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Magica : les petites sorcières d’Oxymore montent au front

Par Milan MORALES 13 juin 2026 
Deux nouvelles petites sorcières déboulent chez Oxymore au pire comme au meilleur moment. « Miao Miao Magic School » et « Bribiss » ouvrent la collection jeunesse magique de l’éditeur… au moment même où la maison sort meurtrie, mais debout, d’un bras de fer juridique avec Delcourt.

Avec Magica, Oxymore pose un label explicite pour sa ligne jeunesse centrée sur la magie, les écoles de sorciers et les sous-bois enchantés. Dans les plannings de mai–juin 2026, la collection est clairement identifiée comme un segment « Jeunesse », avec des albums de 56 pages en couleur visant les 8-12 ans.

Magica : les petites sorcières d'Oxymore montent au front

« Miao Miao Magic School » et « Bribiss – Les Petites Sorcières de la forêt » arrivent en éclaireurs : deux titres mis en avant comme premiers porte-étendards de Magica, avec une promesse commune de comédie fantastique et de sorcellerie accessible.
Magica devient ainsi le nouveau visage « mignon et magique » d’un éditeur jusque-là surtout connu pour sa Fantasy adulte.

« Miao Miao Magic School » : des ronrons au tableau noir

Sur le papier, « Miao Miao Magic School » a tout du high concept calibré pour l’album jeunesse contemporain : une petite sorcière, maîtresse Miao Miao, donne des cours de rattrapage à une classe d’élèves… poilus. Chats, créatures félines et bestioles à moustaches viennent y apprendre à canaliser leurs pouvoirs magiques dans une ambiance de salle de classe qui multiplie les gags et les situations de bazar organisé.

Ce premier tome présente les différents personnages, avec un beau focus sur la figure centrale, maîtresse Miao Miao, véritable pivot comique et affectif du récit. Sorcière bienveillante mais débordée, elle doit jongler avec des élèves indisciplinés, des sortilèges qui tournent de travers et le quotidien d’une école où la normalité est à des lieues du nôtre.
Graphiquement, le duo Guillaume Bianco / Miss Paty propose un univers rond, très coloré, directement lisible, avec un trait qui évoque autant le cartoon TV que certaines influences manga kawaii.

Le format 56 pages permet d’enchaîner saynètes, petites aventures de classe et moments plus tendres, sans jamais perdre le jeune lecteur dans une intrigue trop épaisse.

« Bribiss » : les petites sorcières du sous-bois

Face à l’école de Miao Miao, « Bribiss – Les Petites Sorcières de la forêt » joue la carte du conte sylvestre.

L’action « dans le sous-bois d’une forêt », où un groupe de petites sorcières "les Bribiss" vit au contact direct de la nature, de ses esprits et de ses dangers. On quitte la salle de classe pour une magie plus organique, faites de clairières, de sortilèges du quotidien et de solidarités entre apprenties.

Katja Centomo et Martina Naldi orchestrent eux un récit qui allie la douceur d’un album jeunesse classique avec les codes du manga « sorcière », sans verser dans le kawaii intégral.

L’édition cartonnée, en couleurs, vise le même lectorat que Miao Miao, mais avec une tonalité légèrement plus contemplative : le cœur de la série tourne autour de l’amitié, de la découverte de la forêt et de petits enjeux émotionnels tout en parvenant à bien rester sur son cœur de cible.

Magica, un repositionnement stratégique après le procès

Que ces deux titres portent explicitement la mention « Magica (Jeunesse) » dans les plannings de mai–juin 2026 n’est pas anodin. L’éditeur Oxymore sort à peine d’une décision de justice qui annule les dépôts de marques « Métamorphose » et « Noctambule », rendant leur exploitation illégale pour l’éditeur et l’obligeant à abandonner ces labels au cœur de la discorde avec Delcourt. Pour rappel, "Livres Hebdo" évoquait dès 2023 « la difficile transmission de flambeau » entre Delcourt et Oxymore : les éditrices Clotilde Vu et Barbara Canepa, ex-directrices de collections chez Soleil, aujourd’hui propriété de Delcourt, entendaient poursuivre chez Oxymore l’exploitation des noms et logos de « Métamorphose » et « Noctambule », ce à quoi l’éditeur parisien s’est opposé avec succès. [1] L’annulation des marques en 2026 scelle ce bras de fer et oblige l’éditeur à se réinventer en matière de signalétique de collection.

Dans ce contexte, Magica apparaît comme l’un des nouveaux piliers d’identité d’Oxymore : un label-maison, juridiquement sûr. Là où les collections "Métamorphose" et "Noctambule" évoquaient des imaginaires gothiques et oniriques plutôt adultes, "Magica" revendique au contraire un territoire jeunesse clair, lisible et immédiatement compréhensible pour les libraires comme pour le public.

Une maison qui mise sur ses sorcières

En dépit de ces péripéties, le programme de sorties 2025–2026 montre qu’Oxymore n’a pas levé le pied : les nouveautés de Fantasy adulte côtoient désormais une offensive plus marquée sur la jeunesse, dont Magica est la vitrine. En confiant « Miao Miao Magic School  » à un duo expérimenté comme Guillaume Bianco / Miss Paty, et « Bribiss » à une équipe italienne rompue à la BD jeunesse, l’éditeur affiche clairement sa volonté de tourner la page, et rebondir en sécurisant ce segment avec des signatures solides.

On peut lire ces deux lancements comme une réponse en actes au procès : plutôt que s’accrocher aux labels perdus, Oxymore construit une nouvelle collection recouvrant des séries douces, généreuses, susceptibles de créer un lien affectif avec une nouvelle génération de lecteurs.

Que valent ces deux premiers tomes, au fond ?

Pris individuellement, « Miao Miao Magic School – Leçons de ronrons  » est sans doute le plus immédiatement séduisant : personnage-titre fort, concept limpide, humour premier degré, graphisme rond et très maîtrisé, parfait pour des lecteurs qui sortent des albums jeunesse pour entrer en BD « de grand ». On peut lui reprocher de ne pas bousculer les codes, mais il coche presque toutes les cases de la bonne BD de récré : facilement recommandable, facilement partageable, et avec un potentiel pour les produits dérivés évident.

« Bribiss – Les Petites Sorcières de la forêt » joue d’un autre registre, plus atmosphérique, et pourrait devenir la série chouchou d’un lectorat qui préfère les ambiances feutrées. Ce premier tome semble surtout poser le décor et le groupe, au risque de laisser les lecteurs les plus gourmands sur leur faim, mais il offre une alternative bienvenue : derrière le label Magica, tous les grimoires ne se ressemblent pas...

Par Milan MORALES

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Code EAN : 9782385611545
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