Très bon
25 mars 2026
La Reine des Pantins est le deuxième album de Rosalia Radosti, autrice italienne déjà remarquée pour son titre Sauvage, une revisite désenchantée du conte de fée traditionnel. Dans cette nouvelle œuvre, elle propose une aventure fiabesque, dissimulant une réalité cruelle. Publié en mars 2026, le récit nous entraîne dans la France du XVIIIe siècle, mais évoque des problématiques contemporaines, notamment l’identité de genre.
Le roman graphique raconte l’histoire de Jacqueline, une princesse qui ne possède ni château ni royaume mais, entourée de ses amis et sujets, dont les costumes évoquent ceux du clown Pierrot et les robes de l’aristocratie française de l’époque. Son quotidien, fait de jeux et de joie, bascule quand elle rencontre un prince, qui lui raconte la légende de la Robe d’or, capable de réaliser n’importe quel voeu. Jacqueline part donc à la recherche de cette robe, accompagnée de ses amis, dans l’espoir de récupérer l’habit et d’exaucer son souhait : bâtir un royaume qui accueillerait toutes les personnes exclues et marginalisées.
La particularité de ce récit réside dans le fait que Jacqueline n’existe pas. Elle est l’alter ego imaginaire de Jacques, jeune garçon dont l’environnement familial est violent, renforcé par le fanatisme religieux de la société dans laquelle il grandit. Ce monde onirique, qu’il imagine, devient pour lui un échappatoire à ce monde gris et hostile. Le récit alterne alors, graphiquement, entre ces deux univers : celui sombre et gris du réel, et celui pastel et lumineux de l’imaginaire. Cette alternance est très bien balancée, même si quelques séquences s’étirent parfois plus que nécessaire.
Rosalia Radosti aborde des thèmes lourds comme la pression religieuse ou encore la cruauté parentale, mais aussi la puissance du pouvoir de l’imagination. Elle ne cherche pas à embellir la réalité, mais à en révéler la brutalité, rappelant que tout ne se terminent pas toujours bien. Tous ses personnages portent les traces de traumatismes profonds. Jacques transpose d’ailleurs les personnes qu’il a rencontré dans son univers onirique, révélant leurs blessures et traumas à travers des figures fantastiques, pouvant rappeler les personnages de Lewis Carroll. Ainsi, un jeune garçon rencontré au marché, qui répète tout ce qu’on lui dit, devient dans son monde un humain à la tête de miroir, incapable de penser par lui-même, sans personnalité, qui ne fait que refléter son interlocuteur.
La Reine des Pantins déjoue les attentes du lecteur, ne ménageant pas nos émotions. La fin de l’album est à la fois bouleversante et symbolique, où le rêve et la perte se rejoignent dans un dernier instant.
Par Lyne GEYNET
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La Reine des Pantins - Par Rosalia Radosti - Éd. Dupuis - 200 pages - 27,95€