Très bon
13 décembre 2024
Au début du XXe siècle, Spa, comme bon nombre de villes thermlaes, est une station cossue et huppée. Dans cet entre-soi bien entretenu, on lave son linge sale en famille. Or, un scandale risque d’éclater sous peu et pourrait même éclabousser la famille royale ! C’est la Princesse Clémentine elle-même qui fait appel la sagacité du commissaire Ansor. Elle a reçu un courrier d’un mystérieux maître-chanteur, qui se fait appeler Pierre Le Grand. Celui-ci indique que le bijou qu’elle a offert au directeur du casino est entre ses mains. La princesse pourra le récupérer en échange d’une coquette somme. Or, il se trouve que d’autres notables de la ville ont reçu des courriers similaires ! Les affaires sont si sensibles que certains d’entre eux se sont suicidés, ou... « ont été suicidés » ? Au-delà du mystère en lui-même, c’est toute la réputation de Spa qui est en jeu. Voilà pourquoi les autorités locales sont bien discrètes, et même très gênées quand déboule le commissaire Ansor, qui n’a cure (thermale) des conventions de la bonne société.
Après un une mission remarquée à Ostende, dont il est originaire, le pétillant commissaire Ansor est bien décidé à réussir une nouvelle mission. Pour cela, son flair, son esprit de déduction, son sens de la répartie et ses méthodes parfois rustres sont ses meilleurs alliés. Dans ce cadre élitiste, son attitude offre quelques ressorts comiques, dont on ne sait pas trop s’ils sont l’oeuvre d’un fin limier ou s’ils sont le résultat involontaire d’un individu aux moeurs qui détonnent. Dans tous les cas, il sait tirer profit de chaque situation et se montre très clairvoyant quant aux différents intérêts que sa présence bouscule. L’intrigue, complexe, est bien menée et embarque lectrices et lecteurs à un rythme enlevé.
Le scénario de Patrick Weber, par ailleurs historien de l’art et de la monarchie belge, s’inscrit dans un décor assuré par Olivier Wozniak, qui restitue, dans la tradition belge (et de l’éditeur Anspach) de la ligne claire, l’ambiance de la Belle Époque. On comprend dès lors que cet album, précisément documenté - le récit est suivi d’un dossier d’une dizaine de pages-, est une réussite et confirme la figure du truculent Ansor. Un personnage qu’on se plaira à retrouver.
Par Damien BOONE
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