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La grande nouveauté 2026, c’est qu’il s’agit de la première édition où le festival de Québec BD a accès à la Maison de la BD, inaugurée en mai dernier ! Jusque-là, le festival utilisait surtout la bibliothèque Gabrielle-Roy, ainsi que les espaces disponibles au Salon du Livre de Québec. Mais cette année, Québec BD compte bien déployer tout le potentiel de ce nouvel endroit !
EXPOSITIONS ET INITIATION : LA MAISON DE LA BD BRILLE !
L’association a obtenu un mandat de deux ans (jusqu’en mai 2027, donc) pour occuper l’ancien presbytère de la paroisse de Notre-Dame-de-Foy, dont l’histoire remonte au 17e siècle. Selon les employés sur place, le presbytère a abrité nombre d’institutions culturelles au cours des années, chaque fois sur mandat de la ville de Québec. Le centre, situé à 45 minutes de bus du centre-ville, dans la banlieue de Sainte-Foy, participe à la redynamisation de la zone.
Pendant le festival, quatre expositions sont présentées. Les trois expositions permanentes, au rez-de-chaussée, permettent aux visiteurs d’avoir une compréhension globale du 9ème art. Entre une exposition « Les coulisses de la création », qui retrace le processus de création d’une bande dessinée à grands renforts de croquis et de planches originales, et « Le 20e siècle de la BDQ » qui retrace l’histoire de la BD québécoise des années 1900 à nos jours, on ressortira moins bête !
On notera également une troisième exposition permanente, « Le Salon des caricatures », au thème évident. L’art de la caricature occupe une place toute particulière au Québec, étant donné son influence des humours français et anglais. Hommage au Salon de la caricature dirigé pendant un quart de siècle par le caricaturiste Robert LaPalme, l’exposition explore cet humour grinçant, oh combien important dans notre monde actuel.
Mais le clou de la maison, le « grand cru » (jeu de mots) si vous le voulez bien, c’est l’exposition dédiée à Jean-Paul Eid, intitulée « De Croc à CRUE ». Nous avions eu l’occasion de parler de l’ouvrage il y a quelques semaines et avons même interviewé l’auteur en personne ! Située au deuxième étage de la maison, l’exposition retrace la carrière de cet illustrateur qui a désormais plus de 40 ans de carrière !
Il fait ses premières armes dans le magazine Croc avec son personnage de Jérôme Bigras, un improbable homme à tout faire dans une société absurde consciente d’être fictive, dont les aventures ont été compilées dans Des tondeuses et des hommes. Eid a par la suite illustré des albums variés, allant de l’expérimental Fond du trou — un livre littéralement percé de part en part mettant encore une fois en scène Jérôme Bigras — au touchant Petit Astronaute, où il raconte la vie d’un petit garçon atteint de paralysie cérébrale, inspiré par son propre fils handicapé.
CRUE était sa dernière œuvre aux éditions de La Pastèque, réalisée en collaboration avec Claude Paiement, qui avait déjà été son partenaire sur Le Naufragé de Memoria et La femme aux cartes postales. L’exposition qui lui est consacrée sera en place jusqu’au 15 juin, si vous passez par là, il vous reste donc un peu de temps !
ZONE MANGA
Cette année marque le retour de la Zone Manga, un espace dédié à la BD japonaise (on s’en doutait), où se tiennent ateliers de dessins, panels, et conseils d’auteurs. On y retrouve bien entendu nos icônes du manga québécois Jean-François Laliberté et Sacha Lefebvre, mais également des présentations par les membres d’Isekai Touch, Blue Suzaku et Raton Voyer. La zone rencontre toujours un grand succès, et son placement à l’entrée du festival ne fait qu’augmenter son trafic.
Coïncidence du calendrier, le Festival de BD de Québec se tenait ce weekend en même temps que le festival Nadeshicon, à un étage d’écart ! Certains auteurs sont même présents aux deux, comme Isekai Touch, ou l’autrice, traductrice et sociologue Valérie Harvey (spécialisée dans l’étude de la culture japonaise). En discutant avec les différents mangakas, beaucoup regrettent de ne pas avoir pu joindre les deux événements afin de centraliser la branche manga commune aux deux festivals.
LA LUTTE CONTRE L’IA
La grosse initiative-choc du Salon, c’étaient les cris du Regroupement pour l’Art Humain (RAH), fièrement mené par Pascal Colpron. En novembre 2025, il avait été le fer de lance d’un mouvement confondé par plusieurs bédéistes (dont Jean-Paul Eid) qui s’oppose ouvertement à l’utilisation de l’Intelligence Artificielle dans leur métier. Depuis cette action en hiver dernier, tout s’est très vite accéléré. Plus de 70 éditeurs (dont La Pastèque, Front Froid, Pow Pow...) ont officiellement rejoint le mouvement, et une motion de régulation a même été adoptée à l’unanimité au Parlement québécois.
Pris à part après la manifestation qu’il a menée au Salon de Québec, Pascal Colpron, Jean-Paul Eid, Julien Paré-Solel, Bach, et Paul Bordeleau nous ont expliqué que le mouvement était né d’un dégoût au Salon du Livre de Montréal 2025 dont beaucoup de bédéistes avaient repéré parmi les étalages des couvertures générées par IA, utilisant comme références des illustrations prises sans consentement.
Comme l’évoque Jean-Paul Eid dans notre article dédié : « il y a des éditeurs qui sont capables de justifier le fait que certains projets ne sont rentables que s’ils emploient l’Intelligence Artificielle, ce qui sous-entend que leur profit se base sur le vol de nos droits d’auteur ». Les cofondateurs du mouvement ont également déclaré se sentir pleins d’espoir pour la suite. Contrairement à l’action spontanée au Salon de Montréal (causant des tensions avec les organisateurs), la manifestation à Québec a été applaudie par les passants. D’autant que plusieurs lutteurs professionnels se sont joints à la parade pour faire gonfler leurs muscles, purs fruits de la création humaine !
ACTIVITÉS ET ATELIERS
Comme chaque année, de nombreux ateliers se sont tenus dans le hall du Salon du Livre. Tables rondes, panels, dessins en live, tout pour interagir avec le public ! On notera même certaines initiatives « hors-les-murs », comme une activité de portraits de rue à la bibliothèque Gabrielle-Roy, menée par les bédéistes Géraldine et André « Gag » Gagnon.
La bibliothèque accueillait également une exposition sur l’autrice Bach, qui a récemment publié Je vais bien (je pense) aux éditions Front Froid.
Cette édition 2026 se conclut donc sur la continuité des précédentes, mettant encore et toujours la production québécoise à l’honneur. Maintenant, la question qui se pose sur toutes les lèvres est la suivante : 2027 marquera le 40e anniversaire du festival, le directeur Thomas-Louis Côté ayant d’ores et déjà annoncé préparer « quelque chose de vraiment spécial »... On reste à l’affût !
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Nos remerciements à Thomas-Louis Côté et Marie-Josée Lépine pour leur invitation.