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Ce journal est né le jeudi 29 octobre 1959. Avec, au fil des numéros, des héros qui vont devenir des « classiques » (citons Astérix, le Petit Nicolas, Tanguy et Laverdure, Barbe-Rouge, etc). Et un esprit qui , au fil des ans, montrera que la BD a définitivement quitté le territoire réservé des enfants pour devenir un mode d’expression adulte.
Le 29 octobre 1959 est une date aussi importante que le 14 juillet 1789, où la prise de la Bastille a marqué, dans le sang, le début de la Révolution. Car le premier numéro de Pilote a marqué, dans l’encre, le début de la révolution de la BD. Mais, comme le 14 juillet, il n’est pas arrivé d’un coup de baguette magique.
De doctes historiens ont analysé comment la Révolution avait été précédée bien avant 1789 par un certain nombre d’événements avant-coureurs. Idem pour Pilote : plusieurs titres savants, tout à fait pertinents, ont déjà retracé sa longue et magnifique histoire. Mais il manquait un ouvrage racontant sa préhistoire, qui fut longue et chaotique. Et il a fallu que ses auteurs se mettent véritablement en quatre pour accoucher de cette somme : Christian Kastelnik, Patrick Gaumer, Clément Lemoine, et Michel Lebailly, qui porte la double casquette d’éditeur et de co-auteur.
L’enquête a démarré pour eux il y a une trentaine d’années. Tels des archéologues passionnés et patients, ils ont inlassablement cherché et retrouvé les protagonistes encore vivants, ou leurs descendants, de cette grande aventure, ainsi que des archives rares (photos, maquettes, journaux, dessins, contrats, correspondances, lieux, cartes, etc…). Ils ont rédigé un texte d’une grande intelligence, formidablement documenté et souvent teinté d’humour, réalisé une maquette claire et élégante, et reproduit un maximum de documents passionnants.
On découvre, par exemple, que le nom de « Pilote » avait été trouvé dès 1944 par le principal créateur du journal, François Clauteaux, et s’appliquait à un marin tenant un gouvernail dessinant le O du titre ! Celui-ci rêvait, dès son plus jeune âge, de faire un « Paris-Match » pour la jeunesse.
On apprend que différents journaux (on parlait encore d’ « illustrés »), à la vie plus ou moins éphémère, l’ont préfiguré : Pistolin, Risque-Tout, le Supplément illustré, et une brochette de petits journaux publicitaires éphémères (Clairon, Jeannot, Milliat Frères, etc.)
On y découvre les différents « numéros zéro », reproduits in extenso et en pleine page, où l’équipe testait différentes rubriques (articles d’actualité et de vulgarisation scientifique, jeux et activités, etc.) et différents héros de BD pour trouver la bonne formule qui séduirait les adolescents. Ainsi, on rêve à ce qu’aurait pu devenir Francinou, le jeune héros inventé par Goscinny et Franquin, s’il avait survécu. On y lit également le début du Roman de Renart, adapté en BD par Goscinny et Uderzo, qui a été remplacé in extremis dans l’ultime « zéro » par la première planche, devenue mythique, d’Astérix le Gaulois (du même tandem) !
On se rend compte à quel point les « inventeurs » du journal ont beaucoup misé sur des grandes marques publicitaires de l’époque (DOP, L’Oréal, Esso) et, surtout, ont fortement appuyé le lancement grâce à une station de radio très influente qu’était Radio-Luxembourg (qui deviendra RTL).
Bref, ce somptueux album passionnera tous les anciens lecteurs du regretté et mémorable journal « qui s’amusait à réfléchir » et plaira aux plus jeunes s’intéressant à l’histoire de la BD et de la presse.
Il a été tiré à 2500 exemplaires, et ne coûte que 50 € tout rond, ce qui est peu en regard des années de recherche des auteurs, de la somme des informations qu’il contient, et des heures de lecture et de bonheur pour le lire de bout en bout !
Par Benoit MARCHON
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