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Entre Seine et Loire, la semaine de Taiwan

Par Kamille KATZ 17 novembre 2025 
Une exposition à BD Boum, un mercredi d’échanges au Quai Branly, les bandes dessinées de Taiwan franchissent une étape supplémentaire dans leur parcours de reconnaissance. Le patient travail de rapprochement culturel entre la France et le territoire sous pression porte ses fruits.

Si vous cherchez les bandes dessinées d’Asie à Paris cette semaine, vous trouverez rive droite, les mangas japonais au Musée Guimet et rive gauche, les manhuas taiwanais au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac. « Quoi ? Ça existe la BD taiwanaise ? », dans un reportage en 2018 nous posions cette question avec un certain amusement. À l’époque, ces œuvres traduites en français se comptaient presque sur les doigts d’une main. Aujourd’hui, entre mangas et romans graphiques, elles sont nombreuses, publiées par des majors ou des éditeurs indés. On peut citer rapidement chez Kana Console, 2073 par Ding Pao-Yen, les quatre volumes de Fils de Taïwan de Yu Pei-Yun et Zhou Jian-Xin, lauréats du Prix Émile Guimet de littérature asiatique, The Witch & The Bull par Moonsia Chez Albin Michel, L’Assaisonnement du bonheur par Ruan Guang-min chez Asian District, Ichtyophobia par Li-Lung Chieh chez Nazca …

Entre Seine et Loire, la semaine de Taiwan
Illustration du foisonnement des Bubbles de Taiwan

Cette foison de publications permet de mieux comprendre une identité culturelle variée, sous influences simultanées aborigènes, portugaises, japonaises, chinoises, hollandaises, américaines,... Car en trois milles ans d’Histoire, différentes populations se sont installées par strates sur l’île. Et s’il est possible aujourd’hui de vibrer sur ces variations graphiques, après plusieurs années d’échanges intercontinentaux entre l’Europe et Taiwan. Ce qu’on appelle « softpower » représente un besoin vital pour cette île de facto indépendante, une des nations les plus démocratiques du sud-est asiatique, mais dont l’indépendance vis-à-vis de la Chine est un des nœuds de tension en géopolitique contemporaine.

La plus récente publication de Li-Chin Lin un pied sur chaque pays @ Li-Chin Lin / Éd. Ça et Là

Le rapprochement entre deux pôles du 9e art s’est d’abord engagé par des initiatives individuelles comme celle de l’autrice taiwanaise résidente en France Li-Chin Lin qui publie en 2011 le roman autobiographique Formose et tisse des liens avec ses confrères de l’Île. Puis est arrivé le soutien des structures officielles comme le Centre culturel de Taiwan à Paris, l’agence TAICCA pour l’exportation de la culture, l’association Books from Taiwan,.... Parmi les actions annuelles les plus spectaculaires, on observe la présence d’un important pavillon taiwanais au FIBD et l’accueil chaque année d’artistes en résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême d’une part et à la Maison de la bande dessinée de Blois d’autre part.

C’est justement au Festival BDBoum de Blois que ce partenariat est célébré cette semaine. Alors que l’esprit de résistance de Madeleine Riffaud sera à l’honneur par la présidence de Dominique Bertail, un autre esprit de résistance habite la bibliothèque de l’Abbé Grégoire avec l’exposition Taiwan, Charmant ! consacrée à la dizaine d’autrices et d’auteurs déjà accueillis en bord de Loire. On y découvre aussi bien l’imaginaire fantastique d’Evergreen Yeh, les visions urbaines de Pei-Hsui Chen, le trait sensible proche de la gravure d’Adoor Yeh ou le regard critique sur l’actualité de Stellina Chen, dessinatrice qui a profité de son séjour à Blois en 2021 pour adhérer à l’association Cartooning for Peace et dont les dessins de presse sont maintenant régulièrement en une du Monde. Enfin, ce sera le moment de découvrir le travail de Nepeta Liu, jeune autrice encore inédite en français, commençant sa résidence blaisoise avec cet événement.

L’illustration d’Evergreen Yeh pour le journal de la Ville de Blois reprise par le Musée du Quai Branly pour sa communication @ Evergreen Yeh

Du côté de Paris, au Musée du Quai Branly Jacques-Chirac dédié aux cultures extra-européennes, on s’intéresse également au phénomène. En effet, le bâtiment sur pilotis conçu par Jean Nouvel accueille à partir de mardi 18 novembre Dragons ou se déploie 5000 ans d’imaginaire fantastique asiatique.

Cette exposition est conçue directement par le Palais de Taipei, équivalent du Louvre à Taiwan. Or, le musée du Quai Branly revendique sa bédéphilie par son Salon de lecture Jacques Kerchache, dont la quasi-totalité des volumes à disposition du public sont des ouvrages graphiques. Les actualités blaisoise et parisienne se rejoignent dans cet espace le mercredi 19 novembre 2025 par un après-midi entièrement dédié au 9e art de Formose. Le programme s’ouvre à 15h30 par une présentation historique avec Jean Chen, commissaire de l’exposition « Taiwan, Charmant ! » ActuaBD sera présent, en effet, grâce à cette même Jean Chen nous avons pu rencontrer cet été une figure populaire de l’ïle, le vétéran Liu Xing-Chin âgé de 92 ans. Suit une table ronde à 17h00 « le Rêve urbain et la réalité des imaginaires » où Pei-Hsiu Chen -autrice de Somnolences chez Actes Sud- et Evergreen Yeh -Lost Gods chez Patayo- dialogueront non seulement avec le public, mais aussi avec leur traductrice Li-Chin Lin, l’autrice architecte du pont culturel entre l’Europe et Taiwan. La rencontre se prolongera par la traditionnelle séance de dédicace avec les trois artistes présents.

Si les bandes dessinées sont des révélateurs de sociétés et de cultures, celles de Taiwan représentent un cas d’école pour mieux comprendre un territoire ô combien complexe, ces événements annoncent également de bons moments d’échange. Quoi de plus bien naturels pour un pays mondialement connu pour son bubble Tea.

Voir en ligne : L’Événement au Quai Branly

Par Kamille KATZ

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Code EAN : 9782505115861
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