Hitman Vol. 2 - Par Garth Ennis & John McCrea - Urban Comics

Par Marc VANDERMEER Excellent 11 octobre 2024 
Encore plus dérangé que lors du 1er acte, ce second pavé pas loin de 500 pages régale par la folie qui en émerge. Garth Ennis déploie l'étendue de son savoir à captiver le lecteur par son récital au second degré, le tout façonné par l'excellent travail graphique de John McCrea. Un régal !

Cette seconde brique de Hitman se veut être un mélange subtil, se référant notamment aux westerns spaghetti ainsi qu’aux beaux jours du cinéma « Made in Honk Kong » (Cinéma HK) avec ses maffieux qui tirent à tout-va. D’un côté Clint Eastwood et de l’autre Chow Yun Fat, lors de ses heures de gloire exerçant au cotés de John Woo ou Ringo Lam.

Garth Ennis jubile, déployant au travers du 1er récit intitulé "Pour un cercueil de dollars" son admiration pour des ténors tels que Sergio Leone, Klaus Kinski et bien entendu l’incontournable Eastwood. Et comme pour tout bon western qui se respecte, nous avons droit à des gentils (pas si tendres que cela), des méchants et pour l’heure un certain Louis Santiago, qui gère d’une main de terreur le patelin de Tiburon. Pour couronner le tout, un cercueil datant du 19ème siècle renferme un magot de plusieurs millions en espèce, rappelant indéniablement « La Trilogie du Dollar ». Mais la grande force narrative de Garth Ennis repose sur son habileté à nous ensorceler par son style propre à lui avec la férocité des années quatre-vingt-dix.

Un melting-pot indéniable, où les protagonistes fiévreux se reluquent longuement avant de presser la détente ou tout au contraire, ces mêmes faciès patibulaires qui vident leurs chargeurs à la chaines. Quoi qu’il en soit, le lecteur aura de quoi faire avec cet éventail d’action tonitruant et de grabuge assuré.

Hitman Vol. 2 - Par Garth Ennis & John McCrea - Urban Comics
©John McCrea / Urban Comics

Tout comme pour Punisher ou Hellblazer, le haut standing de dialogues pince-sans-rire se veut juste bluffant. Du second degré bien cynique qui plaira sans nul doute aux amateurs d’échanges verbaux édulcorés.

Les autres chapitres quant à eux nous baladent vers un autre contexte, loin du sable et des coyotes, en plein cœur de ruelles peu fréquentables, parsemées d’autres brigands et dealers locaux. L’agencement du chapitre « Embrasse-moi » vaut agréablement le détour par sa construction loufoque : Tommy Monaghan (Hitman) prend du bon temps chez une jeune femme, paniquée par l’arrivée de ses parents, qui le pousse sur la corniche de l’escalier de secours pour un certains temps. Dans la pure veine de Garth Ennis, la suite nous offre un Tommy Monaghan s’écroulant contre la façade externe d’un autre immeuble, où sont réunis deux gangs en pleine négociation d’un deal de coke. Bref, si vous affectionnez le genre Hard Boiled & Pulp, vous ne pourrez être déçus !

De l’humour noir, une tendance à la démesure et des exploits olympiques pour se tirer d’affaires, Garth Ennis n’y va pas par le dos de la cuillère pour éviter le pire à son héros. Pour son récit « Qui ose, gagne », l’ennemi porte divers visages constituant un danger permanent. Des soldats des forces spéciales ayant pour contrat d’en découdre avec Monaghan ainsi qu’avec le Parrain Don Ferretti, peu enclin à vouloir la paix suite au meurtre de Lefty Lugano des mains de Hitman. Ce scénario insolite constitué de cinq chapitres se veut à lui seul impérial en matière de carnage. Les langues se délient, les règlements de compte s’empilent et le verdict conduira nombre de ces figurants vers l’au-delà.

Pour le récit « Tommy et ses braves », on change radicalement de décor une fois encore. Direction l’état de Tynanda pour en découdre avec des gangs trafiquants d’opium. Des rebelles y mènent des raids depuis des mois, c’est pourquoi Monaghan ainsi que d’autres férus de la gâchette vont participer à cette petite fête. L’occasion d’observer les talents de Monoghan à bord d’un char d’assaut, dégommant toutes le têtes qui ne lui reviennent pas ...

Le tueur à gages Tommy Monaghan n’est d’ailleurs entouré qu’exclusivement d’autres tueurs, comme c’est le cas de Ringo Chen, Hacken le gamer ou Natt Le Galure tenaillé par les guerres de clans prenant part à Detroit. Sans particulièrement lui faire de l’ombre, ces figures secondaires jouent également leur rôle comme il se doit, avec panache, sans la moindre réserve d’état d’âme.

Enfin, la fin d’album part dans tous les sens possibles et imaginables : téléporté par une machine à explorer le temps, Hitman se confronte à des personnages aussi loufoques que perturbés. Ayant eu notions de ces exploits sur Terre, ils l’invitent contre son gré à leur venir en aide dans un futur de 80000 années lumières.

« Les archives de Hitman » qui clôturent cette brique de 500 pages mèneront le lecteur au royaume des Enfers avec une autre pointure de taille, à savoir The Demon, personnage initialement créé par Jack Kirby. On quitte le milieu mafieux pour faire face aux forces démoniaques, tout en conservant cet humour désopilant. Le duo Tommy Monaghan & Etrigan le démon font des étincelles !

Comme pour le premier opus, la touche graphique de John McCrea régale par sa justesse, dû moins pour une trame si abracadabrante. Bien que s’agençant au second degré, l’ultra-violence qui en émerge s’ordonne avec un certain réalisme, si bien que par moment on a presque l’impression, en tant que lecteur, de visualiser dans notre salon les balles perdues qui ricochent entre voutes et paliers. On peut franchement avouer que les auteurs ont misé le paquet quant à nous déployer tout un arsenal de guerre, comme rarement un Comics n’en est pourvu.

Les scènes d’action n’ont rien à envier sur personne tellement le résultat parle pour lui-même. On ne dénombre plus la quantité de personnages secondaires sans la moindre confusion pour les distinguer. Le trait nerveux et dynamique de John McCrea vaut son pesant d’or, il va sans dire ! Il suffit de constater les lunettes noires de Tommy Monaghan pour s’en faire une idée : celles-ci se distinguent et émergent sur chaque planche, à l’instar du premier plat de couverture, clope au bec, lunettes profondément ancrées sur le faciès de son héros pas vraiment comme tout le monde.

©John McCrea / Urban Comics

Par Marc VANDERMEER

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Code EAN : 9791026826385
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