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Bon
16 avril 2026
Le monde connu s’est écroulé, ne laissant que des tours en ruine peuplées de clans juvéniles, réfractaires à l’âge adulte évoquant : The Walking Dead pour sa violence et désolation apocalyptique où survivent les derniers humains ; Twin Peaks pour son enquête entre techniques policières traditionnelles et éléments mystiques, voire surnaturels ; Sa Majesté des mouches pour son pessimisme de l’organisation sociale, du pouvoir et de la loi ; et Seuls pour la disparition soudaine et inexpliquée de tout adulte, où les enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes, face au danger, à l’incertitude et à des phénomènes inexpliqués.
Bandes d’éternels enfants dans un chaos idolâtre
Sid, jeune rêveuse, pressent un ailleurs meilleur hors de sa zone barricadée. Sa disparition vers des terres inconnues catapulte sa bande dans une odyssée risquée pour la ramener. Action rythmée, mystère en suspens, ingéniosité foisonnante : ce premier tome d’une série en trois volets mêle survie viscérale et réflexion profonde sur ce qui ancre l’âme, à savoir vivre entouré des siens et les vinyles qui font danser les ombres.
Chaque « famille » d’ados érige son totem laïc : vinyles sacrés pour l’une, écrans cathodiques pour l’autre, des idoles dérisoires dans un apocalypse où l’enfance se cabre contre l’oubli. Énergie brute du comics américain, attachement viscéral aux personnages : Matthew Rosenberg et Tyler Boss promettent un récit post-apocalyptique réfléchi, où l’ingéniosité des gamins défie les décombres, transformant la quête en hymne à l’irréductible soif d’horizon.
Duo forgé au feu des vinyles et des Eisner
Matthew Rosenberg, passé des tournées mondiales avec des groupes de rock à la bande dessinée, a conquis la scène indépendante avec les succès We Can Never Go Home et 4 Kids Walk Into a Bank. Ce dernier, co-signé avec Tyler Boss, raconte une histoire de braquage enfantin, sombre et hilarant sur l’amitié, la famille et le grand banditisme. Il a ensuite dompté les icônes Marvel et DC : X-Men, Spider-Man, Punisher, Archie, Batman, infusant ses récits d’une humanité nuancée, entre humour absurde et émotion brute.
Quant à Tyler Boss, dessinateur primé et nommé aux Eisner, il excelle dans 4 Kids Walk Into a Bank et Dead Dog’s Bite, déployant un trait stylisé et dynamique, écho à David Aja ou Wes Craig , qui vitalise des gamins cabochards et des mondes usés. Leur alchimie infuse ce tome inaugural d’une vitalité contagieuse : un polar juvénile post-apo où ruines et reliques pop révèlent que le plus loin d’ici n’est qu’un pas vers ceux qu’on chérit, vinyle en bandoulière. Frissonnant.
Par Jessy LEMESLE
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C’est où le plus loin d’ici ? T.1, Matthiew Rosenberg & Tyler Boss, Edition Casterman, 25,95 €