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Undertaker : Lorsque le passé vous rattrape...

Par Christian MISSIA Dio 12 novembre 2019 
Undertaker, le croque-mort hors-la-loi de Xavier Dorison, Ralph Meyer et Caroline Delabie, fait son retour cet automne avec L’Indien blanc, premier volet d’un nouveau diptyque. Entre deux courses-poursuites dans les grands espaces de l’Ouest américain, les auteurs continuent de lever le voile sur le passé de leur héros, tout en l’entraînant au cœur d’un conflit où les frontières morales sont loin d’être aussi nettes qu’elles en ont l’air.

Le premier round de la chasse à l’homme avait tourné à l’avantage de Jeronimus Quint, un chirurgien que Lance Strickland, alias Jonas Crow, avait croisé pendant la guerre de Sécession. Tueur en série et redoutable manipulateur, Quint s’était révélé être un adversaire à la mesure de l’Undertaker. La confrontation s’achève dans le tome 4 L’Ombre d’Hippocrate, mais elle laisse des traces profondes dans le singulier trio formé par Jonas, Rose Prairie et Lin.

Au terme de cette aventure, leurs routes se séparent. Lin décide de rentrer en Chine afin de retrouver son fils, tandis que Rose reprend sa vie de gouvernante. Pour Jonas, ces adieux sont autrement plus douloureux : le croque-mort et Rose se sont finalement avoué les sentiments qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre, sans que cela suffise à les retenir ensemble. Après un dernier baiser, chacun reprend donc sa route, le cœur lourd. Jonas Crow se retrouve plus seul que jamais.

Undertaker : Lorsque le passé vous rattrape...
Undertaker : T. 4 - L’Ombre d’Hippocrate | Undertaker T. 5 - L’Indien blanc
Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie © Dargaud

L’Indien blanc

Quelques semaines plus tard, nous retrouvons notre croque-mort un 25 décembre. Jonas ne s’est manifestement pas remis du départ de Rose, mais les peines de cœur n’empêchent ni Noël ni la mort de faire leur œuvre. On lui demande d’enterrer le personnel et les passagers d’une diligence de la Barclay, massacrés lors d’une attaque attribuée aux Apaches chiricahuas.

Et voilà qu’un nouveau fantôme du passé vient frapper à sa porte. Sid Beauchamp est un ancien compagnon d’armes de Lance Strickland, rencontré lui aussi pendant la guerre de Sécession. Après le conflit, Sid est entré au service de Joséphine Barclay, riche héritière qui possède une bonne partie des terres de Tucson ainsi que la plus importante compagnie de diligences de la région. Une femme dont les intérêts sont directement menacés par les attaques qui se multiplient sur les routes traversant le territoire chiricahua.

L’affaire possède également une dimension beaucoup plus intime. Joséphine avait un fils, Caleb, enlevé lorsqu’il était enfant puis élevé parmi les Chiricahuas. Ce type de capture est attesté durant les guerres apaches : de jeunes captifs pouvaient être adoptés et progressivement intégrés à leur nouvelle communauté. Caleb a ainsi grandi dans la culture chiricahua jusqu’à devenir celui que les Blancs surnomment désormais “l’Indien blanc”, un guerrier engagé dans la lutte contre leur progression sur ces territoires.

Mais Caleb vient d’être tué. Sid Beauchamp reçoit pour mission de récupérer sa dépouille et de la ramener à sa mère afin qu’elle puisse l’enterrer à Tucson. Pour mettre toutes les chances de son côté, il constitue une équipe de pistoleros et propose à son ancien compagnon d’armes de les accompagner. Après tout, qui mieux qu’un croque-mort pour prendre soin d’un cadavre malmené par plusieurs jours dans les grands espaces ? En échange de ses services, Jonas pourrait également bénéficier de la protection de Joséphine Barclay et de Sid, appelé à devenir le prochain shérif de Tucson. Une perspective loin d’être négligeable pour un homme dont la tête, sous le nom de Lance Strickland, reste mise à prix.

Undertaker T. 5 - L’Indien blanc
Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie © Dargaud

Avec ce nouveau cycle d’Undertaker, Xavier Dorison poursuit ainsi l’exploration du passé de son héros sans recourir à de longues séquences explicatives. Ce passé revient directement frapper à la porte de Jonas sous les traits de ceux qui ont connu Lance Strickland. Après le colonel Warwick et Jeronimus Quint, Sid Beauchamp devient à son tour le témoin d’une existence que le croque-mort tente de laisser derrière lui. À chaque rencontre, quelques pièces supplémentaires viennent compléter le puzzle sans pour autant dissiper entièrement le mystère.

Cette fois, le retour en arrière permet aussi à Dorison d’interroger ce que sont devenus ces hommes après la guerre. Jonas a choisi une vie d’errance en enterrant les morts de ville en ville ; Sid tente de se construire une nouvelle existence au service de Joséphine Barclay. Deux trajectoires différentes pour deux anciens soldats qui doivent trouver leur place dans une Amérique elle-même en pleine transformation. La guerre est terminée, mais elle continue de déterminer leurs vies.

Le titre de ce cinquième tome place toutefois un autre personnage au cœur de ces questions d’identité. Caleb est né blanc, mais a grandi parmi les Chiricahuas. Pour les hommes qui partent chercher son corps, il est “l’Indien blanc”. Cette appellation dit déjà toute l’ambiguïté d’un personnage situé entre deux mondes et dont l’existence vient brouiller une frontière que les protagonistes voudraient parfois croire parfaitement étanche.

Dorison inscrit cette histoire dans un Ouest où la conquête du territoire s’accélère. Les lignes de chemin de fer progressent, les compagnies de diligences transportent hommes et marchandises, et la résistance des Chiricahuas devient autant un problème militaire qu’un obstacle aux intérêts économiques qui accompagnent cette expansion.

Undertaker T. 5 - L’Indien blanc
Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie © Dargaud

Sans abandonner les codes du western d’aventure, L’Indien blanc installe ainsi un conflit dans lequel les personnages sont tout en nuances. Il n’y a pas d’un côté des figures parfaitement vertueuses et, de l’autre, des adversaires uniquement définis par leur violence : chacun agit en fonction de son histoire, de ses intérêts et de ce qu’il pense devoir protéger.

C’est aussi ce qui permet à la profession de Jonas de conserver toute son importance dans la mécanique de la série. L’Undertaker n’est pas un pistolero auquel les auteurs auraient simplement attribué un métier original. La mort est régulièrement le point de départ de ses aventures. Cette fois encore, ce n’est pas seulement son habileté au revolver qui intéresse Sid Beauchamp : c’est sa capacité à ramener un mort aux siens et à lui rendre une apparence digne pour ses funérailles. Chez Jonas Crow, le croque-mort et le gunslinger restent indissociables.

Ralph Meyer profite quant à lui de ce changement de décor pour donner à ce nouveau cycle une identité graphique immédiatement reconnaissable. L’Indien blanc s’ouvre sur un Arizona couvert de neige, loin de l’image écrasée de soleil traditionnellement associée au western. Le blanc envahit les paysages, mais ne les rend pas plus accueillants pour autant. Au contraire, les silhouettes sombres, les canyons et les immenses formations rocheuses paraissent d’autant plus menaçants qu’ils se détachent sur cette étendue glacée.

Meyer fait surtout du paysage un véritable élément de mise en scène. Lorsque la diligence traverse les canyons, hommes et chevaux semblent minuscules face aux parois rocheuses qui les entourent. L’immensité du territoire devient paradoxalement un espace d’enfermement : les hauteurs offrent autant de postes d’observation à un ennemi qui peut surgir presque n’importe où. Lorsque Jonas enterre ensuite les victimes de l’attaque, une grande plongée le réduit à son tour à une petite silhouette perdue au milieu de la neige, entourée de tombes fraîchement creusées. Une image qui traduit parfaitement la situation du personnage : après le départ de Rose et Lin, l’homme qui prétendait pouvoir vivre seul se retrouve réellement confronté à sa solitude.

Undertaker T. 5 - L’Indien blanc
Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie © Dargaud

Les scènes d’action bénéficient de la même maîtrise. Meyer passe des grandes cases qui établissent la géographie des lieux à un découpage beaucoup plus serré lorsque l’embuscade éclate : chevaux lancés au galop, roue brisée, diligence renversée, coups de feu... La succession des plans accélère naturellement la lecture. Les Chiricahuas eux-mêmes sont d’abord montrés par fragments et silhouettes avant que l’un de leurs guerriers, le visage peint comme un crâne, ne s’impose frontalement dans la case. Quelques images suffisent ainsi à transformer une menace encore abstraite en présence inquiétante.

La couleur participe pleinement à cette atmosphère. La palette dominée par les bleus-gris, les noirs et le blanc de la neige est régulièrement traversée par les roses et les rouges du ciel ou l’orange des flammes. Lors de l’attaque de la diligence, le feu devient presque la seule source de chaleur dans cet environnement glacial, mais une chaleur associée cette fois à la destruction et à la mort. Ralph Meyer et Caroline Delabie donnent ainsi à ce début de cycle une tonalité crépusculaire qui accompagne parfaitement la noirceur du récit.

Avec L’Indien blanc, Undertaker confirme donc sa capacité à renouveler ses intrigues tout en poursuivant patiemment la construction de Jonas Crow. Le passé de Lance Strickland continue de le rattraper, mais il n’est plus le seul à devoir composer avec ce qu’il a été. Anciens soldats, mère séparée de son enfant, fils né dans un monde et élevé dans un autre : tous semblent confrontés, à leur manière, à la même interrogation. Peut-on réellement choisir ce que l’on devient lorsque notre passé, notre famille ou l’Histoire ont déjà choisi une partie du chemin à notre place ?

Pour Jonas Crow, une chose est certaine : enterrer les morts est peut-être son métier. Enterrer son propre passé semble autrement plus compliqué.

Undertaker T. 5 - L’Indien blanc
Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie © Dargaud

Voir en ligne : Découvrez la série "Undertaker" sur le site des éditions Dargaud

Par Christian MISSIA Dio

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782505075318

Note : Cet article, initialement publié le 12 novembre 2019, a été mis à jour le 8 août 2026.

À lire sur ActuaBD.com :

Undertaker T. 4 : L’Ombre d’Hippocrate - Par Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie - Dargaud. Album paru le 24 novembre 2017. 56 pages, 14,00 euros.

Undertaker T. 5 : L’Indien blanc - Par Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie - Dargaud. Album paru le 31 octobre 2019. 64 pages, 14,99 euros.

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