Galapagos - Par Michaël Olbrechts - La Boîte à bulles

Par Christian GRANGE Excellent 4 décembre 2024 
Une des îles de l’archipel des Galapagos acquit une forte notoriété dans les années 1930. Pourquoi ? Grâce à un couple d’Allemands, le médecin Frederich Ritter, obnubilé par Nietzsche et sa patiente et amante, Dore Strauch. Michaël Olbrecht nous propose l’histoire méconnue et véridique - bien que conservant une partie de son mystère- de ce couple débarquant en 1929, après deux mois en mer, sur l’île inhabitée de Floreana, qui se révèlera très loin d’être un paradis. Récit riche en émotions et en questionnements fondamentaux sur l’homme et la vie en société, lorgnant d’abord du côté de l’aventure puis de celui du récit policier, "Galapagos" est un album hautement recommandable.

Au couple initial, se joignent Heinz et Margret Wittmer, sur le point d’accoucher, puis une certaine baronne et ses deux amants, Rudolf Lorenz et Robert Phillipson.

« Ce n’est pas pour rien que tous les gens préfèrent rester dans le troupeau. Ils ont trop peur de voler de leurs propres ailes. Ils sont trop faibles pour provoquer leur chance. Ce sont des suiveurs. » (page 11) Le rêve d’une vie idéale, loin des maux de la civilisation, de Frederich et Dore, va rapidement se heurter aux réalités de la vie de Robinson volontaire et des relations avec leurs voisins.

Galapagos - Par Michaël Olbrechts - La Boîte à bulles
Fuir le passé et Berlin : démarrer une nouvelle vie dans un paradis terrestre ?
© Michaël Olbrechts - La Boîte à bulles - 2024

L’île n’est pas un paradis pour des êtres humains. Il faut bâtir un camp, marcher pendant des heures, cultiver la terre, supporter la sécheresse. « Vivre c’est souffrir disait Nietzsche. Ta maladie, Dore, tu ne peux la dominer que si tu y crois. Alors tu pourras te surpasser. » (page 13)

Et surtout, l’île déserte se peuple. Si le couple Wittmer, fuyant l’Allemagne en 1931, ont cru à l’histoire des « Adam et Eve de Floreana » décrite par les journaux, la baronne Héloise Werhorn de Wagner-Bosquet ne partage pas cette utopie d’un retour à la nature. Sa volonté de prendre le contrôle de l’île et d’y construire un palace, l’Hacienda Paradisio, qui va détruire la fragile coexistence qui s’était instaurée entre les premiers habitants de Floreana.

Le début des ennuis
© Michaël Olbrechts - La Boîte à bulles - 2024

D’autant que son caractère suscite de fortes tension : ainsi, elle pointe son pistolet sur les uns et les autres et se baigne dans la source d’eau potable de l’île qu’elle souhaite privatiser pour son hôtel. Son comportement apparaît également scandaleux : elle arrive avec ses deux amants en ayant fuit son mari qu‘elle avait rencontré à Constantinople, en 1925, en dansant à moitié dévêtue ; fume ; considère que le Dr Ritter constituera une excellente attraction pour son palace ; s’autoproclame impératrice de l’île…

Le médecin, traumatisé par la Première guerre mondiale, imagine devenir un surhomme (« Ubermensch »). Son intransigeance, sa peur des armes, sa misanthropie s’accompagneront pourtant de volte-faces inattendues. C’est l’un des aspects intéressant de la BD, de ses personnages (et de ses modèles) : lorsque l’utopie politique, sociale ou/et philosophique se fracasse sur la réalité.

Relations tendues entre le Dr Ritter et les nouveaux arrivants, le couple Wittmer
© Michaël Olbrechts - La Boîte à bulles - 2024

Historiquement, l’affaire des Galapagos débute en mars 1934 avec la mystérieuse disparition de la baronne et de l’un de ses amants. Sont-ils partis pour Tahiti ? Ont-ils été assassinés ? Ou se sont-ils suicidés ? Le second amant sera découvert momifié sur l’ile Marchena. Que s’est-il passé ? Pourquoi et comment s’est-il échoué sur cette île au nord de Floreana ? La BD présente les différents témoignages/ opinions recueillis par le capitaine du bateau assurant le ravitaillement.

Rencontre avec la future impératrice de l’île
© Michaël Olbrechts - La Boîte à bulles - 2024

On notera d’ailleurs une scène d’ouverture saisissante et une postface dessinée opérant un bond de 46 ans en avant. Entre les deux, le roman graphique suit une trame chronologique et géographique.

Avec des personnages complexes, des paysages naturels touristiques mis en valeur par le dessin de l’auteur, des faits authentiques conservant leurs mystère, Galapagos a d’abord été publié en flamand. L’éditeur La Boîte à bulles indique que la BD a reçu le Prix de la bande dessinée Fnac 2024 en Flandre.Porté par ses personnages, l’album retient l’attention de ses lecteurs, par la tension qui s’installe dans les relations entre les protagonistes et les rebondissements tragiques : disparitions, empoisonnement, mort de déshydratation...
Une indéniable réussite.

Par Christian GRANGE

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Code EAN : 9782849535202

Galapagos : 178 pages, 27 euros
Scénario, dessin et couleurs : Michaël Olbrechts
Dépot légal : 10/2024

Pictavita ✏️ Michaël Olbrechts à partir de 13 ans Aventure Histoire docu-fiction
 
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5 Messages :
  • C’est de pire en pire le lettrage en BD, il n’y a donc pas d’éditeur qui supervise tout ça ?

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    • Répondu le 10 décembre 2024 à  00:51 :

      Ce n’est pas du lettrage, c’est de la typographie.

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      • Répondu par Auteur le 10 décembre 2024 à  18:42 :

        C’est malheureusement quasi tout le temps le cas aujourd’hui, même avec du pseudo lettrage manuel mais informatisé, c’est de la typographie.
        Le travail de la lettre en bd est pourtant un art à part entière.

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        • Répondu le 11 décembre 2024 à  11:16 :

          Les rémunérations sont trop faibles pour peaufiner le lettrage à la main. De plus en plus de dessinateurs et dessinatrices achètent un iPad, car dessiner à la main sur papier est trop lent et plus du tout rentable.

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          • Répondu par Auteur le 14 décembre 2024 à  22:04 :

            Excuse à deux balles, ce n’est pas plus rapide à la tablette qu’à la main sur papier, c’est juste qu’ils ne savent pas écrire. Et si les rémunérations sont trop faibles, comment ont-ils les moyens d’acheter du matériel informatique hors de prix et des logiciels tout aussi cher ? Papier crayon ça coûte bien moins cher (et on peut vendre les originaux).

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