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Undertaker T. 3 : L’Ogre de Sutter Camp - Par Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie - Dargaud

Par Christian MISSIA Dio 9 mai 2017 
Après un premier diptyque de grande facture, Xavier Dorison, Ralph Meyer et Caroline Delabie ouvrent un nouveau cycle d’Undertaker. Le passé militaire de Jonas Crow ressurgit sous les traits de Jeronimus Quint, inquiétant chirurgien et tueur en série que le croque-mort croyait définitivement disparu.
Undertaker T. 3 : L'Ogre de Sutter Camp - Par Xavier Dorison, Ralph Meyer & Caroline Delabie - Dargaud
Undertaker
Ralph Meyer & Xavier Dorison © Dargaud

Après un premier diptyque de grande facture, Xavier Dorison, Ralph Meyer et Caroline Delabie ouvrent un nouveau cycle d’Undertaker. Le passé militaire de Jonas Crow ressurgit sous les traits de Jeronimus Quint, inquiétant chirurgien et tueur en série que le croque-mort croyait définitivement disparu.

Le lieutenant Lance Strikland a tourné le dos à sa vie de militaire pour devenir croque-mort sous le nom de Jonas Crow. Depuis le premier cycle, le pistolero poursuit sa route en compagnie de Rose Prairie, l’ancienne gouvernante anglaise, et de Lin, sa domestique chinoise, aussi à l’aise avec un Whipit gun — fusil au canon et à la crosse sciés — qu’avec un plumeau.

En manque d’argent, notre singulier trio accepte une mission auprès d’un riche propriétaire terrien : préparer le corps de sa belle-mère et organiser ses funérailles. Leur client est un homme infect, mais pour trois cents dollars, Jonas et ses compagnes sont disposés à surmonter les sentiments peu amicaux qu’il leur inspire. Jusqu’à ce que la cérémonie tourne mal. L’époux de la défunte, le colonel Warwick, reconnaît le croque-mort et l’interpelle par son véritable nom. Une altercation avec son gendre s’ensuit, Crow intervient et son tempérament fait le reste. Adieu les trois cents dollars...

Jonas a lui aussi reconnu Warwick, qu’il a connu pendant la guerre de Sécession. Intrigué par les propos du vieil homme, il retourne discrètement le voir et apprend une nouvelle autrement plus préoccupante : Jeronimus Quint, surnommé « l’Ogre de Sutter Camp », serait toujours vivant. Chirurgien rencontré pendant la guerre et auteur d’atrocités dont Crow pensait avoir définitivement arrêté le cours, Quint appartient à cette ancienne existence que le croque-mort cherche manifestement à tenir à distance. Son retour entraîne Jonas, Rose et Lin dans une nouvelle traque, tout en soulevant un coin supplémentaire du voile qui recouvre le passé de notre héros.

Avec L’Ogre de Sutter Camp, Xavier Dorison et Ralph Meyer ouvrent ainsi leur deuxième cycle en revenant sur l’un des principaux mystères installés depuis les débuts de la série : qui était Jonas Crow avant de devenir croque-mort ? Le scénariste de W.E.S.T. et de Long John Silver continue de distiller les informations avec parcimonie. On comprend un peu mieux d’où viennent les talents de gunslinger de Jonas, tandis que son passé militaire prend une tournure de plus en plus sombre. Mais Dorison se garde bien de tout révéler et laisse suffisamment de zones d’ombre autour de Lance Strikland pour continuer à nourrir le personnage.

Cette ambiguïté participe beaucoup au charme de cet anti-héros qui s’inscrit dans la tradition de grandes figures du western en bande dessinée telles que Blueberry ou Bouncer. Cynique, volontiers provocateur et prompt à dégainer, Crow n’est pourtant pas dépourvu de principes. Son métier lui-même entretient ce paradoxe : il vit de la mort mais se retrouve régulièrement à prendre les armes pour empêcher qu’elle ne frappe davantage. Cette fois, la menace possède en outre quelque chose de personnel. En faisant resurgir un adversaire directement lié à ses années de guerre, Dorison ne se contente pas de lancer une nouvelle aventure : il confronte Jonas à une partie de lui-même qu’il aurait sans doute préféré laisser derrière lui.

“Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film” (Alfred Hitchcock)

Mais la grande réussite de ce troisième épisode tient surtout à son antagoniste. D’apparence massive, Jeronimus Quint est un colosse doublé d’un esprit particulièrement vif. Sa bonhomie, son humour et l’apparente décontraction avec laquelle il évolue contrastent avec ce que l’on découvre de ses actes. Plutôt que de composer un tueur constamment menaçant, Dorison lui prête une intelligence et une capacité de manipulation qui le rendent d’autant plus inquiétant.

Quint prend ainsi progressivement possession du récit. Il observe, anticipe et joue avec ceux qui le poursuivent comme avec des marionnettes, transformant peu à peu la chasse à l’homme en un jeu du chat et de la souris dont il semble dicter les règles. La confrontation avec Jonas ne repose donc pas uniquement sur le traditionnel duel entre deux hommes armés. Elle devient aussi un affrontement psychologique entre deux personnages qui se connaissent, tandis que la menace se rapproche dangereusement de l’entourage du croque-mort. L’Ogre de Sutter Camp acquiert alors une tonalité de thriller qui renouvelle efficacement le western installé dans les deux premiers albums.

Rose et Lin ne sont d’ailleurs pas de simples accompagnatrices dans cette traque. Dorison implique pleinement les deux femmes dans une intrigue où la confrontation avec Quint devient rapidement beaucoup plus personnelle pour le trio. Leur présence modifie aussi la nature de l’affrontement : Jonas n’agit plus seulement pour régler une affaire laissée en suspens pendant la guerre, il doit composer avec les conséquences que le retour de son ancien adversaire peut avoir sur ceux qui l’accompagnent. Une évolution qui fait progressivement monter la tension tout en donnant davantage de poids à cet improbable équipage formé au terme du premier cycle.

Lin confirme notamment qu’elle est bien davantage que l’élément comique du groupe. Derrière sa petite taille et son apparente discrétion se cache une combattante particulièrement efficace, dont les aptitudes deviennent précieuses lorsque la situation dégénère. Rose occupe une position différente : sa présence apporte une dimension émotionnelle supplémentaire à la traque sans lui retirer le caractère affirmé qui faisait déjà tout son intérêt dans les deux premiers albums. À mesure que le piège se referme, Jonas découvre ainsi qu’il a désormais beaucoup plus à perdre qu’un simple duel avec un fantôme de son passé.

Undertaker T.3 : L’Ogre de Sutter Camp
Xavier Dorison & Ralph Meyer © Dargaud

Depuis le premier épisode de Berceuse Assassine, il y a maintenant vingt ans, Ralph Meyer nous a habitués à l’excellence de son dessin. L’Ogre de Sutter Camp ne déroge pas à la règle, mais son efficacité tient autant à la mise en scène qu’à la qualité de son trait. L’introduction de Jeronimus Quint en offre un bel exemple : avant même de dévoiler véritablement l’homme, Meyer montre ses instruments de chirurgie, ses mains, ses médicaments et la roulotte qui porte son nom. Le personnage s’installe ainsi dans le récit par petites touches, tandis qu’un cri dans la nuit suffit à faire basculer cette apparente respectabilité vers quelque chose de beaucoup plus inquiétant. Plus tard, lorsqu’un ancien compagnon d’armes de Jonas annonce que « l’Ogre est vivant », quelques gros plans successifs sur son visage terrorisé donnent à ce simple nom tout le poids de la menace.

Meyer excelle également dans les changements de rythme, alternant grands espaces, scènes dialoguées et brusques accélérations de l’action. Ses personnages vivent beaucoup par leurs attitudes et leurs expressions, tandis que les plans larges permettent régulièrement au récit de retrouver la respiration propre au western. Caroline Delabie accompagne ces variations par une mise en couleur qui joue fortement sur les contrastes : aux ocres et aux rouges des intérieurs répondent les bleus, les verts sombres et les noirs des séquences nocturnes. La couleur participe ainsi pleinement au glissement de L’Ogre de Sutter Camp vers le thriller et le roman noir. Même au milieu des grands espaces, Meyer et Delabie parviennent à installer une sensation de menace qui semble progressivement se refermer sur les personnages.

Après un premier diptyque qui avait installé avec brio Jonas Crow et son singulier entourage, L’Ogre de Sutter Camp confirme donc les qualités d’Undertaker tout en déplaçant légèrement son centre de gravité. Le western demeure, avec ses armes, ses chevaux et ses grands espaces, mais Dorison, Meyer et Delabie lui greffent ici les mécanismes d’un récit criminel beaucoup plus inquiétant.

Surtout, Jeronimus Quint constitue un adversaire à la mesure de l’Undertaker. En obligeant Jonas Crow à regarder derrière lui, l’Ogre ne menace pas seulement sa vie : il commence à faire parler le fantôme de Lance Strikland. Et au terme de ce troisième tome, le piège ne fait encore que se refermer. Il nous tarde de découvrir comment l’Undertaker parviendra à s’en sortir.

Undertaker T.3 : L’Ogre de Sutter Camp - Par Xavier Dorison & Ralph Meyer © Dargaud
Edition "Hors collection" à paraître le 9 juin

Par Christian MISSIA Dio

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782505065388

Note : Cet article, initialement publié le 9 mai 2017, a été mis à jour le 8 août 2026.

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Undertaker Dargaud ✍ Xavier Dorison ✏️ Ralph Meyer 🎨 Caroline Delabie à partir de 13 ans Western
 
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6 Messages :
  • Toute comparaison avec Blueberry est une grosse-grosse erreur.
    Mis à part le trait de Ralph Meyer qui s’en approche, le scénariste n’a jamais lu aucun Blueberry. Pire, il ne connaît rien au western. Son histoire de médecin-psychopathe pourrait se passer à n’importe quelle époque. Il s’est simplement adapté à Meyer qui voulait dessiner du western et malheureusement, ça se ressent terriblement côté lecteur...

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  • Un peu déçu par le graphisme légèrement en retrait par rapport au premier tome (moins de détails, plus à la va-vite), le scénario m’a profondément dérangé. Trop violent et de plus tout aussi peu réaliste que dans le premier diptyque (où la mine d’or perchée dans un piton rocheux pas escaladable pose la question de la découverte de ce filon et du peu d’or qu’il peut contenir, mais on pouvait lui pardonner parce que le reste du scénario était fort bien fait). Ici, je pense que n’importe quel médecin rirait bien à la démonstration que Quinn fait à Rose pour lui prouver qu’elle n’est pas mariée et qu’elle ment. Ce n’est pas la seule invraisemblance. Est-ce qu’une fracture même multiple qui n’est pas ouverte peut s’infecter ? On a du mal à voir pourquoi mais je me trompe peut-être. Cette intervention de Rose ratée est d’ailleurs peu convaincante (pourquoi ne pas y aller en force ? Ils sont 4 ! et c’est bien ce qu’ils finissent par faire mais trop tard puisque Rose est capturée). Et je trouve cette violence gratuite du personnage difficilement supportable en fait. Pas un album pour âmes sensibles et même si je veux lire la fin de cette histoire, je ne suis pas sûr de vraiment l’apprécier.

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    • Répondu par Lorenzaccio le 11 mai 2017 à  14:49 :

      Quint, pas Quinn, mille excuses...

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    • Répondu par Eric B. le 11 mai 2017 à  14:57 :

      Bravo Lorenzaccio ! Je suis tout à fait d’accord. Ce tome 3 est sordide et difficile à lire. De la violence cruelle et gratuite. Le scénariste devrait s’imprégner des bons westerns (en BD ou au cinéma) pour faire honneur au graphisme de Ralph Meyer et moins regarder la TV. On devine ses sources d’inspiration tant les séries pour pervers, sadiques et détraqués mentaux se multiplient. Même Dargaud s’est fait avoir avec son macaron sur le tome 1 : "Le meilleur western depuis Blueberry". A croire qu’ils se sont juste fiés au dessin. Dessin qui en effet est un peu "light" dans ce tome 3. Des personnages sans visages et des grands dessins dont l’effet est très discutable : l’apparition de l’ogre en pleine page avec le bébé et son attaque surprise sur le héros...
      A la réflexion, je pense que Dorison devrait abandonner la BD et écrire pour d’autres médias. Il n’a pas l’esprit BD !!! Je me désole pour un dessinateur comme Ralph Meyer qui essaye de nous régaler avec son dessin mais "on" lui flingue son travail. Et je passerai sur ce tome 2 complètement raté au niveau scénario. J’ai vraiment de la peine pour le dessinateur...

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      • Répondu par Zozo26 le 13 mai 2017 à  10:10 :

        Le leitmotiv du scénariste se limite à : "Dans la vie, il faut faire des choix". En relisant les 3 premiers tomes, finalement on se rend compte qu’en effet, tout tourne autour de ça. C’est donc très limité pour les lecteurs et peu passionnant. Et de là, en découle les dialogues pesants du style "Je pourrais te donner 50 raisons de pourquoi toi pas tirer...". C’est dépitant ! Ralph Meyer s’est trompé de scénariste, la qualité de son dessin mérite que quelqu’un lui écrive un vrai et bon western. Il arrive parfois que sur une série, un nouveau scénariste prenne la relève...

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      • Répondu par Lorenzaccio le 15 mai 2017 à  09:56 :

        "Sordide et difficile à lire". C’est exactement ça. Je ne trouvais pas les mots. Merci Eric.

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