Qu’il est difficile d’être exhaustif pour raconter l’histoire de la bande dessinée. Rien que le point de départ de cette histoire anime les débats des plus éminents spécialistes depuis des décennies. Si l’exposition du Centre Pompidou faisait débuter sa chronologie en 1964 (avec des incursions vers les début de la BD au 6e étage), date de la première apparition du terme 9e art, le commissaire d’Épopées Graphiques débute quant à lui avec La Famille Fenouillard de Christophe, en 1889. Une date qui correspond aux contraintes mais surtout aux propos voulus dans cette exposition.
Découpé en cinq parties chrono-thématiques, le voyage débute donc par cette série de la fin du XIXe siècle perçue comme une quintessence de « l’ADN » de la bande dessinée nous dit le commissaire : « Faire rire, voyager ou rêver ». C’est ainsi que l’humour et l’aventure ouvre cette première épopée de Gotlib singeant Lucky Luke pour Pilote à Sempé, Uderzo ou Catherine Meurisse. Les classiques de la bande dessinée franco-belge, les séries de 46 planches, celles que l’on surnomme parfois les « BD à papa », ouvrent le livre d’une riche histoire.
Le souffle de l’aventure, et de la découverte du monde, voit deux planches en couleurs directes de Jacobs côtoyer Hergé et Franquin. Ensuite, les planches s’engagent sur le chemin d’un imaginaire qui va au-delà du réel. Le fantasme sous toutes ses formes en appel aux créatures, aux vaisseaux spatiaux, aux corps augmentés,… Des univers infinis et foisonnants dont témoignent deux salles monographiques dédiées à Bilal et Druillet.
Ensuite, le fantasme rêvé laisse place au fantasme angoissé. Le polar comme porte d’entrée, ici des maîtres du noir et blanc Munoz, Miller,…de la couleur avec Guarnido, puis les visions hallucinés de Clowes, Ferris, Hino ou Burns. Eros fait se tordre les corps et les désirs dans des fantasmes graphiques des maitres Crepax ou Manara.
Enfin, le voyage se termine par le tournant des années 2000-2010 avec une section « (Se) raconter » consacrée à la BD autobiographique : deux planches de Satrapi font face à Chris Ware ou Spiegelman.
Tous ces grands maîtres du 9e art se retrouvent jusqu’au 19 avril 2025, au Musée de Grenoble, premier musée de France à avoir acquis des planches de BD dans ses collections à la fin des années 1970. Aujourd’hui, la capitale des Alpes entend donner de la voix pour mettre en valeur cet art graphique.
Si le bassin grenoblois est aussi marqué en BD par la présence des éditions Glénat, les plus aguerris se souviennent du court épisode d’un prétendu grand festival qui voulait concurrencer Angoulême dans les années 1990.
Aujourd’hui, c’est à la volonté du nouveau directeur du musée des Beaux-arts, Sébastien Gokalp, que l’on doit ces Épopées Graphiques. Basées en quasi-majorité sur le fonds Hélène et Édouard Leclerc, les plus de 400 planches de BD exposées représentent une porte ouverte pour les néophytes tout autant qu’un plaisir pour les amateurs.
Dans une scénographie sobre, les cadres s’enchainent avec dans chacun d’eux une merveille encore plus éblouissante que la précédente. Sébastien Gokalp ne voulait pas « une exposition de bande dessinée « Artie » comme l’était Pompidou » mais un voyage dans la BD populaire, la BD des grands noms.
Vous l’aurez compris, l’ambition d’une bande dessinée qui consiste à « faire rire, voyager ou rêver », s’incarne dans l’exposition Épopées Graphiques. Le billet d’entrée coute 14 € en plein tarif - gratuite pour les moins de 26 ans - quand le reste du musée est ouvert à tous.
Par Kelian NGUYEN
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Photos : Kelian Nguyen
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