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En ce moment, l’industrie des comics a les traits tirés, ça tombe comme à Gravelotte et on s’inquiète. Déjà l’embellie plutôt imprévisible qui avait suivi la période de confinement de sinistre mémoire s’est bien étiolée. Ensuite, les hausses successives du prix des matières premières ont donné du mou dans la belle machinerie, qui en grince d’à-coups intempestifs.
Les promesses en surenchères de taxes douanières du sémillant Président Trump sont tout autant de promesses d’explosions supplémentaires des coûts pour de nombreux éditeurs qui faisaient imprimer leurs ouvrages au Canada ou en Chine. Pour des raisons économiques bien évidemment, mais surtout pour la qualité d’un savoir-faire, une flexibilité et surtout un service à proximité qui se font de plus en plus rares aux États-Unis à ce qu’il se dit.
Une situation qui risque d’être tout à fait fatale pour les plus petits éditeurs et autres structures déjà fragilisées, qui n’ avaient pas besoin de coups de plomb dans l’aile supplémentaires.
Mais encore...
Mais pire que tout : le distributeur historique qui a longtemps eu monopole dans le milieu, Diamond Comics Distributors, est désormais en redressement judiciaire. Ce qui ressemble à un véritable séisme. Même si depuis l’épisode Covid, Diamond avait perdu beaucoup de ses droits d’exclusivité auprès des principaux éditeurs.
On s’arrête là vu qu’on est pas venus pour faire l’appel aux morts, même si partout les sourires se crispent. Jusqu’à jouer à se faire peur ? On parle même d’une possible nouvelle histoire partagée entre les géants DC Comics et Marvel pour faire l’événement et relancer l’intérêt, ce qui est à chaque fois le signe, le marqueur d’un certain désarroi.
Sauveur ?
Mais bon, voilà, Zorro arrive pour sauver l’industrie qui n’en est pas à sa première crise. D’autant que ce Zorro là l’a déjà fait, la sauver, cette fameuse industrie des comics. Zorro, ici mieux connu sous le nom de Jim Lee, véritable légende de la BD américaine au palmarès long comme un jour sans pain, et sans BD à lire.
Rappelons-nous...
On s’en souvient, au tournant des années 2000, Jim Lee avait vendu à DC Comics sa structure éditoriale Wildstorm, appendice de l’éditeur indépendant Image Comics qu’il avait contribué à créer avec quelques amis, tous échappés des griffes trop contraignantes et pas assez partageuses de Marvel Comics. Juste avant il avait relancé en grosse partie cette industrie pour le compte de Marvel ; Marvel qui avait fait faillite juste avant, en 1996.
Libéré de ses charges éditoriales de plus en plus contraignantes, le sieur Lee avait repris ses crayons avec enthousiasme pour dessiner Batman, sur un scénario peaufiné par Jeph Loeb, un auteur familier de l’éditeur qui avait fait ses preuves. Un énorme succès, salué. Un succès de plus pour le monsieur Midas des comics, dessinateur qui détient toujours le record du comicbook le plus vendu avec cette fois un numéro des X-Men.
Oui mais voilà, Jim Lee a repris des responsabilités éditoriales chez DC Comics, de plus en plus, de plus en plus lourdes. D’où re-éloignement de sa table à dessin malgré quelques projets épars et une multitude de couvertures et illustrations.
Aïe !
Pour ses fans le compte n’y était pas, même si le Golden Boy Jim Lee faisait régulièrement des vidéos le crayon à la main, ce qui profite souvent à l’entreprise caritative Hero Initiative qui vient en aide aux artistes des comics nécessiteux, médicale souvent, surtout pour les vétérans. Belles conséquences toujours d’un libéralisme débridé fêté comme une providence et sans aucun complexe.
Mais...
Donc voilà, après des années de disette le tant désiré Jim Lee revient sur un titre, publié mensuellement qui plus est, pour une suite à son emblématique Batman : Hush. Astucieusement et très créativement titré Batman : Hush 2.
Par le jeu d’une multitude de couvertures variantes et un système de précommande incitatif auprès des détaillants -pour obtenir les variantes les plus à même de faire frétiller les spéculateurs- il a été commandé 400 000 exemplaires du premier numéro par les comic shops.
Un beau succès même si on pouvait peut-être s’attendre à mieux. Mais c’est la réalité d’aujourd’hui. On rappelle qu’à une certaine époque, une série était arrêtée à 100 000 ventes pour mauvais résultats... Mais pas de triomphe modeste, puisque partout on met déjà les petits plats dans les grands.
Mini-série dans série régulière
Cette épiphanie annoncée pour les fans de comics, bien que mini-série que l’on peut considérer comme indépendante, commencera dans la série mensuelle en cours au numéro 158, attendu pour le 26 mars 2025. Pour se clôturer au numéro 163, soit six épisodes.
C’est ici que Jim Lee va se challenger pour entrer en compétition avec lui-même, jamais facile ; c’est là que les inconditionnels du vengeur à l’emblème de chauve-souris l’attendent. Gare. C’est presque tout remettre en jeu. Alors toujours en forme Jim Lee ? Même si il y a de fortes chances que cette nouvelle histoire ne soit pas la suite directe de celle achevée en 2003. De toute manière, modèle marketing éprouvé, la série Batman sera relancée au numéro 1 en septembre prochain.
Promotion
Campagne promotionnelle au clairon pour bien marquer le coup, une avalanche de planches (sans texte) ont été présentées au cours des derniers mois, on parle pas des couvertures, mais on vous l’a bien dit : événement !
Alors si le monde des comics fait globalement grise mine, les traits un peu tirés : le géant de la BD américaine Jim Lee -le dessinateur le plus important et le plus influent d’au moins les trente dernières années- va-t-il réussir à donner encore une fois un élan décisif à l’industrie, jusqu’à lui redonner le sourire ? Qui voudra en prendre les paris ?
Par Pascal AGGABI
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