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Sérénade pour une pluie de larmes T.1 - Par Haruka Kawachi - Éd. Kana

Par Malgorzata NATANEK Excellent 5 septembre 2025 
Entre cage dorée et quête de soi, la partition ne fait que commencer… Une héroïne moderne traverse le passé, éveillant émotions et possibles jusque-là enfouis. 

Haruka Kawachi, figure du josei, signe des récits sensibles et poétiques, adressés autant aux lectrices qu’aux lecteurs. Avec Sérénade pour une pluie de larmes, publié comme un shôjo en France alors qu’il relève du josei au Japon, elle entraîne le lecteur dans le Japon de l’ère Meiji à travers Hina, lycéenne espiègle projetée dans le passé. Là, elle découvre Hinako, jeune noble au destin tout tracé qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Leur lien improbable devient le pivot d’une intrigue mêlant romance, mystère et passé entremêlé au présent.

Sérénade pour une pluie de larmes T.1 - Par Haruka Kawachi - Éd. Kana
Planche Sérénade pour une pluie de larmes
©Haruka Kawachi /Kodansha Ltd.

Mariage arrangé, convenances familiales, poids des traditions : l’individu s’efface ici devant le devoir. Hinako et Takaaki se retrouvent «  remplaçants  » dans des fiançailles orchestrées comme une partie d’échecs, où chacun doit jouer son rôle.

Hinako incarne l’idéal de la fille sage et effacée. Pour survivre dans ce cadre strict, elle enfouit ses désirs et émotions, se fond dans son rôle au point de devenir presque invisible. Lors des rencontres officielles, elle est traitée comme un fantôme, interdite de parole devant les invités et réduite à une présence décorative. Cette infantilisation illustre la condition féminine dans ce contexte social et la violence sourde de son quotidien.

En miroir, Takaaki n’est guère mieux loti. Aux yeux de son père, il n’est qu’un « remplaçant » de son frère défunt, évoqué froidement comme « l’autre ». Le façon dont elle est traitée est glaçante : effacement de l’identité, absence d’empathie, froideur du langage. Même les affaires du frère disparu lui sont attribuées comme si sa propre individualité n’avait aucune valeur. Sa posture distante, ses expressions figées, traduisent ce poids d’un héritage qui ne lui laisse aucune liberté.

 Malgré ce cadre rigide, des liens lumineux émergent. La complicité entre Hina et Hinako devient le moteur du récit : par sa vivacité et son audace, Hina insuffle à Hinako le désir de s’affirmer. Les deux jeunes femmes sont aux antipodes l’une de l’autre  : Hina exprime librement ses pensées et ses envies, tandis que Hinako les refoule, étouffée par les conventions et son rôle social. Cette sororité féminine sincère devient un refuge et une bouffée d’oxygène dans ce cadre austère. De même, le lien que Takaaki entretient avec Hina, ainsi que le souvenir de son frère, viennent tempérer l’indifférence glaciale des familles.

Planche Sérénade pour une pluie de larmes
©Haruka Kawachi /Kodansha Ltd.

Le dessin accentue ce contraste entre contrainte et liberté. Sobre et figé lors des scènes familiales avec une mise en scène épurée qui renforce l’atmosphère froide, il s’anime et s’éclaire dès qu’Hina entre en scène, traduisant le souffle nouveau qu’elle apporte. Les planches respirent une élégance classique, les expressions se délient, et les pages retrouvent chaleur et spontanéité. Ce basculement visuel traduit parfaitement le cœur du récit  : un souffle nouveau, une libération, et la possibilité de transformer les vies enfermées par le devoir et les conventions.

La ressemblance entre Hina et Hinako joue aussi un rôle narratif et symbolique : quand Hina prend la place d’Hinako, Takaaki découvre un visage plus ouvert et bavard qui le trouble, révélant la distance qu’Hinako a creusée avec ses propres désirs et combien le regard des autres façonne son identité.

Planche Sérénade pour une pluie de larmes
©Haruka Kawachi /Kodansha Ltd.

Enfin, le pendentif hérité, la pluie, et la musique classique forment autant de motifs récurrents qui lient passé et présent, rêve et réalité. La mélancolie se cristallise notamment dans la musique, autrefois lien entre Takaaki et son frère disparu. Ces symboles insufflent au récit une dimension presque onirique, contrebalançant la rigidité familiale.

Avec ce premier tome, Sérénade pour une pluie de larmes s’impose comme une œuvre sensible et mélancolique, où les thèmes de l’émancipation féminine et de l’identité contrainte trouvent une résonance profonde. Le voyage dans le temps n’est pas un simple artifice narratif mais un moyen poétique de revisiter le passé, de réveiller des désirs enfouis et d’ouvrir une porte vers la liberté.

Par Malgorzata NATANEK

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Code EAN : 9782505124672
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