- Qu’est ce que ça vous fait d’être le Grand Boum 2025 ?
– Marie : Je ne sais pas si je dois le dire, mais je n’arrive pas à réaliser. J’ai l’impression que ce n’est pas mérité.
– Sébastien : Mais ça c’est le syndrome de l’imposteur à 200 % qu’on se traîne et dont beaucoup d’auteurs doivent apprendre à vivre avec.
– M : Évidemment, ça me touche beaucoup, d’autant plus que c’est Dominique Bertail qui nous l’a annoncé, on se connaît et s’apprécie depuis longtemps.
– S : On a pas trop réalisé parce que c’est notre première fois à Blois et le festival est dédié au Grand Boum.
– M : Mais là, en venant, on se rend compte de l’importance, de l’ampleur de l’expo, des affiches partout c’est impressionnant. On ne veut pas décevoir, donc moi je veux faire une belle affiche... Mais c’est touchant d’être reconnu par la profession. Franchement, pendant très longtemps, je pensais, comme on travaillait en dehors, que moi je sortais très peu en festivals, je pensais qu’on ne faisait pas partie de ce monde. Quand on a eu le prix de l’affiche à Saint-Malo, c’était comme si on m’autorisait à faire ce métier. C’est comme si on me disait mais tu as le droit, en fait...
– S : Après vingt ans de métier (rire)
– M : Non, mais ça me touche que ce soit des auteurs confirmés dont on admire le travail qui nous aient choisis. La reconnaissance de la profession, comme on a pas de machine à café dans notre métier, on n’a pas l’occasion de se retrouver et parler des uns et des autres. Et c’est un sacré encouragement de recevoir ce prix.
- Il existe une forme de mystère autour du fonctionnement de votre duo pour le grand public sur le partage du travail ?
– S : Chez nous deux on a aussi l’impression d’être qu’un demi-auteur en quelque sorte. En étant qu’une partie des Kerascöet on à l’impression d’être rien sans l’autre. En plus, à chaque album on change, on revient à zéro et on efface tout, on tente autre chose pour se mettre au service du récit.
– M : On avait l’impression de pas être identifiés, j’avais l’impression à chaque fois prendre des chemins différents et de perdre tout le monde. Enfin, nous on fait nos albums dans notre coin. Et d’un coup on nous dit : "si vous êtes identifiés, vous êtes importants... C’est très touchant."
- Ce prix vient couronner l’ensemble de votre carrière, donc une œuvre. Il y a « une patte Kerascöet ».
– S : Quand on parle de style, souvent on me demandait de trouver mon propre style. Or, pour moi, un style c’est un bilan. On a fait des albums variés mais c’est uniquement lorsqu’on a fait notre Artbook, qu’on s’est dit là, ça fait quinze ans qu’on part dans tous les sens, ça n’a aucune cohérence.
Pourtant quelqu’un nous propose de faire un artbook. On s’est dit : "c’est cool, on va pouvoir faire un point." On a rassemblé plein plein de choses qui n’avaient rien à voir et on s’est rendu compte que quand même on se retrouvait dans chaque image et que c’était quand même cohérent. La somme de tout ce qu’on a fait, c’est devenu notre style sans pour autant avoir cherché à forcément creuser un sillon précis.
- M : On le disait, on est en exploration constante pour se mettre au service du livre. C’est important que le livre ait son identité.
– S : De relier le fond et la forme.
– M : C’est une gymnastique que l’on exerce, en fait. Par exemple là, Foudroyant, pour moi, la couleur numérique s’y prête. Quand on fait de l’aquarelle, on se fait plaisir, mais c’est moins lisible, moins net. Là, il faut que tout soit limpide et fluide à lire,
– S : Un peu pop aussi, un peu charmant en même temps, on a même l’idée de faire des albums de Foudroyant en bichromie, au lavis.
– M : On aime le décalage. On l’a beaucoup fait avec Hubert, de ne pas simplement illustrer l’action mais de dire beaucoup avec le dessin, qu’on soit avec les personnages, qu’on comprenne ce qu’ils ressentent.
Par Kelian NGUYEN
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion