Berserk, Edition Prestige : le Guerrier noir

Par Milan MORALES Excellent 19 juin 2025 
Dans un monde gangrené par la corruption et les ténèbres, un guerrier solitaire arpente les terres, traînant derrière lui le fracas du fer et l’odeur du sang. Son nom : Guts, le guerrier noir. Marqué d’un stigmate maudit, porteur d’une épée démesurée et d’un bras d’acier armé d’une arbalète, il est l’incarnation de la vengeance brute et de la colère froide.

Tout commence dans l’ombre d’une forêt, où un plaisir charnel se mue en cauchemar : une créature démoniaque surgit sous les traits d’une femme séduisante. Sans hésitation, Guts pulvérise le monstre, révélant la véritable nature de sa quête — la traque sans relâche des apôtres, ces êtres humains transformés en abominations par un pacte infernal.

Sur sa route, il croise une taverne crasseuse, repaire de soldats sadiques qui s’amusent à torturer un petit elfe captif, Puck. Guts entre, achète le silence du tenancier, puis abat la justice à sa manière : brutale, définitive. Le carnage est total, la lame gigantesque ne laisse derrière elle que des corps disloqués. Puck, libéré, tente de remercier son sauveur, mais découvre un homme froid, inaccessible, rongé par un passé innommable.

Capturé par les sbires d’un seigneur local, Guts est jeté aux fers, livré aux tortures. Pourtant, même brisé, son regard ne tremble pas. Un mystérieux être défiguré, Vulgus, vient à lui, porteur d’une révélation : un béhérit, artefact maudit, serait en possession du comte — un noble autrefois humain, aujourd’hui corrompu jusqu’à la moelle. Ce talisman pourrait être la clé menant aux God Hand, entités démoniaques tapies dans les abîmes.

Tandis que les entrailles du château suintent la décadence, Zondarc, un capitaine défiguré par Guts, se voit "bénir" par le comte qui lui insuffle une monstruosité au creux de la gorge. Transfiguré en une abomination de chair, Zondarc pourchasse Guts avec une rage bestiale et son marteau de guerre. Le duel entre les deux hommes sera aussi bref que brutal, mêlant hurlements et métal brisé… La chasse ne fait que commencer.

Ce qu’on en a pensé…

Kentaro Miura débute avec brio le parcours de son combattant ultime dans un univers aussi sombre que violent. Les membres et les corps volent littéralement sous les coups de la gigantesque épée de Guts. Et quelle épée ! Comme le dit la narration d’ouverture :
« Son arme était bien trop grande, pour être qualifiée d’épée. Trop longue, trop épaisse, trop lourde, trop grossière… Ce n’était ni plus, ni moins qu’une Gueuse, une masse de fonte de plusieurs dizaines de kilos. »
Tout est dit : Guts n’est pas un héros traditionnel, et Berserk n’est pas un simple manga d’heroïc fantasy.
Dès le premier tome, qui s’ouvre sur ce qui évoque un hommage appuyé au film culte Conan le Barbare, on se réjouit de voir affleurer des références aux classiques du cinéma fantastique — à commencer par Evil Dead de Sam Raimi — qui s’insèrent avec une grande justesse dans un récit à l’ambiance sombre, torturée, parfois étouffante, mais toujours intensément immersive.

Les dessins de Miura sont déjà impressionnants en ce début d’épopée (on est en 1989 !) et prennent dans cette édition Prestige une dimension nouvelle : au grand format équivalent aux éditions "colossales" de L’Attaque des Titans (ou encore aux tomes collectors #41 et #42 de Berserk), cette édition nous offre une lisibilité exemplaire. Là où l’édition traditionnelle pouvait paraître parfois un peu confuse ou fouillie, cette nouvelle mouture donne enfin la pleine mesure du trait de Miura. Les détails ressortent avec force, les hachures prennent du relief, et chaque décor — inspiré par une Europe médiévale, souvent proche d’une Allemagne gothique fantasmée — s’impose avec puissance.

Ce format généreux permet aussi de savourer les pages couleur inédites, jusqu’à présent seulement accessibles dans les archives de l’éditeur japonais. Ce soin éditorial, associé à une traduction entièrement revue par Anne-Sophie Thévenon, confère à cette édition une cohérence et une modernité salutaire.

Chaque tome regroupe deux volumes de l’édition courante, rendant la lecture plus fluide et continue, en permettant une meilleure immersion dans la montée en tension du récit. L’histoire s’accélère, gagne en intensité dramatique, tandis que le but de la vengeance du héros reste encore voilé. Mais de multiples éléments viennent enrichir sa personnalité, entre douleur, détermination et mystère.
Les progrès graphiques entre les premiers et derniers chapitres de cette édition se révèlent saisissants, mais on sent pourtant qu’à ce stade la maîtrise de Miura n’a pas encore atteint son apogée.

Moi qui avais toujours rejeté cette œuvre, en raison de planches trop denses, voire illisibles dans le format traditionnel du manga, je comprends désormais pourquoi tant de lecteurs la considèrent comme un monument du IXème Art, enfin restitué à sa juste échelle dans une édition digne de sa légende.

On va suivre cette longue saga et cela ira d’ailleurs très vite, vu que le #2 est sorti ce mercredi 18 juin 2025 (une sortie par trimestre ensuite en 2026).

Par Milan MORALES

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Code EAN : 9782344067802

Berserk T. 1, Edition Prestige – Par Kentaro Miura - Ed. Glénat

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