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Bon
27 juillet 2026
En l’an 1906 dans le comté d’Ambrose : il ne fait clairement pas bon vivre dans un certain petit patelin où l’air s’avère suffocant, tant par la chaleur aride que par les catastrophes criminelles qui se succèdent.
En l’espace de trois mois, la banque s’est non seulement fait dévaliser à trois reprises, mais surtout : à chaque fois par le même auteur ! Un dénommé Montgomery Enfield, chef d’une bande locale, reclus avec les siens en marge de la société, avec leurs propres règles indépendantes. En l’occurrence, lors de chaque braquage, Enfield n’a jamais fait la moindre remontrance, ni porté le moindre coup à Barley, le préposé et responsable de la banque, tant que ce dernier s’exécutait à livrer le magot demandé, seul intérêt pour le voleur.
Mais c’en est malgré tout trop pour les villageois qui tiennent une réunion des plus cruciales, dictée par la détermination de certains, tels qu’Ely, un Texas Ranger à la dure, bien décidé à remettre de l’ordre dans ce patelin où les malfrats sèment la terreur au quotidien. Une réunion au sommet interrompue par l’arrivée soudaine d’un citoyen en sang, s’écroulant raide mort quelques instants après son entrée fracassante, après avoir eu juste le temps de déclarer à tous que Barley venait sauvagement de se faire exécuter.
Une chasse à l’homme est tout de suite mise en œuvre pour intercepter Enfield et tout son clan, familles y comprises, si ceux-ci opposent la moindre résistance. Sauf que le premier concerné n’y comprend rien, étant innocent de ce crime, mais bien incapable de prouver quoi que ce soit... D’autant qu’en face, Ely, accompagné par un groupe d’hommes armés, tire à bout portant sur tout ce qui bouge.
Dès l’entrée en matière du Massacre du clan Enfield : le ton est donné, tant par la concupiscence de son héros, ou plutôt bad guy de ce récit, que par la noirceur violente émanant au moindre règlement de comptes. Aux commandes scénaristiques, Chris Condon déploie son arsenal, voguant entre justice d’une part, et injustice de l’autre ; étant donné qu’en dépit de ses vols, Enfield est blanc comme neige en ce qui concerne le meurtre du banquier.
De manière habile et sournoise, l’auteur nous balade au cœur d’un Texas où la vie, en tant que telle, ne pèse pas bien lourd sur l’échiquier ; l’hémoglobine se déversant à profusion, et ce, même sur de pauvres gens, à l’image d’une dame âgée se précipitant sur le cadavre de son fils ensanglanté.
Côté protagonistes, de prime abord, il pourrait s’agir d’un combat entre le bien et le mal, d’un côté les gentils, et de l’autre les gros méchants. Mais une fois le premier tiers de l’album digéré, le lecteur constatera les liens formidables et puissants entre les individus du clan Enfield, tout comme à son opposé : ce Texas Ranger use bien trop rapidement de son fusil, revendiquant presque le titre honorifique de redresseur de torts. Le profil du shérif, quant à lui, se veut bien plus complexe, et pourvu d’une personnalité davantage terre-à-terre, ce qui l’entraînera à remettre sa croix de shérif, conscient que des innocents vont immanquablement être réprimandés.
D’un point de vue graphique, Jacob Phillips, fils de Sean Phillips, que l’on voit fréquemment collaborer avec son fidèle acolyte Ed Brubaker, dévoile un concentré de son talent qui rappelle indéniablement son paternel. Pour peu, on les confondrait si ce n’est certaines expressions de faciès, pas tout à fait au point. Toutefois, d’un aspect général, son travail apporte franchement une plus-value à cette trame sur le thème de la vengeance.
Par ailleurs, Chris Condon et Jacob Phillips ont déjà, par le passé, participé au comic Texas Blood, quelque part dans une veine similaire à ce titre-ci. Trahison, meurtre et vengeance sont clairement les maîtres mots de ce tandem qui, sans révolutionner le western pour autant, parvient à susciter un vif intérêt du lectorat.
Par Marc VANDERMEER
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Le Massacre du clan Enfield. Scénario : Chris Condon. Dessin : Jacob Phillips. Editeur : Delcourt. 192 pages. Sortie : le 2 juillet 2026 ; Prix : 18,50 euros.
– Lire la chronique Texas Blood T. 1 - Par Chris Condon & Jacob Phillips - Delcourt Comics