Excellent
12 février 2026
Riquet a des souvenirs de sa (toute) petite enfance, à une période où les visages étaient encore difficiles à discerner. Il se souvient de ses premiers mots, ses visites à la caserne, son père étant gendarme, ainsi que des interminables messes auxquelles sa mère et lui participaient. Il est aussi conscient que quelque chose ne tourne pas rond chez son père, symbolisé par l’absence de visage discernable pendant les trois quarts de l’album. Il y a un certain nombre de mystères qui planent sur ce père étrange, mystères qui seront sans doute résolus dans les tomes suivants...
Théo Grosjean, qu’on connaissait aussi pour L’Homme le plus flippé du monde, ou encore Le Spectateur, fait ses « débuts » dans la maison d’édition « Les livres du futur », cofondée par Riad Sattouf, laquelle édite ici sa première BD qui ne soit pas écrit et dessiné par son fondateur. Un casting de choix, donc.
On retrouve, peut-on s’en étonner, un argument proche de L’Arabe du futur : l’histoire d’un petit garçon très éveillé et très conscient du monde qui l’entoure, de sa vision d’enfance et de sa famille dysfonctionnelle. Cette dernière contient elle aussi un père instable et en manque de reconnaissance, et une mère passive et débordée par ce qui lui arrive. Un schéma comparable mais dont la différence notable est quand même la portée du sujet.
Si on devine entre les lignes les problèmes qui frappent la famille, un père au comportement imprévisible (bipolaire ?), et une mère très (trop ?) pieuse, on attend encore les deux prochains tomes pour en connaître la résolution. Chez Sattouf, on avait le portrait peint du Moyen-Orient, et plus particulièrement de la Syrie, des années 1980/1990, et cet aspect de découverte d’un univers méconnu est un peu pour l’heure moins présent cet album. Attendons de voir.
Théo Grosjean nous séduits avec son dessin en quasi ligne claire, presque cartoon, aux délicats aplats vert pâle. C’est très lisible et agréable à lire, et on se régale des « têtes de fou » que Riquet fait pour se calmer. L’album en lui-même aborde avec innocence le racisme et le masculinisme latents des gendarmes que Riquet fréquentes. En racontant les années 2000, le récit touche à des débats qui n’ont rien perdu de leur actualité. Un excellent album pour inaugurer cette nouvelle aventure éditoriale.
Par Colin BESNIER
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