Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Hiro Mashima (Fairy Tail) : « Créer une famille qui dépasse les liens de sang... » [INTERVIEW]

Par Malgorzata NATANEK Akira OIKAWA 12 juin 2026 
De passage aux Rendez-Vous de la Bande Dessinée d'Amiens pour célébrer les 20 ans de Fairy Tail, Hiro Mashima est revenu sur son processus créatif, ses inspirations et la place particulière qu'occupe la France dans son parcours. Il a également révélé en exclusivité que la mini-série célébrant le 20ème anniversaire de Fairy Tail sera consacrée à Laxus.

En complément de notre interview vidéo, que vous pouvez retrouver ci-dessous, nous vous proposons un condensé des échanges tenus lors de cette rencontre avec la presse. L'occasion de découvrir les réflexions, anecdotes et confidences d'un auteur qui, après plus de vingt ans de carrière, continue d'enchanter des lecteurs aux quatre coins du monde.

Hiro Mashima : Bonjour tout le monde, merci d’être venus si nombreux !

Vos mangas abordent des thèmes forts, comme l’amitié, le fait de choisir sa famille, de trouver sa place. Est-ce que c’est une décision consciente ?

Oui, car je n’ai pas d’amis dans la vraie vie. (rire) Avec mes histoires, je me crée des illusions d’amis. Si j’avais des amis, j’aimerais que ce soit une amitié comme dans mes mangas. Et je pense que ces thèmes sont restés universels. L’idée de se créer une famille qui dépasse les liens de sang est centrale dans mes œuvres et ça n’a pas changé depuis les années 2000.

Les univers de vos œuvres semblent souvent se rejoindre. Pourquoi ?

Je ne sais pas vraiment faire preuve d’une grande variété dans mes designs, donc quand j’en trouve un qui me plaît, je le garde longtemps. Mais je pense quand même que mon style graphique a pas mal évolué entre Rave Master et maintenant. Comme je dessine tous les jours, je pense que j’ai fait quelques progrès. Je pense qu’au début de ma première série, c’était presque du dessin d’enfant ! Même si ma scène préférée reste dans Rave, lorsqu’on découvre le vrai visage du squelette.

Hiro Mashima (Fairy Tail) : « Créer une famille qui dépasse les liens de sang... » [INTERVIEW]
Rave planche tome 1
© Hiro Mashima / Kodansha Ltd

Vous avez écrit et dessiné à la fois des longues histoires et des oneshots. Lesquelles préférez-vous dessiner ?

Je prends plus de plaisir à raconter des histoires longues. Quand l’histoire est courte, il faut être très concis. Quand elle est plus longue, je peux rajouter des nouvelles idées au fur et à mesure, ça me laisse plus de flexibilité. Par exemple, comme Fairy Tail était une longue histoire, je pense avoir suffisamment pu développer tous les personnages principaux. Après, en y repensant, j’aurais bien aimé développer un peu plus le boss final, Acnologia. Et si je devais changer quelque chose, c’est un détail, mais j’ai écrit Natsu pour qu’il ait le mal des transports. Du coup, je ne pouvais pas faire de scènes de bataille sur des bateaux ou sur des véhicules. Je pense que je changerais ça si je le pouvais.

Comment abordez-vous l’écriture d’un monde de fantasy ?

La fantasy, c’est ce qui se passe dans un autre monde que l’on ne connaît pas par définition. Alors, pour que les lecteurs puissent suivre mon récit, je fais en sorte de mettre l’accent sur les émotions des personnages. Dans notre monde, on ne connaît pas la magie, mais on connaît la colère ou la tristesse. Les émotions sont ce que les lecteurs peuvent comprendre le mieux.

Couverture du tome 63 de Fairy Tail
© Hiro MASHIMA / Kodansha Ltd.

Comment se déroule votre processus de création ?

Ça dépend entièrement des œuvres. Pour Rave Master, j’ai commencé par imaginer les personnages. Pour Fairy Tail, c’était l’univers qui m’est venu en premier, avec son système de magie et ses guildes. Dans le cas d’Edens Zero, je suis parti de la dimension SF, et j’ai improvisé chaque semaine, sans savoir la suite. Quand j’ai commencé Dead Rock, j’ai essayé de montrer mon côté plus sombre, et j’ai pu faire des choses que je n’avais pas pu faire avant.

D’ailleurs, ne faites pas comme moi, ne travaillez pas sur plusieurs séries en même temps, vous deviendrez fou. Je continue à le faire parce qu’on me le demande, mais c’est dur. Du mardi au vendredi, je travaille sur mes projets. Samedi et dimanche, je travaille sur les storyboards des autres œuvres. Et lundi, c’est la journée de réunion avec mes éditeurs. Mais j’insiste, ne faites pas ça.

Pour faire évoluer mes personnages, je les regarde individuellement, et je me demande ce qui serait le plus intéressant pour leur évolution. Par exemple, pour Gray et Juvia, ils commencent comme ennemis. Puis, au fur et à mesure, je me suis dit que ce serait intéressant de les faire tomber amoureux. Je prends toujours le chemin le plus intéressant. Après, je sais que beaucoup de lecteurs s’intéressent aux couples de mes histoires ! (rire) Je veux cependant être clair, je n’ai jamais changé la narration selon l’attente des lecteurs. Je suis content de lire vos avis, mais la décision finale est la mienne. Peut-être que c’est dû à la culture japonaise, mais je trouve que le build up jusqu’au couple est plus intéressant que le couple en lui-même.

Après, c’est facile pour moi de faire se mettre des personnages ensemble, ça dépend de mon humeur. Je ne pars jamais avec un plan précis en tête. Je ne planifie rien, tout se fait naturellement. C’est d’ailleurs un problème que j’ai eu avec Fairy Tail : 100 Years Quest car Fairy Tail était une publication hebdomadaire, alors que le spin-off est publié toutes les deux semaines. Je n’ai jamais pu m’habituer à ce rythme et, à chaque fois, j’oubliais tout ce qu’il s’était passé dans l’épisode précédent.

Planche Fairy Tail tome 39
© Hiro MASHIMA / Kodansha Ltd.

Vous faites du manga depuis maintenant plus de 20 ans. Quelles évolutions avez-vous remarqué dans l’industrie ?

Il n’y a pas une seule réponse. Ça évolue beaucoup selon les époques, je tâtonne. Pour le genre du shônen, par exemple, ça a beaucoup évolué. Certaines choses d’avant ne sont plus possibles aujourd’hui, et certaines choses qui étaient interdites avant sont devenues courantes. Je vois aussi que de plus en plus de protagonistes n’ont pas vraiment d’objectif grandiose. Ce n’est pas bon ou mauvais, ça correspond juste aux attentes des jeunes lecteurs.

Je pense aussi aux changements dans l’industrie autour du manga. Moi, j’ai beaucoup de chance car je contrôle le manga original, et je peux donner mon avis créatif sur l’anime, mais je sais que les auteurs plus jeunes ont des difficultés. Beaucoup pensent que les auteurs aiment voir leur œuvres adaptées en anime mais ce n’est pas toujours le cas. Je recommande souvent aux auteurs de considérer l’anime comme une pub. Je pense même que l’anime de Fairy Tail n’était pas top à ses débuts. Mais si ça encourage le public à acheter le livre, c’est bon pour moi. Il faut regarder l’anime comme une porte d’entrée vers le manga. Pour tout ce qui est produits dérivés, c’est beaucoup plus facile, je dis simplement oui ou non. Je vous promets d’ailleurs que, pour tout ce qui est « made in France », je dis toujours oui !

Après, le plus dur, c’est de trouver un équilibre entre art et business. L’art, c’est une expression personnelle. Mais quand le business entre en jeu, c’est plus délicat. On ne peut pas toujours faire ce qu’on veut.

Planche Fairy Tail tome 28
© Hiro MASHIMA / Kodansha Ltd.

Quelles sont vos inspirations lorsque vous créez ?

Quand j’étais enfant, je lisais beaucoup Dragon Ball. Encore aujourd’hui, j’aspire à être comme Toriyama sensei. Sinon, côté français, j’aime beaucoup Blacksad. Le personnage de Panther Lily, par exemple, est un hommage direct à Blacksad. Je me suis même excusé auprès des auteurs Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido pour avoir copié leur œuvre !

Même chose pour le personnage de Juvia, je me suis inspiré de Galaxy Express 999. Au début, je ne pensais pas que Juvia serait aussi importante, je l’ai d’ailleurs pas mal changée au fur et à mesure de l’histoire. Sinon, je m’inspire beaucoup de ma vie quotidienne : les mangas que je lis, les jeux vidéo auxquels je joue, les conversations que j’ai au quotidien. J’aime par exemple beaucoup Les Misérables, je voudrais être comme Jean Valjean.

Couverture Galaxy Express 999
GINGA TETSUDO 999 © 1997-1998 LEIJI MATSUMOTO

Pensez-vous que la France a joué un rôle dans le succès de Fairy Tail, et comment voyez-vous l’industrie du manga français ?

Oui, absolument. Merci à mes lecteurs français, d’ailleurs ! C’est grâce au succès de Fairy Tail en France que j’ai pu développer ma confiance en moi et réaliser que j’avais des fans à l’international. Mes voyages en France sont mes meilleurs souvenirs de carrière. Je pense beaucoup à l’international lorsque j’écris. Par exemple, je fais en sorte d’éviter des jeux de mots propres au japonais parce que c’est difficile à traduire.

Après, il existe d’autres auteurs qui ne visent pas l’international et qui marchent quand même. Je pense aussi que l’industrie du manga français a beaucoup de potentiel, sans même parler de la BD franco-belge. Il y a aujourd’hui d’auteurs de manga en France qui sont au même niveau que les artistes japonais. Comme le marché ici est plus petit, c’est plus difficile de se faire une place, mais j’aimerais quand même que ces œuvres soient plus présentes au Japon.

Quelle est la suite pour vous ?

Je prépare une nouvelle série qui sera publiée dans le Shônen Magazine. Sinon, il y aura une nouvelle série pour fêter les 20 ans de Fairy Tail, qui sera axée sur le personnage de Laxus. Ce sera super, ayez hâte !

Par Malgorzata NATANEK Akira OIKAWA

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9791043311390

L’exposition est encore ouverte lors des deux derniers week-end des Rendez-vous de la Bande Dessinée d’Amiens les 13, 14, 20 & 21 juin 2026

Fairy Tail Pika ✏️ Hiro Mashima France Japon Amiens Festival Rendez-Vous de la BD d’Amiens
 
Participez à la discussion
1 Message :
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Malgorzata NATANEKAkira OIKAWA  
A LIRE AUSSI  
Interviews