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Très bon
19 août 2026
Tiré de la propre expérience de Jules Bakes, qui a passé son enfance à sillonner l’océan, des Caraïbes à l’Amérique du Sud, l’album dégage cette insouciance si caractéristique de la jeunesse. Proche de la forme du journal intime, le récit adopte constamment le point de vue de la jeune protagoniste. Nous découvrons cet univers en même temps qu’elle, aux premières loges lors de ses moments d’euphorie, mais aussi de doutes et de chagrins. Bien évidemment, son mode de vie est singulier en comparaison de celui des autres enfants de son âge. Encore petite, elle est obligée de faire face à la perte de ses habitudes, de ses camarades, de sa meilleure amie, et ce, du jour au lendemain. Impossible, alors, de ne pas s’attacher à elle.
Le monde retranscrit est ainsi celui que Janey perçoit à travers ses yeux. La dessinatrice Niki Smith privilégie les décors immersifs, les couleurs franches et une grande expressivité. Les cases débordent de chaleur et de sympathie, tant par leur palette que par l’attitude des personnages. Elle parvient à rendre cette traversée presque paradisiaque, malgré les difficultés qui se profilent en mer. Nous nous retrouvons donc plongés dans un univers que nous avons nous-mêmes connu étant petits. Un univers fait de découvertes et d’émerveillement, rempli de sérénité, du moins en apparence.
Le cœur du récit réside en réalité dans la relation qu’entretient Janey avec Astrid, une adolescente plus âgée, vivant elle aussi sur un bateau. Au-delà d’une simple rencontre entre deux jeunes filles, il s’agit surtout d’un véritable choc entre deux âges. Leur relation est loin d’être parfaite, les deux protagonistes se trouvant à des étapes radicalement différentes de leur existence. Astrid apparaît comme une sorte de miroir inversé de Janey. Cynique, hautaine, téméraire, elle représente ce que Janey pourrait devenir si leurs trajectoires venaient à se ressembler. C’est à partir de cet instant, avec l’apparition de ce nouveau personnage, que la dimension autobiographique prend davantage de relief.
Oui, de prime abord, on pourrait s’attendre à une simple chronique plaisante et, par bien des aspects, c’est le cas. Mais au fur et à mesure que Bon vent ! approche de son dénouement, l’album outrepasse cette apparente légèreté en s’emparant de toute la complexité qu’offre son histoire. Janey mûrit : sans pour autant abandonner sa voix si attachante, elle se révèle tout de même plus lucide sur ce qui l’entoure.
Nonobstant une première partie quelque peu laborieuse, l’album trouve véritablement sa force au fil de ces échanges entre les deux jeunes filles, deux êtres qui auraient très bien pu ne jamais se rencontrer. Une sincérité désarmante découle de ces petits moments, à première vue insignifiants, mais qui prennent une importance considérable avec le recul.
En revenant sur cette période de sa vie, Jules Bakes ne livre pas seulement le récit d’une enfance en mer, mais celui d’une enfance qui s’éloigne peu à peu. Bon vent ! en saisit toute la douceur, mais aussi la mélancolie, celle des premiers adieux et du temps qui passe.
Par Simon GAUMET
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Bon vent ! - Par Jules Bakes et Niki Smith - Ed. Rue de Sèvres