Excellent
3 février 2026
Le ton est lancé dès la première page avec le décès d’un nourrisson noyé dans le bassin de son baptême. Un acte irréversible, commis par le père Barrera, qui deviendra le point de départ de sa chute autant que de sa quête de rédemption. Rongé par la culpabilité, il se place sous la tutelle du père Stygian, exorciste aguerri, habitué à côtoyer les manifestations les plus sombres du mal.
L’histoire prend la forme d’une enquête, une affaire qui va peu à peu dépasser le cadre du mystère initial. À mesure que la vérité se dévoile, le récit glisse vers des révélations plus intimes et troublantes, où la foi, la culpabilité et le sacrifice s’entrelacent. Impossible ici de ne pas faire un lien avec le Bouc émissaire de René Girard : le mal est concentré, incarné, sacrifié, afin d’offrir à la société une illusion de purification.
L’ambiance générale évoque une horreur à la H. P. Lovecraft, entre ésotérisme et monde au bord de l’apocalypse, un terrain que Jakub Rebelka connaît bien, pour avoir déjà illustré Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft. Son dessin joue d’ailleurs un rôle central dans la puissance du récit. Les corps sont déformés, les visages blafards, anguleux, rongés par les ombres. Chaque expression semble porter le poids de la souffrance, dans des décors aussi beaux que morbides. Sombre, glauque, presque suffocant, son trait n’est pas sans rappeler les peintures de Francis Bacon.
Plus qu’un simple récit d’horreur, Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous est une œuvre âpre, qui refuse toute facilité morale. Gus Moreno et Jakub Rebelka livrent une BD inconfortable, où le mal n’est jamais véritablement éradiqué.
Par Alice D’ANDREA
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