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Marsupilami, le film : à voir... houba ?

Par Rémi BARNAULT 2 mars 2026 
Bienvenue à bord ! Accrochez‑vous pour une comédie d'action loufoque et survitaminée signée la bande à Fifi ! Entre terre et mer, la croisière s’amuse même à surfer sur la nostalgie des années 1980. Ah... et en guest : un bébé Robot-Marsupilami-Mogwai-Super-Sayen trop choupinoudoudou, et Jean Reno.

Après l’excellente adaptation cinématographique d’Alain Chabat aux 5,3 millions d’entrées en 2012, c’est au tour de Philippe Lacheau de se mettre à la poursuite de l’animal le plus exotique de la BD : Le Marsupilami.

Marcher sur les pas de Franquin et de Batem, tout comme passer après Chabat… voilà de quoi mettre un sacré coup de pression ! C’est en tout cas le ressenti confié par Lacheau à nos confrères de chez Allociné. Il faut savoir que Lacheau avait auditionné pour un petit rôle dans Sur la piste du Marsupilami… sans être retenu. Quatorze ans plus tard, quelle belle revanche pour lui de pouvoir faire son propre métrage. Sobrement titré Marsupilami, le film n’en est pas moins exubérant. Il ne se veut pas du tout comme une suite, mais une histoire originale.

L’histoire se centre sur un certain David Ticoule, employé de zoo incarné par Philippe Lacheau himself et son ex-compagne, Tess Élodie Fontan, employée à la SPA. David et Tess Ticoule ? On souffle. Les choses étant bien faites, les deux comédiens forment déjà un couple dans les deux films Alibi.com, mais surtout... dans la vraie vie.

Qu’on se le dise, David est un gaffeur-né. Ses maladresses répétées ont fini par l’éloigner de sa compagne et de leur jeune fils, Léo. Chacune de ses visites tourne inévitablement à la dispute avec Tess. Les objets les plus improbables fusent (c’en est presque cartoonesque), tout comme les noms d’oiseaux, le tout à l’abri - pensent-ils - des oreilles de leur fils - Cela n’empêche pas les comédiens de traiter frontalement un jeune enfant venu à l’une des avants-premières du film de fils de p***. Mais bon, ça a fait rire la galerie...

Suite à une nouvelle gaffe, et afin de sauver son poste, David se voit contraint d’accepter une mission délicate : embarquer pour une croisière entre la France et la Palombie afin de rapatrier, en toute discrétion, un œuf à la valeur inestimable. Une mission non pas sans danger... Ni une ni deux, il embarque avec Tess et Léo. C’est l’occasion rêvée de profiter de ce voyage pour renouer les liens familiaux. Et pour le sale boulot, il emmène volontiers son imbécile heureux de collègue, Stéphane Buisson (Julien Arruti). Dans leur périple, ils vont faire la connaissance de Ricky Salsa (Tarek Boudali), un musicien sur la touche et de Pablito Camaron, escroc à la petite semaine du film de Chabat, reconverti en protecteur des légendaires Marsupilamii franquini, communément appelés Marsupilami - Marsu pour les intimes.

En grand prince, Chabat prête le personnage de Pablito, incarné dans son film par Jamel Debouzze. Rôle que ce dernier reprend, cela va de soi.

À peine arrivé, l’œuf attire immédiatement toutes les convoitises. Lors de son éclosion apparaît l’exotique bébé Marsupilami, baptisé Bibi.

L’essayer, c’est l’adopter ?

Le petit Bibi est à croquer. Pour les besoins du film, ce Marsu est en grande partie réalisé en animatronique - fait assez rare dans le paysage cinématographique français pour être souligné - évoquant le tout aussi adorable Gizmo des Gremlins. Ainsi, Bibi semble plus vraie que nature. Sa queue préhensile déploie tout son potentiel, alimentant une large palette des gags de type slapstick, dont certains figurent parmi les plus réussis du film.

Porté par un rythme effréné, le film s’impose comme une comédie d’action taillée pour toute la famille. Si quelques blagues de bas de ceinture, peuvent dénoter, voire heurter les spectateurs les plus prudes, il faut raison garder : on est encore loin des Sales blagues de l’Écho.

Il faut se déplacer en salle pour faire un rapide constat : les enfants rient de bon cœur. S’ils ne saisissent pas toutes les références, c’est peut-être précisément ce décalage qui nourrit la dimension intergénérationnelle de l’œuvre. Toutefois, on se serait bien passés de la sexualisation de la “queue” du jeune Bibi… Humour absurde, noir, scatologique parfois, comique de répétition, rebondissements inattendus et burlesque bon enfant… Ce sont les ingrédients qui en feront l’une des comédies françaises de l’année. La barre des 4 millions d’entrées a déjà été franchie...

Parmi les guest stars qui participent sans doute à la vente du film, on retrouve le fameux Jean Reno, mondialement connu pour Les Visiteurs, Léon ou encore Le Grand Bleu. Il incarne ici le principal antagoniste de l’histoire. Mais au lieu de soutenir l’ensemble ou d’y apporter une quelconque plus-value, il détonne dans le décor. Son jeu manque de justesse, c’est vraiment désagréable. Il peine à convaincre en tant que méchant, même dans le cadre assumé d’une comédie bon enfant. D’autant que son temps de présence à l’écran demeure relativement limité. Il semble à l’ouest. Ne s’est-il pas trompé de plateau ?

Maintenant, si l’on se positionne en fan de la bande dessinée, c’est là que les choses se corsent. Bien que le Marsupilami, héros éponyme, bénéficie d’une forte présence, il demeure relégué au second plan. On se satisfait volontiers de chacune de ses apparitions, de chacun de ses gestes, de ses bruits et même de ses clignements d’yeux. S’il apparaissait moins, le film ne serait plus digne de porter son nom. Dans le film de Chabat, son absence entretenait le mystère, renforcée par le fait que l’action se déroulait en grande partie dans son milieu naturel : la jungle Palombienne et ses environs. Les personnages incarnés par Chabat et Debouzze étaient sur la piste du Marsupilami. C’est littéralement le titre.

Dans le nouveau film, le véritable centre de gravité du récit demeure Philippe Lacheau et sa “bande à Fifi”. À la manière d’une troupe de théâtre, cette équipe de joyeux lurons constitue le noyau dur des castings de leurs projets communs depuis Paris à tout prix sorti en 2013, imposant une dynamique collective qui prend ici, sans surprise, le pas sur la créature. Chez Franquin, Le Marsupilami incarne l’espèce en cours d’extinction en butte à l’avidité de l’homme. Il s’impose en défenseur de la faune et de la flore. Féroce, il conserve toutefois un capital de sympathie renforcé par son physique et son sens de la famille. Dans le film, c’est diamétralement différent : Si le Marsu fait preuve de férocité à quelques occasions, il est avant tout présenté comme une adorable peluche. On lui donnerait le bon dieu sans confession.

La croisière s’amuse

Quant à la jungle, elle n’apparaît au final que quelques minutes, comme pour cocher une case du cahier des charges. Et franchement, c’est dommage. La majeure partie de l’action se déroule à bord du bateau de la croisière, dont le capitaine n’est nul autre que Gérard Jugnot, célèbre pour Les Bronzés, Le Père Noël est une ordure ou encore Les Choristes. Même les braconniers s’improvisent pirates s’invitant sur le bateau dans une des séquences les plus folles du film. Mais quid des autres personnages de l’univers du Marsupilami ? N’espérez pas voir le chasseur-loser Bring M’Backalive pointer le bout de son fusil. Pas l’ombre non plus du Jaguar. Les indigènes ? Pas plus à bâbord qu’à tribord.

En réalité, le film puise davantage dans le cinéma des années 1980 et les mangas que dans l’univers même du personnage qui fit ses premiers bonds dans Spirou. Ce qui reste sans doute le plus fidèle à l’esprit de la bande dessinée, c’est de se moquer du braconnage. On pourrait s’en réjouir. Et on le ferait volontiers… si le film aux 28 millions d’euros de budget n’était pas en réalité une vitrine promotionnelle, à peine dissimulée, pour la Compagnie Française de Croisière (voilà qui fait moins grand public, tout à coup), participant mine de rien au tourisme de masse et à la catastrophe écologique. Et là, franchement, la pilule ne passe plus. C’est écrit noir sur blanc sur le site de la compagnie que ce partenariat est basé sur des valeurs communes : la bonne humeur et la convivialité. Que c’est touchant...

« Le Marsupilami, animal mythique issu de la bande dessinée éponyme et "popularisé" au cinéma ». Maladresse, méconnaissance, mauvaise foi ou comble du culot ?

Tout n’est pas à jeter, loin de là, mais on vous recommandera plutôt le dernier album de Kid, Ced et Batem, La Dernière Chasse.

À noter qu’une bande dessinée tirée du film est en cours de production. On ne manquera pas d’en parler en temps et en heure. En espérant que ce ne soit pas un roman-photo.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9791034770830
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