Très bon
24 janvier 2025
Divisé en 14 chapitres, SandLand est l’un des sept one-shot qu’Akira Toriyama a produit dans sa vie - exactement autant que le nombre de Dragon Ball, quel hasard ! Il a été prépublié en 2000 dans le Weekly Shōnen Jump, avant d’être publié une première fois chez Glénat en 2002. Le manga a connu trois adaptations notables, dont une en film et une autre en série d’animation, sorties respectivement en 2023 et 2024. Publiée six mois après le décès inopiné de l’auteur, la réédition de SandLand cette même année apparaît comme un véritable hommage. On y trouve un dossier avec une interview de l’auteur, ainsi que des dessins et des croquis exclusifs. Une belle manière d’honorer la mémoire de ce grand mangaka qu’était Akira Toriyama.
Un monde où Van Damme avait raison
Dès les premières pages, on comprend rapidement à quoi le titre fait allusion. L’intrigue se déroule dans un vaste désert du Toriyama World - appelé Dragon World par les fans de Dragon Ball, il s’agit d’une représentation de la Terre sur laquelle se déroule l’action de plusieurs mangas de Toriyama -, dans lequel les êtres humains et les monstres vivent côte à côte.... dans un désert, car il n’y a plus une goutte d’eau à la surface de la terre ! Il devient alors compliqué de survivre sans pouvoir s’hydrater, notamment sous une forte chaleur. Un motif qui nous fait penser à la fameuse vandeamerie de Jean-Claude Van Damme : « J’adore l’eau. Dans 20/30 ans, il n’y en aura plus ».
C’est dans ce contexte que l’on découvre Beelzebub, le prince des démons, ainsi que d’autres monstres en train de dérober des bouteilles d’eau aux humains, pour les ramener à leurs congénères. Activité respectable, car après tout, tous les moyens sont bons pour survivre. Les monstres reçoivent la visite de Rao, un shérif venu demander de l’aide pour la recherche d’une source dite « légendaire ». Difficile pour les eux de croire à l’existence d’une oasis au coeur cette terre aride, jusqu’au moment où l’officier signale avoir vu une certaine espèce d’oiseaux. Avec l’aval de son père, Beelzebub part aux côtés de Rao et de Thief, un monstre chapardeur, à la recherche de la source légendaire.
Un peu de Mad Max et de Dragon Ball
À l’instar d’un jeu d’aventure, l’écriture de SandLand se veut simple et linéaire. En plus de planter le décor et de nous présenter les personnages qui participeront à la quête, le premier chapitre annonce parfaitement la structure des 13 suivants. Une fois partis, nos héros conduisent tour à tour la voiture de Rao, dans le calme le plus complet. Un Geji Dragon, une sorte de mille-pattes géant, surgit du sol et poursuit les protagonistes. Nos protagonistes allègent au maximum le véhicule, pour semer la créature. Chaque chapitre s’apparente à une mission à accomplir, pour pouvoir continuer l’aventure. Des phases d’exploration aux phases de combat, en passant aussi par celles de discussion, Akira Toriyama use franchement des codes vidéoludiques pour construire son récit.
Format oblige, le mangaka doit aller à l’essentiel. Il ne peut donc pas développer l’univers, ainsi que les événements survenus dans le passé. On a seulement le droit à deux pages nous expliquant pourquoi il n’y a plus d’eau, en raison des agissements des êtres humains, ainsi que des guerres pour accéder à cette ressource. Les pages explicatives nous montrent aussi que le souverain utilise le dernier réservoir pour s’enrichir. L’écriture de Toriyama nous amène à nous questionner, tant sur les événements antérieurs que sur la nature humaine. Une nature que le mangaka traite au travers du personnage de Rao. Ses croyances et sa philosophie sont remises en question, au fur et à mesure de l’intrigue. Il est notamment intéressant de voir Beelzebub et Thief être choqués, quand le shérif leur dit avoir déjà tué. On se demande alors qui sont les vrais monstres : les Yokai et autres démons ou bien les êtres humains ?
Pour ce qui est de l’aspect graphique, le vaste désert n’est pas sans rappeler les paysages dépuillés et sans fin présents dans Dragon Ball. Ce grand espace permet au Mangaka d’y implanter des combats dynamiques, où Beelzebub et Rao montrent toute l’étendue de leur force, ainsi que des affrontements à distance avec des tanks. Le côté post-apocalyptique de l’univers est visible au travers des tenues de certains personnages, comme par exemple les malfrats présents dans le chapitre 2. Leur apparence punk pourraient nous faire penser au manga culte Hokuto No Ken, Ken le Survivant dans sa version française, ou bien au film Mad Max. Le mangaka distille également quelques touches d’humour, notamment avec la famille des Swimmers. En plus des grosses lunettes et des armes pour rappeler le caractère post-apocalyptique, chaque membre est vêtu d’un maillot de bain. Ce qui explique leur nom signifiant « nageurs ». Idéal pour éviter d’avoir trop chaud, mais ridicule au vu du cadre.
La lecture de SandLand est agréable. On retrouve tous les éléments qui ont fait le succès d’Akira Toriyama. Le récit se veut simple et nous fait réfléchir sur l’activité humaine et son impact sur l’environnement. Espérons ne pas connaître un futur aussi funeste…
Par Jacques LOBE
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SandLand - Par Akira Toriyama - Éd. Glénat