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Jimbôchô Sisters, la série tranche de vie de Kei Toumé - Mangetsu

Par Gaëlle BEDIS Favori de la rédaction 19 mai 2026 
Dans sa dernière série en date, Kei Toumé nous amène à Jimbôchô, le quartier des bouquinistes de Tokyo, à la rencontre des sœurs Karakida qui ont hérité de la librairie d'occasion familiale à la mort de leur grand-père. La plus renfermée des trois sœurs, Tsugumi, décide de reprendre ce commerce qui convient bien à son caractère solitaire et de s'installer dans l'appartement au-dessus avec son aînée Ichika et la benjamine Minaru. Leurs caractères très différents et les relations qu'elles entretiennent entre elles, avec leur père et avec leur entourage amical et amoureux permettent à la mangaka d'explorer tout en douceur la profondeur et la variété des émotions humaines. Un bien joli tableau dont le dernier coup de pinceau a été donné en avril dernier avec la sortie du 6ème et dernier tome chez Mangetsu cette fois!

La mangaka Kei Toumé a de nouveau le vent en poupe ! Après des années de disette éditoriale dans l’Hexagone et quelques-unes de ses séries majeures comme Les Lamentations de l’agneau ou Les Mystères de Taicho en arrêt de commercialisation et désormais introuvables, son nom est réapparu depuis 2025 sur les étals des libraires pour le plus grand bonheur de ses fans et des amatrices et amateurs de mangas en général.

Jimbôchô Sisters, la série tranche de vie de Kei Toumé - Mangetsu
Jimbôchô Sisters - Couverture du tome 1
© Kei Toumé

Delcourt s’est ainsi attelé en janvier 2025 à la réédition de Sing "Yesterday" For Me, le titre phare qui l’a révélée au public francophone au début des années 2000 quand le Lézard noir a choisi la même année de publier Mahoromi. Chroniques architecturales de l’espace-temps, une série de 2010 inédite en France qui correspond parfaitement à la ligne éditoriale bien spécifique de la maison d’édition poitevine. Mais c’est Mangetsu qui a récupéré les droits de la dernière série en date, elle aussi inédite, de la mangaka : Jimbôchô Sisters.

Jimbôchô Sisters - Couverture du tome 2
© Kei Toumé

Œuvre de la maturité graphique et scénaristique, Jimbôchô Sisters a été publié au Japon d’avril 2022 à mai 2025, soit une période de 3 ans plutôt courte quand on connaît le rythme de publication habituel de Kei Toumé [1].

Outre des délais de publication plus raisonnables, cette série est également la plus accessible et grand public de toutes celles qu’elle a pu créer jusque-là, Sing "Yesterday" For Me incluse. En effet, les personnages qu’elle a créés pour l’occasion sont normaux, même s’ils ne se comportent pas toujours de façon rationnelle ou logique. Exit le fantastique, l’excentricité mal dosée ou les relations plus ou moins toxiques de ses premières séries : place à la vie, la vraie, avec ses joies et ses peines mais sans en rajouter.

Jimbôcho Sisters - Extrait
Une soirée chez les sœurs Karakida
© Kei Toumé

Avec les sœurs Karakida, on entre dans une adelphie un peu déjantée mais fondamentalement humaine et normale dans sa bizarrerie, ce qui vient dédramatiser beaucoup de craintes chez le lectorat qui vit, a vécu ou vont vivre les situations qu’elles traversent. Oui, comme pour la benjamine lycéenne Minaru, c’est normal de ne pas savoir ce que l’on voudra faire plus tard lorsqu’on est encore au lycée, et de se rebeller pour se faire entendre dans une société qui veut absolument nous faire rentrer dans une case.

Jimbôchô Sisters - Couverture du tome 3
© Kei Toumé

Oui, il existe des gens comme Ichika, la sœur aînée un peu immature, qui travaillent énormément, font la fête, le regrettent le lendemain mais assument les conséquences et ont construit leur vie autour d’un amour non avoué qui les a conduits au divorce. Et qui ne voient pas l’évidence même quand elle est juste sous leur nez.

Oui, rechercher la solitude et un travail calme loin des gens est un objectif pour des personnes comme Tsumugi, la sœur "du milieu" qui ne s’est jamais vraiment sentie à sa place dans la société et a toujours eu du mal à sociabiliser. Pourtant, elle n’hésite pas une seconde devant le challenge que représente la reprise d’une librairie d’occasion, un univers professionnel qu’elle ne connaît pas, quand ses deux sœurs au caractère plus affirmé vont tergiverser longtemps avant de passer à l’action pour réaliser leurs rêves. C’est aussi celle qui est la plus attentionnée avec ses sœurs et Azusawa, leur curieux voisin.

Les personnages masculins ne sont pas en reste, avec Azusawa, le mystérieux voisin libraire baroudeur, maladroit et un peu paumé qui aide Tsumugi à prendre ses marques dans le métier et semble avoir pour elle des sentiments qu’il a du mal à exprimer.

Jimbôchô Sisters - Couverture du tome 4
© Kei Toumé

Shun, le meilleur ami d’Ichika, est aussi amoureux d’elle qu’elle est amoureuse de Tsuzuki, leur ami commun. Cela ne l’empêche pas de maintenir une relation d’amitié un peu vache avec elle, qu’elle lui rend bien. Tous deux sont tellement complices que beaucoup de personnes dans leur entourage pensent qu’ils sont ensemble.

Enfin, Ryôta éprouve lui aussi des sentiments pour Minaru mais il sait très bien que la réciproque n’est pas vraie, la jeune lycéenne étant amoureuse de sa camarade Mana, qui vit elle aussi des relations difficiles. Shun et Ryôta restent cependant des amis solides et finissent par exprimer à demi-mot leurs émotions, même si tout n’est jamais clairement dit non plus.

Jimbôchô Sisters - Couverture du tome 5
© Kei Toumé

Le panel de personnages imaginés par Kei Toumé est donc suffisamment varié pour correspondre à de nombreux cas de figure de la vie d’une lectrice ou d’un lecteur lambda, qui n’aura aucun mal à s’identifier à un ou plusieurs d’entre eux.

Et c’est là toute la force de cette série de Kei Toumé : avec des éléments de la vie de tous les jours et des personnages presque banals, elle parvient à nous happer dans son univers feutré où la librairie elle-même joue un rôle, celui du catalyseur d’émotions et de lanceur d’intrigues. C’est en effet dans ce lieu que Tsumugi recherche et conserve des livres qu’elle estime précieux et affine son goût pour les ouvrages traitant de cinéma, qu’Azusawa espère y trouver un livre rare recherché par son patron et que l’adelphie Karakida pense avoir retrouvé un membre de sa famille à la suite de la découverte du journal intime de leur grand-père.

Jimbôchô Sisters - Couverture du tome 6
© Kei Toumé

L’ensemble du récit se déroule sur une année de la vie des sœurs Karakida qui s’avère riche en rebondissements personnels pour chacune d’elles ainsi que pour tout leur entourage. Il n’y a pas de péripéties à proprement parler mais les décisions qui sont prises, les rencontres qui sont réalisées, les petits gestes qui sont faits amènent chacun des personnages à grandir, s’affirmer et choisir une direction qui n’est ni parfaite, ni définitive mais qui correspond aux besoins ou aux envies du moment, comme ce que nous faisons chaque jour.

Sur le plan graphique, le trait de Kei Toumé s’est considérablement adouci et est bien plus agréable à l’œil que dans ses premières œuvres. Les visages et les yeux de ses héroïnes ont encore parfois des proportions un peu bizarres mais on reconnaît là la signature artistique de la mangaka. Les décors sont splendides, au même titre que les couvertures de chacun des 6 tomes de la série, tout en nuances aériennes et teintes pastel aquarellées qui font écho à la douceur et à la force tranquille des trois sœurs.

Jimbôcho Sisters - Extrait 2
Les décors créés par Kei Toumé
© Kei Toumé

Tout comme le Lézard noir, Mangetsu fournit à Jimbôchô Sisters un travail éditorial de qualité, avec des jaquettes en papier mat cartonné suffisamment épais pour résister aux manipulations, des couvertures aux couleurs et dessins fidèles à l’édition originale et une impression noir et blanc soignée sur un papier blanc lui aussi assez épais pour rendre la lecture très agréable.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore le travail de Kei Toumé, Jimbôchô Sisters est donc une excellente porte d’entrée pour se familiariser avec son style graphique. La série peut aussi être lue après Sing "Yesterday" For Me et Mahoromi. Chroniques architecturales de l’espace-temps pour encore mieux apprécier l’évolution artistique et scénaristique de cette mangaka prolixe, en attendant de voir un jour peut-être Les Mystères de Taïcho ou Les Lamentations de l’Agneau réédités.

Qui sait de quoi l’avenir sera fait ?

Par Gaëlle BEDIS

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Code EAN : 9782382814901

Jimbôchô Sisters, T.1 - Paru le 17/04/2024
Jimbôchô Sisters, T.2 - Paru le 18/09/2024
Jimbôchô Sisters, T.3 - Paru le 04/12/2024
Jimbôchô Sisters, T.4 - Paru le 05/03/2025
Jimbôchô Sisters, T.5 - Paru le 01/10/2025
Jimbôchô Sisters, T.6 - Paru le 01/04/2026

[1] 18 ans au Japon pour les 11 tomes de Sing "Yesterday" For Me (13 en France), 13 ans pour les 10 tomes de Les Lamentations de l’Agneau ou encore 6 ans pour les 4 tomes des Mystères de Taïcho)

Jimbôchô Sisters Mangetsu ✏️ Kei Toumé Tranche de vie
 
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