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Excellent
25 janvier 2025
Comme chaque début d’année pour Angoulême, Mosquito remet en lumière un album de la série « Un Homme, une aventure » initialement publiées par les éditions Cepim dirigées par Sergio Bonelli puis publié par Dargaud pour la France : la trilogie Sergio Toppi publiée dans cette collection est maintenant compléte aprés L’Homme du Nil en 2023 et L’Homme du Mexique en 2024. Ce travail remonte aux années 1970 avant que Toppi ne participe à la revue Corto Maltese dirigée par Hugo Pratt : tout son art du contraste dans le traitement du noir et blanc est ici magnifiquement restauré alors que les éditions Dargaud proposaient une version couleur plus crirarde et moins convaincante.
Toppi est un auteur complet qui s’est fort bien documenté sur les guerres indiennes séminoles : la préface de Marc-Antoine Jans en pose le contexte et les jalons historiques essentiels esquissés dans l’ouvrage. Nous sommes en Floride colonie Espagnole en 1840 : l’histoire commence dans les marais des Everglades où l’armée américaine traque les rebelles indiens séminoles : c’est une seconde guerre après celle 1816 à 1823, encore plus féroce et démesurée...
Le protagoniste de l’histoire Whitemann est un sous-officier métis qui a caché sa réelle identité à ses supérieurs. Il va être amené à se retourner contre eux alors que sa garnison tombe dans l’embuscade tendue par des Indiens séminoles au coeur des marais. Son passé lui revient à deux reprises : il est reconnu par le frère de son ancien maître et traduit en cour martiale à Fort King et, peu aprés, confronté au chef indien Halpatter Micco dont il a tué bien des hommes tout en lui sauvant la vie lors d’un raid...
Dans ce récit désenchanté, Toppi questionne l’héroïsme en temps de guerre. Le lecteur est touché par la prise de conscience de ce soldat désabusé qui ne sait plus pour qui combattre et aspire enfin à trouver une forme de liberté.
Toppi sait créer un ambiance sans trop de dialogues avec sens précis du découpage : c’est un fabuleux portraitiste qui donne une belle allure aux protagonistes des deux camps, soldats perdus dans une nature luxuriante et sauvage. En ménageant des temps de silence et de contemplation de la flore et de la faune des marais, l’auteur donne à son récit une tension mystique qui explose dans la dernière planche de l’album, fin ouverte d’une poésie déchirante...
Un très bel album parmi les plus forts de ce maitre italien du noir et blanc, une ode désabusée à l’humanité décimée par ses pulsions fratricides...
Par Stéphane GROBOST
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