Excellent
9 janvier 2025
La rentrée en quatrième a est quelque peu étrange pour Elliot. Et pour cause, sa copine Églantine sort avec Bastien, le garçon à qui il sert de souffre-douleur depuis son arrivée au collège. Heureusement, il s’est réconcilié avec son meilleur ami Hari et l’arrivée d’Alice, du compte « Alice en vrai » avec trois millions d’abonnés sur TicToc, apporte un peu de piment dans le quotidien du collège. La jeune influenceuse va très vite s’intéresser à Elliot qui, toujours aussi mal conseillé par son angoisse, s’interroge : est-ce qu’Alice veut vraiment être sa copine ou est-ce qu’elle cherche seulement le buzz en tant que star des réseaux sociaux ?
Nous le disions déjà pour le tome 2 de la série : Théo Grosjean est un nom qui compte dans le paysage de la BD française actuelle et il le prouve encore dans cette suite, où ses personnages évoluent subtilement mais sûrement. Par petites touches, il arrive à nous faire sentir qu’Elliot et ses amis grandissent. On retiendra par exemple la planche page 6, où on découvre un Hari qui, pour montrer les nombreux changements qu’il n’arrive plus à suivre dans la classe, s’exclame que même Aymeric ne se cure plus la même narine.
Les angoisses d’Elliot et d’Églantine interviennent nettement moins que dans le premier tome et les deux ados leur répondent même parfois, voir ne les écoutent pas. La couverture elle-même montre cette évolution, avec l’angoisse d’Elliot devenu assez petite pour s’accrocher à sa tête, alors qu’elle marchait à ses côtés et faisait la moitié de sa taille dans le tome 1 ; tandis que celle d’Églantine est à moitié cachée, la jeune fille étant occupée avec Bastien et ayant moins de temps pour s’inquiéter.
Ce qui est surtout remarquable ici, c’est que l’auteur réussit à renouveler sa série tout en gardant les codes et en plaçant son héros légèrement en retrait, pour mettre ses camarades sous le feu des projecteurs. Alice en vrai aurait pu être une version bis de Réseau et sentiment, surfant sur la vague facile des sketches sur les réseaux sociaux mais ce n’est pas le cas.
Ce tome 3 est une prolongation et un embranchement, qui permet à Théo Grosjean d’introduire de nouvelles problématiques adolescentes en utilisant l’excuse des réseaux : l’estime de soi (ou son absence), l’importance de l’apparence, l’anorexie, les difficultés sociales et économiques de certaines familles et leurs impacts sur les enfants, etc.
Que ce soit en amour ou en amitié, les relations entre les personnages sonnent juste, à part peut-être une légère exagération du côté de Bastien. Le volume se termine sur un cliffhanger annonçant une rentrée en 3ème mouvementée et propose aussi un joli épilogue avec Églantine, qui se rend chez sa grand-mère pour les vacances d’été.
Maintenir l’attention du lectorat sans se trahir en tant qu’auteur et arriver à se renouveler dans une série à l’univers déjà bien balisé n’est pas à la portée de tout le monde. Le FIBDA l’a bien senti et compris, quand il a inscrit Alice en vrai dans la sélection officielle de sa 52è édition. Encore quelques jours de patience avant de savoir si le jury sera lui aussi séduit par Elliot et ses ami.es !
Par Gaëlle BEDIS
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Les tomes de la série :
Elliot au collège T1
Elliot au collège T2 : Réseau et sentiment