Dès la couverture, on sait que l’on aura affaire à un western à part. Reprenant la composition du tableau Officier de chasseurs à cheval de la Garde impériale chargeant de Géricault, Anthony Pastor y campe son héros dans une posture allégorique résumant sa destinée.
Le cavalier se retourne, comme pour refuser de suivre le mouvement de sa monture, et lance un dernier regard au loin. Regarde-t-il le passé ou le chemin parcouru ? Se laissera-t-il emporter par son cheval ? Déviera-t-il de trajectoire ?
Ouvrons l’album : Billy parcourt les plaines sauvages de l’Ouest quand il apprend le décès de sa mère. Un accident, dit-on. Une simple noyade. On ne veut pas trop creuser : c’était une femme. De vie légère, diraient certains. Le meurtre est à peine voilé.
Billy décide de poursuivre le dernier compagnon de sa mère mais sombrera-t-il dans la violence que lui-même croit rejeter ? Au sein de cette société marquée par le patriarcat, aura-t-il la force de tracer sa propre route en ne suivant pas celle de ses pairs ? Et surtout en ne suivant pas celle des ses pères ? Car Ford et Thorpe, deux hommes qui ont aimé sa mère et espèrent en lui un fils ou du moins un héritier, sont loin d’avoir la conscience tranquille...
Dans ce monde où les silences en disent souvent plus long que les mots et les morts plus que les vivants, Anthony Pastor installe ses décors, soigne ses compositions et découpe ses pages au rythme d’une ballade lancinante, inspirée de All Along the Watchtower de Bob Dylan, dont l’écoute - dans la version de Jimmy Hendrix - a guidé l’auteur dans sa création.
Sous les pinceaux brûlants de teintes empruntées à Van Gogh et aux Nabis, les paysages prennent des allures expressionnistes, où le vent, la poussière, le soleil et la sueur se mêlent en vagues tourmentées qui ont la couleur des regrets.
« L’aquarelle amène quelque chose de plus mouvant. J’ai tendance à être cérébral, dans le contrôle. Cette technique m’a appris à m’affranchir de mon penchant pour le réalisme académique, à laisser venir les surprises. C’est un espace de liberté » confie l’artiste. « De la même manière que j’ai donné à Billy Lavigne une ascendance française, j’introduis la tradition picturale européenne en me détournant de celle d’un Remington par exemple. Je m’autorise une forme d’appropriation esthétique pour créer de nouvelles représentations. »
Anthony Pastor prépare un troisième western consacré au récit d’un couple confronté à la maladie d’Alzheimer. Un angle inattendu, qui prouve une fois de plus la volonté de l’auteur de revisiter le genre loin des poncifs hollywoodiens.
Voir en ligne : La chronique de La Femme à l’étoile
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Billy Lavigne - Par Anthony Pastor - Ed. Casterman