Gen d’Hiroshima tome 1 - Par Keiji Nakazawa - Le Tripode

Par Romain BLANDRE Favori de la rédaction 29 novembre 2025 
Un épi de blé qui grandit et murit au soleil. Deux enfants heureux de cultiver les quelques grains qui constitueront bientôt un repas presque suffisant. Un père fier de ses deux fils qui participent aux efforts pour nourrir la famille. C’est sur ce prologue que s’ouvre le premier tome d’une série de manga éditée en petit format et largement plus accessible que les anciennes éditions chères et épuisées pour la plupart.

« Gen me hante  », écrivait il y a déjà quelques décennies Art Spiegelman. Dans cette nouvelle édition, il réédite ces propos tenus dans les années 1980 alors que le manga était traduit pour la première fois en anglais. Il y a de quoi être hanté par cette odyssée que traverse le jeune garçon pour survivre dans un Japon dévasté par la guerre.

Ce premier volume constitue un prologue à cette histoire familiale et nationale particulièrement horrible ; récit de ce qu’ont pu vivre les Japonais avant, pendant et après le largage de la bombe la plus tristement célèbre de l’histoire. Hiroshima n’est pas encore anéantie mais la vie y est déjà insoutenable. La faim tenaille les corps, le peu de nourriture produit est confisqué par les autorités pour le profit de ceux qui dirigent le pays ou pour distribuer des rations aux soldats. Les civils crèvent littéralement de faim et seuls ceux qui acceptent les préceptes de l’Empereur et les contraintes édictées par ses relais ont le droit de manger ce qu’ils veulent.

Gen d'Hiroshima tome 1 - Par Keiji Nakazawa - Le Tripode

Dans cette société soumise et embrigadée, le père de la famille Nakaoka détonne. Il refuse de se soumettre à la propagande militaire et guerrière d’une autocratie qui se meurt et qui pousse les jeunes jusqu’au sacrifice ultime : celui de piloter un avion et d’aller s’écraser sur l’ennemi.

Il refuse de se plier au racisme qui pousse à la haine de l’autre, notamment les Coréens. Alors, réfractaire aux exercices militaires, il est battu, humilié et torturé par la police. Mis au banc de la société, il est aussi isolé de ses voisins qui le considèrent comme le traitre du quartier et refusent de lui apporter l’aide nécessaire pour entretenir une famille, dont la mère en enceinte.

Véritable plaidoyer pacifiste, ce premier volume écrit à hauteur d’enfant est absolument génial et pose des questions sur ce que l’homme peut faire à l’homme. Dans cet univers, le jeune Gen et son frère trouvent toutes sortes d’astuces pour chercher une nourriture si précieuse et pour protéger le domicile familiale des bombardiers américains qui deviennent de plus en plus menaçants. Quant au grand frère, il préfèrera s’engager pour sauvegarder son honneur, celle de sa famille. Lui aussi connaitra violence et désillusion.

La fin de ce premier tome, on la connaît. Le 6 août 1945, le bombardier Enola Gay lâche sa bombe sur la ville dévastant les corps et les édifices. C’est sans aucun filtre que Keiji Nakazawa, qui a vécu lui-même toutes ces horreurs, décrit avec force les conséquences de ce terrible crime contre l’humanité. On referme ce premier tome sous le choc, mais avec l’envie et l’espoir que les survivants trouvent les moyens de surmonter la douleur qui brûle les corps et celle qui terrasse les esprit.

Le premier tome est violent, tout en restant pudique. "Il est devenu de plus en plus urgent de lire ce livre ...", clame Spiegelman dans sa préface. À l’heure des ruptures dans la société et de la montée des haines diverses, il est impossible de contredire l’auteur de Maus

Par Romain BLANDRE

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Code EAN : 9782370554703
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