Pas mal
7 mars 2026
Le sujet n’est pas banal en BD. Il faut dire que pour une suite de Vierges, les idées ne manquaient pas : « (…) le mariage, la maternité… Mais c’est la ménopause qui s’est imposée parce que je venais d’écrire un essai, Ceci est mon temps, que j’avais envie d’adapter » confie Elise Thiébaut (aux éditions Au Diable Vauvert, ndlr). Le sujet coule alors de source (sans mauvais jeux de mots) et les informations à vulgariser ne manquent pas.
Parce qu’au fond, que sait-on vraiment de la ménopause ? Même les futures concernées ne connaissent que les symptômes négatifs : bouffées de chaleurs, sécheresse vaginale, fin des règles, perte de libido… Oui, mais quoi d’autre ? Que représente vraiment la ménopause ? Faut-il vraiment en avoir peur ?
Au fil des chapitres, le livre d’Elise Thiébaut, accompagné par les doux dessins d’Elléa Bird, nous permet de réaliser que la ménopause est bien plus qu’un bouleversement hormonal. En Occident, elle a longtemps été considérée comme une anomalie, une maladie à guérir à grand coups de médicaments cancérigènes (en contradiction avec les pays non-occidentaux, beaucoup plus bienveillants sur le sujet). La BD explique le rapport de la société aux femmes âgées (en cumul avec le sexisme, découvrez l’âgisme !), et le fonctionnement des hormones chez les humains sur leur corps de manière générale.
Riches en références scientifiques, étymologiques, culturelles et historiques, les premiers chapitres dénoncent surtout les contradictions, les injonctions absurdes et les violences que subissent les femmes âgées et/ou ménopausées.
Les derniers chapitres se concentrent plutôt sur des anecdotes et réflexions personnelles de l’autrice. L’un concentre des témoignages de son groupe d’amies (celles que l’on voit dans Vierges et qui ont bien mûri !) sur leur façon de vivre la ménopause, qui mériterait honnêtement une BD à lui seule (clin d’œil à l’éditeur) !
L’autrice enchaîne sur un chapitre très personnel, sur les rencontres qui lui ont permis de vivre avec plus de facilité sa ménopause : une praticienne en médecine chinoise, une sage-femme (avec qui elle a écrit Au bonheur des vulves, Leduc, ndlr.) et revient enfin à un aspect plus documentaire en évoquant la figure de la « grand-mère » parmi les autres mammifères concernées par la ménopause : leur rôle serait, après avoir servi l’espèce, celui d’une guide et d’une cheffe de troupeau. Chez les humains, la grand-mère serait celle qui soigne, qui prend soin des enfants de ses enfants, mais aussi celle qui s’est enfin affranchi du regard des autres.
Après Vierges, et avec d’autres albums avant lui (Molière, chez Casterman, Hippie Trail chez Steinkis et Se jeter à l’eau chez Jungle, notamment), la qualité du dessin d’Elléa Bird n’est plus à prouver. L’alchimie entre les deux autrices est palpable : si on peut reprocher à l’écriture d’Elise Thiébaut de parfois s’égarer du sujet principal, la générosité et l’humour qu’elle y met, et la manière avec laquelle Elléa Bird arrive à synthétiser le fourmillement d’informations rendent le résultat somme toute assez sympathique !
On peut en tout cas souligner que le pari est osé et surtout bienvenu, puisque les autres BD sur le sujet sont franchement rares. Même si le sujet est toujours un peu abordé dans des BD féministes ou sur la sexualité féminine, celles entièrement consacrées au sujet ne se bousculent pas au portillon (on peut citer Déréglée, de Francine Oomen aux Presses de la cité). Alors que les BD sur la maternité, en revanche, abondent en masse ces dernières années...
Chaudes, une folle histoire de la ménopause, reste un très bon outil pour aborder ce sujet, une bande dessinée essentielle qui permet de donner de la visibilité à un sujet encore rarement abordé, tabou et surtout de le dé-dra-ma-ti-ser !
Retrouvez Elise Thiébaut et Elléa Bird au Pop Women, ce samedi 7 mars !
Par Perrine LAVOREL
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