Excellent
4 décembre 2024
Au couple initial, se joignent Heinz et Margret Wittmer, sur le point d’accoucher, puis une certaine baronne et ses deux amants, Rudolf Lorenz et Robert Phillipson.
« Ce n’est pas pour rien que tous les gens préfèrent rester dans le troupeau. Ils ont trop peur de voler de leurs propres ailes. Ils sont trop faibles pour provoquer leur chance. Ce sont des suiveurs. » (page 11) Le rêve d’une vie idéale, loin des maux de la civilisation, de Frederich et Dore, va rapidement se heurter aux réalités de la vie de Robinson volontaire et des relations avec leurs voisins.
L’île n’est pas un paradis pour des êtres humains. Il faut bâtir un camp, marcher pendant des heures, cultiver la terre, supporter la sécheresse. « Vivre c’est souffrir disait Nietzsche. Ta maladie, Dore, tu ne peux la dominer que si tu y crois. Alors tu pourras te surpasser. » (page 13)
Et surtout, l’île déserte se peuple. Si le couple Wittmer, fuyant l’Allemagne en 1931, ont cru à l’histoire des « Adam et Eve de Floreana » décrite par les journaux, la baronne Héloise Werhorn de Wagner-Bosquet ne partage pas cette utopie d’un retour à la nature. Sa volonté de prendre le contrôle de l’île et d’y construire un palace, l’Hacienda Paradisio, qui va détruire la fragile coexistence qui s’était instaurée entre les premiers habitants de Floreana.
D’autant que son caractère suscite de fortes tension : ainsi, elle pointe son pistolet sur les uns et les autres et se baigne dans la source d’eau potable de l’île qu’elle souhaite privatiser pour son hôtel. Son comportement apparaît également scandaleux : elle arrive avec ses deux amants en ayant fuit son mari qu‘elle avait rencontré à Constantinople, en 1925, en dansant à moitié dévêtue ; fume ; considère que le Dr Ritter constituera une excellente attraction pour son palace ; s’autoproclame impératrice de l’île…
Le médecin, traumatisé par la Première guerre mondiale, imagine devenir un surhomme (« Ubermensch »). Son intransigeance, sa peur des armes, sa misanthropie s’accompagneront pourtant de volte-faces inattendues. C’est l’un des aspects intéressant de la BD, de ses personnages (et de ses modèles) : lorsque l’utopie politique, sociale ou/et philosophique se fracasse sur la réalité.
Historiquement, l’affaire des Galapagos débute en mars 1934 avec la mystérieuse disparition de la baronne et de l’un de ses amants. Sont-ils partis pour Tahiti ? Ont-ils été assassinés ? Ou se sont-ils suicidés ? Le second amant sera découvert momifié sur l’ile Marchena. Que s’est-il passé ? Pourquoi et comment s’est-il échoué sur cette île au nord de Floreana ? La BD présente les différents témoignages/ opinions recueillis par le capitaine du bateau assurant le ravitaillement.
On notera d’ailleurs une scène d’ouverture saisissante et une postface dessinée opérant un bond de 46 ans en avant. Entre les deux, le roman graphique suit une trame chronologique et géographique.
Avec des personnages complexes, des paysages naturels touristiques mis en valeur par le dessin de l’auteur, des faits authentiques conservant leurs mystère, Galapagos a d’abord été publié en flamand. L’éditeur La Boîte à bulles indique que la BD a reçu le Prix de la bande dessinée Fnac 2024 en Flandre.Porté par ses personnages, l’album retient l’attention de ses lecteurs, par la tension qui s’installe dans les relations entre les protagonistes et les rebondissements tragiques : disparitions, empoisonnement, mort de déshydratation...
Une indéniable réussite.
Par Christian GRANGE
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Galapagos : 178 pages, 27 euros
Scénario, dessin et couleurs : Michaël Olbrechts
Dépot légal : 10/2024
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