un dessin à la fois fouillis et précis, capable en quelques traits d’évoquer quelque chose de fort et profond. Trois tomes étant prévus, Barbarone et ses comparses restent à suivre.
Par Romain GARNIER
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