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Favori de la rédaction
18 mai 2026
C’est par une scène particulièrement sauvage que s’ouvre l’album : la mise à mort d’un cochon par Cauchon (on notera l’homophone et la référence filée tout au long de l’album). Tout en égorgeant et en dépeçant l’animal, l’évêque apprend de la bouche de son secrétaire particulier l’arrestation de celle qui a battu les Anglais et a installé le roi Charles VII sur le trône, au grand dam des Anglo-Bourguignons qui ont proclamé leur propre roi : Henri VI.
La prise est trop belle pour Pierre Cauchon qui voit en la capture de Jeanne d’Arc sur les terres de son ancien diocèse un signe, d’autant plus que Jeanne d’Arc dit avoir pris les armes après avoir entendu les voix de trois saintes et saints. Une belle occasion pour organiser un procès en hérésie…
En même temps qu’il part acheter la captive à son ravisseur, Cauchon constitue le tribunal qui devra concurrencer celui de l’Inquisition. Le risque est grand car il ne faut pas faire passer « la pucelle » pour une martyre. Il est persuadé également que Jeanne d’Arc est une usurpatrice, une « putain » qui ne fait que mentir et dont il arrivera à bout en deux ou trois questions qui la confondront et la condamneront à une exécution sans bavure, ni contestation. Mais dans l’entourage de l’évêque, on pense plutôt à une sorcière capable de jeter des sorts...
Les interrogatoires s’avèrent plus compliqués que prévus. D’un tribunal public, on passe à des réunions à huis-clos pour ne pas donner une tribune à celle que l’on commence à prendre au sérieux, tant elle est convaincue par ses croyances et résiste aux pièges de ceux qui tentent de la soumettre. Les entretiens avec Jeanne d’Arc se font alors dans un contexte informel, pour tenter de lui soutirer des aveux, ou une abjuration pour lui éviter la peine de mort. Car effectivement, au fil de l’enquête, des liens se nouent entre la future victime et son accusateur principal.
La fin, on la connaît, car tout lecteur sait que Jeanne d’Arc a été exécutée par le feu en place publique de Rouen le 30 mai 1431, alors qu’elle avait à peine 19 ans. Mais ce que l’on sait moins et que révèle et popularise cet album, c’est la teneur des relations entre Cauchon et la jeune fille qu’il réussit même à faire renoncer à ses convictions. Alors pourquoi a-t-elle tout de même fini sur le bûcher ? Qui est réellement cet homme ? Qu’est-il devenu et pourquoi ? Pour avoir toutes les réponses à ces questions et à bien d’autres encore, il faudra se plonger dans la bande dessinée qu’on ne relâche qu’après l’avoir terminée.
Cette histoire, qui dans la réalité a duré deux ans, est racontée à un rythme effréné. Un suspens permanent est entretenu, les rebondissements sont nombreux et captivants. Rien que l’attente pour voir se dévoiler le visage de Jeanne d’Arc est haletante. Quand enfin elle est représentée en pleine page, on est saisi par la beauté et la force de l’image.
L’ambiance est particulièrement travaillée elle aussi. Les planches foisonnent de détails pour représenter la ville du moyen-âge, sale, souvent cruelle mais toujours vivante. La galerie des personnages, réels ou fictifs, principaux ou secondaires est variée. L’alternance des plans, la narration originale du secrétaire personnel de Cauchon et la fabrication ultra-soignée de l’album parachèvent un ouvrage qui est un véritable chef d’œuvre et devrait faire parler de lui pendant longtemps.
Par Romain BLANDRE
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Cauchon... ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc - Par Dorison, Parnotte et Delahaye - Dargaud