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Jim Lee revient dessiner Batman

Par Pascal AGGABI 18 mars 2025 
SAUVE SOURIRE. C'est là la grande affaire du moment dans le monde des comics et la nouvelle a été accueillie avec grande joie. D'autant que... Mais événement : la mégastar de la bande dessinée américaine, le dessinateur Jim Lee, revient en cette fin de mois de mars dessiner la suite de son histoire mythique, Batman : Hush ! Un jalon important dans la longue histoire et la vie de l'homme chauve-souris, sauveur et héros de la ville de Gotham.

En ce moment, l’industrie des comics a les traits tirés, ça tombe comme à Gravelotte et on s’inquiète. Déjà l’embellie plutôt imprévisible qui avait suivi la période de confinement de sinistre mémoire s’est bien étiolée. Ensuite, les hausses successives du prix des matières premières ont donné du mou dans la belle machinerie, qui en grince d’à-coups intempestifs.

Les promesses en surenchères de taxes douanières du sémillant Président Trump sont tout autant de promesses d’explosions supplémentaires des coûts pour de nombreux éditeurs qui faisaient imprimer leurs ouvrages au Canada ou en Chine. Pour des raisons économiques bien évidemment, mais surtout pour la qualité d’un savoir-faire, une flexibilité et surtout un service à proximité qui se font de plus en plus rares aux États-Unis à ce qu’il se dit.

Jim Lee revient dessiner Batman
Une nouvelle histoire de Batman par Jim Lee, oui mais...
© DC Comics.

Une situation qui risque d’être tout à fait fatale pour les plus petits éditeurs et autres structures déjà fragilisées, qui n’ avaient pas besoin de coups de plomb dans l’aile supplémentaires.

Mais encore...

Mais pire que tout : le distributeur historique qui a longtemps eu monopole dans le milieu, Diamond Comics Distributors, est désormais en redressement judiciaire. Ce qui ressemble à un véritable séisme. Même si depuis l’épisode Covid, Diamond avait perdu beaucoup de ses droits d’exclusivité auprès des principaux éditeurs.

Décidément l’industrie des comics se met encore à boiter, le sourire en berne. Qui pour la sauver Batman et sa cape ? Non Zorro... enfin Jim Lee et son crayon !
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.

On s’arrête là vu qu’on est pas venus pour faire l’appel aux morts, même si partout les sourires se crispent. Jusqu’à jouer à se faire peur ? On parle même d’une possible nouvelle histoire partagée entre les géants DC Comics et Marvel pour faire l’événement et relancer l’intérêt, ce qui est à chaque fois le signe, le marqueur d’un certain désarroi.

© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.
Ouf Batman : Hush 2 arrive en ce mois de mars. Combien de ventes au final ?

Sauveur ?

Mais bon, voilà, Zorro arrive pour sauver l’industrie qui n’en est pas à sa première crise. D’autant que ce Zorro là l’a déjà fait, la sauver, cette fameuse industrie des comics. Zorro, ici mieux connu sous le nom de Jim Lee, véritable légende de la BD américaine au palmarès long comme un jour sans pain, et sans BD à lire.

Rappelons-nous...

On s’en souvient, au tournant des années 2000, Jim Lee avait vendu à DC Comics sa structure éditoriale Wildstorm, appendice de l’éditeur indépendant Image Comics qu’il avait contribué à créer avec quelques amis, tous échappés des griffes trop contraignantes et pas assez partageuses de Marvel Comics. Juste avant il avait relancé en grosse partie cette industrie pour le compte de Marvel ; Marvel qui avait fait faillite juste avant, en 1996.

Libéré de ses charges éditoriales de plus en plus contraignantes, le sieur Lee avait repris ses crayons avec enthousiasme pour dessiner Batman, sur un scénario peaufiné par Jeph Loeb, un auteur familier de l’éditeur qui avait fait ses preuves. Un énorme succès, salué. Un succès de plus pour le monsieur Midas des comics, dessinateur qui détient toujours le record du comicbook le plus vendu avec cette fois un numéro des X-Men.

Des planches en veux-tu en voilà. Il faut alimenter et susciter l’attente...
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.

Oui mais voilà, Jim Lee a repris des responsabilités éditoriales chez DC Comics, de plus en plus, de plus en plus lourdes. D’où re-éloignement de sa table à dessin malgré quelques projets épars et une multitude de couvertures et illustrations.

Aïe !

Pour ses fans le compte n’y était pas, même si le Golden Boy Jim Lee faisait régulièrement des vidéos le crayon à la main, ce qui profite souvent à l’entreprise caritative Hero Initiative qui vient en aide aux artistes des comics nécessiteux, médicale souvent, surtout pour les vétérans. Belles conséquences toujours d’un libéralisme débridé fêté comme une providence et sans aucun complexe.

Batman : Hush 1. Une événement en 2003 pour une histoire devenue un classique.
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.

Mais...

Donc voilà, après des années de disette le tant désiré Jim Lee revient sur un titre, publié mensuellement qui plus est, pour une suite à son emblématique Batman : Hush. Astucieusement et très créativement titré Batman : Hush 2.

Des couvertures variantes à gogo jusqu’à devenir gaga !
© DC Comics.

Par le jeu d’une multitude de couvertures variantes et un système de précommande incitatif auprès des détaillants -pour obtenir les variantes les plus à même de faire frétiller les spéculateurs- il a été commandé 400 000 exemplaires du premier numéro par les comic shops.

Un beau succès même si on pouvait peut-être s’attendre à mieux. Mais c’est la réalité d’aujourd’hui. On rappelle qu’à une certaine époque, une série était arrêtée à 100 000 ventes pour mauvais résultats... Mais pas de triomphe modeste, puisque partout on met déjà les petits plats dans les grands.

Mini-série dans série régulière

Cette épiphanie annoncée pour les fans de comics, bien que mini-série que l’on peut considérer comme indépendante, commencera dans la série mensuelle en cours au numéro 158, attendu pour le 26 mars 2025. Pour se clôturer au numéro 163, soit six épisodes.

Capture d’écran.

C’est ici que Jim Lee va se challenger pour entrer en compétition avec lui-même, jamais facile ; c’est là que les inconditionnels du vengeur à l’emblème de chauve-souris l’attendent. Gare. C’est presque tout remettre en jeu. Alors toujours en forme Jim Lee ? Même si il y a de fortes chances que cette nouvelle histoire ne soit pas la suite directe de celle achevée en 2003. De toute manière, modèle marketing éprouvé, la série Batman sera relancée au numéro 1 en septembre prochain.

Avec Batman : Hush 1, Jim Lee revenait vraiment à la BD qui le démangeait. Il était un peu engourdi au départ pour finalement s’améliorer à chaque numéro et donner sa version de Batman qui est celle reprise par beaucoup de dessinateurs actuels.
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.

Promotion

Campagne promotionnelle au clairon pour bien marquer le coup, une avalanche de planches (sans texte) ont été présentées au cours des derniers mois, on parle pas des couvertures, mais on vous l’a bien dit : événement !

Alors si le monde des comics fait globalement grise mine, les traits un peu tirés : le géant de la BD américaine Jim Lee -le dessinateur le plus important et le plus influent d’au moins les trente dernières années- va-t-il réussir à donner encore une fois un élan décisif à l’industrie, jusqu’à lui redonner le sourire ? Qui voudra en prendre les paris ?

Jim Lee va-t-il être à la hauteur de son travail passé ? Le temps est passé, il n’a pas fait de séquentiel depuis un certain temps même si lui contrairement à beaucoup de ses suiveurs est un bon narrateur, mais là...
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.
Cases surchargées, lecture peu fluide, dessin raide et encore plus calcifié par l’encrage de son vieux compagnon de route Scott Williams. Hmm... Encore engourdi et le meilleur est à venir ?
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.
Les couleurs numériques recouvrantes et saturées d’effets d’Alex Sinclair n’aident pas vraiment. Elles sont bien plus illustratives que narratives.
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.
Saturation de traits, d’esbroufes, de faux détails... On a ici un concentré de tous les manques qui accablent aujourd’hui trop souvent les pages des comics, comme le déplorent des créateurs comme Howard Chaykin, Bob McLeod et Mark Waid qui pointent du doigt la disparition du sens de la narration BD, son art, au profit de la simple cinétique..
Comme si une pâtisserie n’était constituée que de sucre.
Quelques séquences sont agrémentées de "ink Wash" lavis d’encre de la main de Lee lui-même, pour un résultat plus vivant et organique. Une excellente comparaison possible entre les apports ou pas d’un encreur de métier dans le monde des comics.
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.
Aujourd’hui et c’est peut-être un héritage de Scott Williams qui, excellent dans son style, en son temps a servi de mètre-étalon, on demande un encrage très propre, presque aseptisé. Ce qui est la négation de l’art de l’encreur à l’américaine ou la personnalité était mise en avant.
© DC Comics, Jim Lee, Jeph Loeb.

Par Pascal AGGABI

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Code EAN : 9791026827382
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