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Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un univers "Arcanepunk", un savoureux mélange d’Heroic Fantasy traditionnelle, de magie explosive et de technologie mécanique.
L’intrigue s’articule autour de la jeune Gully, une enfant de neuf ans qui hérite des surpuissants gantelets magiques de son père mystérieusement disparu. Devenue la cible des pires crapules du royaume, elle trouve refuge auprès d’une troupe de marginaux dignes des meilleurs jeux de rôle. Le récit nous fait croiser la route de Calibretto, un antique golem de guerre ayant développé une conscience pacifique, et de Garrison, l’archétype du bretteur torturé maniant une épée démesurée. S’ajoutent à cette équipe Knolan, un vieux sorcier cynique et bougon, ainsi que Red Monika, une redoutable chasseuse de primes au tempérament incendiaire. La dynamique entre ces héros hétéroclites fonctionne à merveille, portée par un rythme effréné qui ne laisse aucun répit au lecteur.
S’il y a une raison pour laquelle ce titre est rapidement devenu culte, c’est avant tout pour son identité graphique révolutionnaire. À la fin des années 1990, Joe Madureira a bouleversé le marché en insufflant l’énergie folle du manga japonais dans les codes traditionnels du comic book américain. Le résultat offre des poses ultra-dynamiques, des designs de personnages d’une générosité folle et un découpage profondément cinématique.
Mais le véritable tour de force de cette intégrale réside dans sa conclusion inédite. Pour achever son récit, le créateur original a confié les crayons au dessinateur français Ludo Lullabi. La transition tient du miracle éditorial : Lullabi s’approprie l’esthétique unique de Madureira avec un respect immense, tout en y apportant une fluidité et une modernité remarquables. La frontière graphique entre les anciens épisodes et les nouveaux est quasiment imperceptible.
Au-delà de l’histoire, l’objet livre édité par Delcourt est un véritable écrin pour cette résurrection attendue. Plutôt que de contraindre les lecteurs à chasser de vieux fascicules introuvables, cette édition de plus de quatre cents pages propose l’expérience de lecture ultime. Elle intègre à la fin de l’ouvrage une section bonus d’une richesse exceptionnelle, qui justifie à elle seule l’acquisition pour les amateurs d’illustration. On y découvre un carnet de croquis fascinant plongeant au cœur du processus créatif de Madureira, ainsi qu’une somptueuse galerie regroupant les célèbres couvertures variantes de l’époque, qui sont aujourd’hui de véritables marqueurs visuels de la pop-culture des années 2000.
Par Quentin GUILLIER
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