Très bon
17 mars 2025
Leland Stanford est un homme au parcours remarquable, porté par une ambition démesurée : avocat, gouverneur de Californie en 1962-1963, homme d’affaires peu scrupuleux, il fonde et dirige la Central pacific railway, compagnie de chemin de fer américaine.
Au début de l’album, en novembre 1963, Leland Stanford écoute, sans cacher son impatience, le discours inaugural du maire de Sacramento, à l’occasion de la pose d’un premier tronçon de la ligne de chemin de fer. Et là, première surprise pour le lecteur : il refuse de monter dans le train, préférant son plus précieux cheval, Occident.
« - Mais… la locomotive porte votre nom ! Vous ne voulez pas plutôt…
– Je ne reviens jamais sur mes décisions. » (page 7)
Dès les premières planches, il est difficile de trouver le personnage sympathique, s’intéressant davantage aux automates qu’à son fils, passionné par les chevaux et le pouvoir.
L’album le montre ensuite casser la main droite d’un ingénieur qui a voulu changer d’employeur et travailler pour son rival, M. Durant.
C’est donc l’histoire de la construction de la ligne de chemin de fer transcontinentale qui va relier la côte Ouest et la côte Est et enrichir quelques entrepreneurs visionnaires.
C’est aussi le portrait - à charge - d’un homme et de ses relations avec un photographe à la personnalité si tourmentée qu’elle le conduira à commettre un assassinat.
C’est encore une question scientifique et sportive : un cheval au galop garde-t-il ou non, toujours un sabot en contact avec le sol ? Photographier, un à un, les mouvements d’un cheval au galop étant, à l’époque, techniquement impossible, comment le savoir ?
En mai 1869, à l’occasion de la jonction entre Central pacific railway et l’Union pacific, M. Durand propose à M. Stanford, un pari : le premier qui trouvera la réponse et le prouvera de manière irréfutable gagnera 10% des parts de la société de l’autre.
Mai 1874, Leland Stanford et son épouse inaugurent leur nouvelle demeure au 905 California Hill.
Eadweard Muybridge, le meilleur photographe de San Francisco (selon lui-même), vient immortaliser l’évènement.
C’est le début d’une collaboration entre le « maître de California hill » et le photographe obsessionnel dont les enjeux sont, pour l’un, de remporter son pari et pour l’autre, de révolutionner la photographie et annoncer le cinéma. Pourtant les deux hommes trouveront amertume et ressentiments réciproques.
C’est à partir de la page 110 que les auteurs nous concoctent un renversement de situation fort surprenant pour le lecteur et qui fait entrer le récit dans une dimension plus complexe.
« Faut-il privilégier l’histoire la plus authentique, la plus inventive ou simplement celle que le public aura envie d’entendre ? La plus vraie, la plus belle ou la plus flatteuse ? » (page 128).
Scénariste actuel majeur, Laurent-Frédéric Bollée a déjà publié plus de soixante-dix albums, chez différents éditeurs.
Auteur notamment de romans graphiques dont Patrick Deware, à part ça la vie est belle (avec Maran Hrachyan, en 2021) et Belmondo, peut-être que je rêve debout (avec Jean-Michel Ponzio, en 2024), ou encore Terra Australis consacré à la colonisation de l’Australie par les Anglais (Prix Amerigo-Vespucci 2013) et sa suite, Terra Doloris (avec Philippe Nicloux, en 2018), on lui doit également Matsumoto, avec Philippe Nicloux, qui raconte l’attentat au gaz sarin par la secte japonaise AUM.
Il a également signé un tome de la série XIII Mystery, Billy Stockton (avec Steve Cuzor), Malik Oussekine Contrecoups (avec Jeanne Puchol) et Les Illuminés (avec Jean Dytar).
Son roman graphique La Bombe (avec Alcante et Denis Rodier), salué par le public et la critique, s’est déjà vendu à plus de 130 000 exemplaires et a été traduit dans une dizaine de langues dont le coréen.
Le maître de California hill constitue sa première collaboration avec les éditions La Boîte à bulles.
Le dessinateur belge Georges Van Linthout a commencé dans le journal Spirou dans les années 1980 avant de créer Lou Smog pour la revue concurrente, Tintin. Dessinateur des séries Falkenberg, Twins, Les Enquêtes Scapola, Brian Bones, détective privé, il a travaillé en particulier, avec les scénaristes Rodolphe et Y Leclerc.
Auteur en 2022 de Goat Mountain (lire ici la chronique de l’album)
Pour les éditions La Boîte à bulles, il a signé précédemment Braquages et bras cassés qui vient d’être réédité et Arraigo.
Sur le même sujet : Pour une fraction de seconde - La vie mouvementée d’Eadweard Muybridge, (par Guy Delisle, édition Delcourt).
Par Christian GRANGE
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