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Très bon
18 septembre 2026
Tout est dans le titre. Berger de nuit retranscrit littéralement le quotidien d’un berger dans les Pyrénées. Clair, net, précis. Dès le début, cet homme s’attarde sur chaque point, chaque aspect de sa profession. Il ne relate ni une histoire ni une anecdote, mais brosse bel et bien un portrait. L’album suit ce schéma avec une grande application. Ainsi, de la première à la dernière page, nous ne sommes absolument pas déroutés, comprenant très vite l’approche adoptée. Mais cela ne révèle pas d’un défaut, car Berger de nuit ne joue tout simplement pas sur le terrain de la surprise. Le récit embrasse totalement cette monotonie afin d’épouser au mieux le mode de vie de son personnage et de permettre ainsi au lecteur de s’identifier immédiatement à cet homme des montagnes.
Nous prenons beaucoup de plaisir à admirer ces paysages, la BD privilégiant les cases vastes. Ce parti pris invite le lecteur à s’attarder sur ce qu’il regarde. Les montagnes ne sont alors plus de simples cadres, mais un véritable environnement qui possède ses propres règles. L’étendue du paysage renforce la sensation d’isolement du berger. L’album joue sans cesse avec les rapports d’échelle, montrant de manière flagrante la petitesse de l’homme.
Les cases se rapprochent de tableaux. Chaque composition témoigne d’une impressionnante maîtrise. Tout repose sur l’économie, chaque élément semblant pensé pour produire l’image la plus significative. Cette recherche de sobriété est bienvenue, car elle s’accorde parfaitement avec le propos. Cette profession singulière n’est à aucun moment glamourisée, mais est au contraire restituée avec justesse. Puisque le rôle du berger repose sur la surveillance et la protection de son troupeau, le silence occupe une place importante. Il en devient pratiquement un personnage à part entière, accompagnant le berger tout au long de son travail et le lecteur au fil des pages.
Le dessin donne une dimension réaliste et presque documentaire. Toutefois, Frédéric Médrano se permet une certaine liberté dans l’utilisation des couleurs, notamment lors des scènes de nuit. Le bleu ou le rouge débordent par instants. Cette rupture contraste certes avec la sobriété de l’ensemble, mais ne dénature en rien ce qui a été construit auparavant. Cette subite abondance de couleurs apparaît lors de moments clés et contribue à créer une atmosphère sensorielle.
La BD possède aussi une dimension écologique et sociale. À plusieurs reprises, elle met en lumière les difficultés de la cohabitation entre la faune sauvage et les activités humaines. L’ours en est le meilleur exemple : d’un côté, il doit être protégé en tant qu’espèce ; de l’autre, sa présence contraint le berger à redoubler de vigilance pour protéger son troupeau. L’auteur nous invite à réfléchir à l’avenir du pastoralisme et à la manière dont l’homme peut trouver sa place dans un milieu qu’il n’est pas en mesure de contrôler. C’est d’autant plus fort que la BD ne martèle jamais cette problématique. L’auteur se contente de la laisser infuser tout au long de la lecture.
Avec Berger de nuit, nous nous retrouvons face à un récit humain saisissant. Par le médium de la bande dessinée, Frédéric Médrano illustre un métier trop souvent méconnu, mais qui est aussi empreint d’une grande poésie. Une poésie qui provient du quotidien, de la répétition et de cette proximité avec la nature. C’est une lecture douce et contemplative qui, à première vue, ne surprend pas, mais qui touche néanmoins par son efficacité redoutable. Une BD qui mérite de trouver sa place sur nos étagères, tant l’envie d’y replonger est immense. Aussi immense que ce milieu montagnard, si charmant et intriguant à la fois.
Par Simon GAUMET
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Berger de nuit - Par Frédéric Médrano - Ed. Az’art Atelier Éditions