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Pas mal
28 août 2024
« Bukowski, de liqueur et d’encre »... Le titre annonce bien la couleur d’un personnage : Charles Bukowski, rongé par l’alcool, hanté par l’écriture, a fini par détruire sa vie. Son parcours semble d’une désolation sans nom. Son histoire commence au foyer familial : mère au foyer très soumise, père tyrannique qui le bat sans relâche jusqu’à ses 16 ans pour décharger toute sa « frustration sociale », ses échecs et autres déroutes l’empêchant même de jouer avec les enfants du quartier.
La rancœur avait rendu le père de Charles aveugle au point qu’il méprisa tout un chacun, pensant que sa supériorité indue lui rendrait la vie moins difficile à encaisser psychologiquement. Charles fut donc battu jusqu’au jour, où, dans un excès de colère fortement alcoolisé, il répliqua s’offrant ainsi une première liberté acquise par ses poings.
Solitude oblige
Le jeune Bukowski, turbulent et bagarreur, se forge petit à petit une réputation d’exclu, socilameent en marge, laid qui plus est... Mais lorsqu’il découvre l’écriture et la poésie à 13 ans lors d’un séjour à l’hôpital pendant six mois pour se faire soigner d’une forte acné, il b’est plus le même...
En dépit d’un père qui jette la plupart du temps ses écrits par la fenêtre, le jeune écrivain s’obstine à écrire encore et toujours au point de rédiger trois ou quatre nouvelles par semaines, toute destinées à être publiées dans des maisons d’édition et revues littéraires américaines. Sans grand succès. Mais comme disait Crébillon, « le succès est toujours un enfant de l’audace... »
Une publication dans le magazine littéraire Portfolio où il est publié aux côtés de quelques plumes célèbres de l’époque : Henry Miler ou Albert Camus, marque le début de sa célébrité.
N’aimant que peu travailler car cela « n’est rien d’autres que de l’esclavage moderne qui ne fait qu’abrutir l’homme », Bukowski n’a de cesse, chaque nuit, après des heures de labeur entrecoupés de petits boulots insignifiants, d’écrire et de concevoir son propre monde et d’échapper ainsi à une réalité qui ne lui convient pas.
« Dirty Realism »
Figure de proue du Dirty Realism, l’écrivain dépeint la réaliatié dans sa crudité parfois la plus sordide.Le Journal d’un vieux dégueulasse (1967) illustre bien un style où femmes, alcools, et jeux de hasard sont autant de domaines addictifs.
D’autres de ses œuvres trouveront la postérité. Chacun de ses titres sont évocateurs et ont marqué l’époque : Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (1969), Contes de la folie ordinaire (1972), Women (1978), Souvenirs d’un pas grand-chose (1982), ou encore Pulp publié l’année de sa mort (1994)
Bukowski touche les lecteurs par son écriture authentique et sincère, empreinte d’une douleur existentielle, qu’incarne la force de ses mots et une philosophie de vie toute personnelle (« je n’essaye pas, je ne fais qu’écrire »).
Sa rencontre avec son (futur) éditeur John martin en 1966 a été décisif pour sa carrière. Ce dernier lui propose de couvrir ses dépenses, afin que l’écrivain puisse se consacrer entièrement à son oeuvre. Une situation idéale... Sa carrière prend dès lors son envol alors qu’il a 50 ans, chose rare pour le signifier. Le calcul est profitable : car Bukowski perçoit 25 % de droits sur ses ventes. À sa mort, avec 19 titres à son actif, il engrangeait une somme mensuelle de 7 000 et 10 000 dollars. Une belle revanche sur la vie.
Sous l’angle du Docu-BD, M. Botton, L. Cadonici, F. Segal, et M. Boujol brossent le portrait d’un grand écrivain américain du XXe siècle, dans le jus de son époque.
Les auteurs ont pris soin de remettre cette ouvrage dans le contexte de la vie d’un écrivain du XXe siècle sans prendre la peine de censurer les passages problématiques. Les mots sont crus, la débauche est à son paroxysme. Mais ce n’est qu’en voyant son parcours sans bavure que l’on peut comprendre la vision d’un homme marginal en dehors de tout courant littéraire qui souhaitait échapper au travail qu’il considérait comme de l’esclavage. Et pourtant, c’est bien de son propre labeur que la récompense est advenue. Fascinant. Je crois néanmoins que pour apprécier l’oeuvre, il faut apprécier l’auteur...
Par Jessy LEMESLE
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Bukowski , De liqueur et d’encre - Par M. Botton, L. Cardonici, F. Segala & M. Boujol - Edition Petit à petit
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