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3 octobre 2024
Souvenez-vous c’était il n’y a pas si longtemps : pour le COVID aussi, des recherches avaient été faites pour comprendre d’où venait le virus, histoire d’en comprendre le mode de propagation et la dangerosité. Le « patient zéro », c’est-à-dire le premier malade affecté par la maladie, avait été situé en Chine, ce qui a permis au président Trump de le qualifier de « virus chinois » et donc d’accuser un pays avec lequel les USA se livraient à un bras de fer politique de première ampleur.
La découverte du syndrome de l’immunodéficience acquise, plus connu aujourd’hui sous l’acronyme de SIDA, démarre à la fin des années 1970, lorsque dans le milieu gay de San Francisco les décès de patients jeunes se multiplient. On constate assez rapidement chez eux un écroulement de leurs défenses immunitaires qui aboutit à un cancer de la peau commun à tous ces patients : le sarcome de Kaposi.
Le centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) d’Atlanta, dans l’Etat de Géorgie aux USA, créé vingt ans plus tôt, est le premier à repérer sa propagation. Très vite, il constate que le sarcome de Kaposi ne touche que les sujets mâles homosexuels aux partenaires multiples. La rumeur d’un « cancer gay » commence à circuler...
Randy Shilts est un jeune journaliste issu de cette communauté. Il est recruté par le San Francisco Chronicle précisément pour s’adresser à cette population, très présente dans cette ville pour des raisons qui sont bien expliquées dans l’album. Son enquête démontre qu’un établissement comme le principal sauna gay de la ville est l’un des premiers vecteurs de la propagation de la maladie.
Après confirmation auprès d’une scientifique du CDC -mais qui lui lâche une info jusque là tenue secrète- il part à la recherche du « patient zéro » et balance son « scoop » à la Une du journal. Avec comme effet de jeter l’opprobre sur la communauté dont il est issu. D’une bonne intention -celle de protéger une population menacée de contamination- Randy Shilts provoque, sans le vouloir, à l’égard des gays une vindicte de première ampleur. Un dilemne d’autant plus tragique que cette volonté de chercher un « coupable » s’avèrera finalement contestable au niveau des faits, car tout cela est bien plus complexe que cela... Là est la « fake news ».
Le scénariste Clément Xavier, à qui l’on doit l’excellent Waco Horror chez le même éditeur, une enquête au cœur de l’Amérique ségrégationniste du XXe siècle, revient cette fois sur cette histoire de façon précise et documentée dans un récit qui met en évidence toute l’ambivalence de l’information qui peut être la pire comme la meilleure des choses. La dessinatrice Héloïse Chochois réussit l’exploit de mettre ce récit en images en restituant avec sobriété l’ambiance de l’époque.
C’est un très bon livre qui, par sa portée pédagogique, rappelle que même si, aujourd’hui, le SIDA est une maladie sexuellement transmissible relativement sous contrôle, il continue à faire de nombreuses victimes : 24 000 personnes (chiffres de 2022) ignorent leur séropositivité en France, un chiffre en constate augmentation ces dernières années. Puisse cet album contribuer à le faire baisser.
Par Didier PASAMONIK
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Randy Shilts et la Fake News du patient zéro – Par Clément Xavier et Héloïse Chochois – Editions Glénat.