Très bon
30 décembre 2025
De la vie du chevalier d’Eon, on connaît les grandes lignes : il fait partie, par la grâce du monarque, du « secret du roi », c’est-à-dire qu’il est un espion, gravitant autour des ambassades en Russie puis à Londres. Son habileté à se déguiser en femme et à tirer l’épée jusqu’à porter l’estafilade au chevalier de Saint-Georges, l’une des plus fines lames du royaume, finit par intriguer : et si ce chevalier était une chevalière ?
L’ambigu personnage sut cultiver le secret et finit son existence dans l’identité d’une femme. Il est aussi connu, c’est moins glorieux, pour avoir osé défier le roi et tenté de lui extorquer une rançon en échange de papiers diplomatiquement compromettants. C’est Beaumarchais, l’auteur du Figaro, lui aussi membre du Secret du roi, qui est chargé de la négociation.
Pour raconter cette histoire, Damien MacDonald fait appel à un fantasmagore, un certain Etienne-Gaspard Robert, alias Robertson, car il faut bien ce genre d’illusionniste pour dérouler l’écheveau biographique du Chevalier et le sortir de sa litanie de clichés dans le cadre d’une représentation dont les effets spéciaux spectaculaires confondent les soldats qui viennent arrêter le dramaturge soupçonné, en pleine Terreur, de tenter de faire revenir du royaume des morts le roi guillotiné.
On que sent que Damien MacDonald, dans son écriture, a beaucoup lu les auteurs du Grand Siècle. On est emporté par cette prose, d’autant qu’un cahier documentaire achève le volume. Signé par l’historienne Pauline Valade, cet adddendum reproduit de nombreux documents issus du cabinet secret du roi, des lettres diplomatiques inédites, dont la fameuse transaction entre le Chevalier et Beaumarchais. À découvrir.
Par Didier PASAMONIK
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Doubles Jeux – Par Damien MacDonald – Ed. Flammarion