Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Favori de la rédaction
10 août 2026
Canon est une jeune femme cuistot qui oscille entre le rythme intense qu’exige son travail, son début d’histoire d’amour avec la nouvelle serveuse, son grand-père sur lequel elle veille et sa relation avec sa meilleure amie Trish qui se dégrade peu à peu. C’est au milieu de cet amas que la jeune femme tente de trouver sa place. Elle qui se sent définitivement perdue va progressivement flancher, jusqu’à atteindre un point de non-retour.
La force de Canon’s Kitchen ne réside pas tant dans son intrigue que dans ses personnages. Le problème que rencontre Canon est éminemment personnel, mais Lee Lai a le talent de le rendre universel. Quel que soit notre âge, notre nationalité ou encore notre milieu, l’identification s’impose d’emblée, parce que les personnages sont nuancés et donc parfaitement humains. Impossible de ne pas se reconnaître en Canon, en sa mère ou encore en son amie Trish.
Cela se produit aussi car une grande attention est accordée aux petites choses, celles qui font ce que nous sommes et la vie que nous menons. Cet album nous prouve que le médium de la bande dessinée a la capacité de traiter des sujets complexes et surtout actuels. Au cours de cette tranche de vie, l’autrice aborde le burn-out, mais aussi la solitude, la colère, la santé mentale, les amis et la famille, le vieillissement, l’intimité, la précarité, la liberté… Autant de thématiques qui ne débordent jamais. Au contraire même, elles se superposent et se complètent parfaitement.
La forme s’inscrit elle aussi dans cette même logique. Lee Lai retranscrit le récit de son héroïne dans une apparente simplicité. Les dessins, en noir et blanc, d’un trait épuré, privilégient davantage les silences que les dialogues abondants. Cette sobriété met en lumière les éléments les plus imperceptibles de son quotidien, ainsi que du nôtre. Mais, bien que baignée dans un réalisme épuré, l’autrice s’accorde un parti pris visuel : utiliser l’image des oiseaux comme reflet des émotions de Canon, celles qu’elle n’arrive ni à contrôler ni à partager. C’est un symbole fort qui offre des images qui le sont tout autant, créant des cases où le personnage est tout simplement envahi d’oiseaux et où le lecteur ressent parfaitement son étouffement et son emprisonnement.
Au cours de ces trois cents pages, nous sommes tenus en haleine. Incapables de reposer la BD, nous n’avons qu’une seule question en tête : va-t-elle s’en sortir ? Va-t-elle trouver le moyen de s’affranchir ? Et bien que l’histoire puisse offrir de multiples possibilités, la fin qui se dessine n’en est que plus satisfaisante, car elle est parfaitement amenée et surtout parfaitement en accord avec ce qui s’est joué auparavant.
Canon’s Kitchen s’impose inévitablement comme une réussite. À la fois chronique sociale, portrait psychologique et réflexion sur l’entrée dans l’âge adulte, le roman graphique de Lee Lai est empreint d’une grande sagacité, frappant si juste qu’il restera avec vous bien après votre lecture. La marque d’une œuvre coup de poing.
Par Simon GAUMET
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Canon’s Kitchen - Par Lee Lai - Ed. Sarbacane