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Bon
8 janvier 2025
Le début des années 1980 a été marqué par une vague néolibérale aux figures emblématiques : Margaret Tatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis. Le candidat républicain, ancien acteur de série B, va se retrouver à la tête de la nation la plus puissante du monde sans s’y être véritablement préparé. Utilisant davantage ses talents d’acteurs et « les effets de comm » plutôt que le travail des dossiers, le locataire de la Maison Blanche ne va pas tarder à se laisser séduire par les thèses de l’école de Chicago, un groupe d’économistes, militant pour un libéralisme débridé. La casse des services publics, le recul des missions de l’état et la toute puissance de la « loi du marché » font partie des marqueurs de ce tournant idéologique.
Face à ce qui s’appelle encore l’URSS, Reagan va adopter une position très ferme et contribuer à relancer la guerre froide, non seulement à travers des déclarations provocatrices, mais aussi par une relance de la course aux armements. Ce comportement influencera profondément la politique américaine et aura des conséquences au niveau mondial. Considéré par ses adversaires comme un inculte, voire un idiot peu travailleur, il réussira pourtant à mettre à genoux l’empire russe. Si les effets de ses choix néo-libéraux se font encore sentir aujourd’hui, notamment auprès des classes moyennes, le président saura très vite utiliser ses talents d’acteur à son avantage, paraissant sympathique, préférant les blagues aux dossiers politiques.
Jean-Yves Le Naour (scénariste prolifique et par ailleurs historien) renvoie de ce président au bilan politique mitigé, une image atypique, sans concession, et sans doute un peu survolée aujourd’hui. Si le personnage reste sympathique et plein d’humour, le scénariste pose la question qui fâche : Reagan était-il un obscur crétin ou au contraire un politicien redoutablement habile ? La lecture de l’album ne laisse guère de doute à ce sujet. Au-delà de son titre provocateur et de son traitement sans concession, l’image de l’ancien président encore vénérée par certains libéraux est loin d’être immaculée.
Cédrick Le Bihan, à qui l’on doit déjà un ouvrage politique chez le même éditeur (Dans l’ombre, d’après le roman d’Edouard Philippe et Gilles Boyer) ,sert avec application et efficacité le propos de cet album plutôt verbeux, en dépit de l’aspect parfois clownesque du personnage. Le récit a cependant le mérite de remettre en perspective les choix économiques et politiques dont les effets sont encore ressentis aujourd’hui à travers les propos d’un certain Donald Trump. Un album utile et ironiquement très actuel.
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